Phoenix au Zénith #1 – 19/10/09 

Publié par le 21 octobre 2009

Du bonheur dans ton cœur

Phoenix @ Le ZenithIls nous avaient laissés épuisés, dégoulinants mais heureux comme des singes grecs devant des bananes à la fêta après leur concert épique de la Cigale le 25 mai dernier, jour de lancement du désormais incontournable Wolfgang Amadeus Phoenix (WAP). C’est donc limite blasés qu’on les attendait au Zénith cinq mois plus tard. Ils n’allaient pas pouvoir faire mieux, c’est sûr. Plus grand, forcément : 6 300 places, complet depuis des semaines. Mais mieux ? Impossible. Or comme chacun sait, impossible n’est pas Français, et ce soir-là fut l’occasion pour le quatuor Versaillais longtemps boudé par son propre pays de nous souffler un bon gros cocorico dans les bronches. Et on en redemande !

Dans une salle qui n’avait pas besoin de la première partie (Chairlift*) pour être réchauffée, on attend patiemment les quatre garçons dans le vent en écoutant une BO constitués de leurs derniers coups de cœur, dont Rise Above des Dirty Projectors. Puis les lumières s’éteignent et c’est sur un générique façon Sacrée Soirée que le groupe arrive dans sa formation la plus efficace : Thomas Mars au chant, les frangins Branco et Christian à la guitare, Deck d’Arcy à la basse, Rob aux claviers, mais surtout l’incroyable, le surhumain, le génialissime Suédois Thomas Hedlund à la batterie, alias le Petit Pimousse des fûts (1m20 mais des bras gros comme des troncs d’arbre et une patate à faire rougir McCain).

C’est sous les coups de massue de ce métronome humain qu’explose le single Lisztomania avant même qu’on ait le temps de réaliser que ça commence. Ou comment rentrer direct dans le vif du sujet… Sans souffler, enchaînement avec Long Distance Call, l’un des hits de leur précédent album (It’s Never Been Like That), puis on retourne à notre Wolfgang avec Lasso et ses paroles sibyllines, quasi toutes monosyllabiques, qui claquent comme des coups de fouet. Le reste du concert sera à l’avenant : de nombreux aller-retour entre leurs 4 albums, dont les textes sont connus intégralement par un public qui ne se prive pas de les hurler à gorge déployée avec plus ou moins de succès.

Arrive ensuite Run Run Run, qui ralenti le rythme avec son tempo plus groovy. La voix du chanteur est parfaite : un rien boudeuse et désabusée, toujours aussi agréablement fêlée dans les aigus. Comme à son habitude, Thomas est d’ailleurs peu disert mais visiblement ravi de l’accueil qui leur est réservé. Quant à ses compères : Deck, surexcité, saute partout comme un gosse de huit ans qui vient d’ouvrir ses cadeaux de Noël ; Branco tournicote dans son coin comme une pâquerette électrique en affichant un sourire béat à la Gilbert Montagné tandis que Christian regarde alternativement la foule et ses potes d’un air à la fois éberlué et amusé.

Napoleon Says est l’occasion de saluer le jeu de lumières récemment mis en place par le groupe. Quasi inexistant à la Cigale, il a donné ce soir-là à leur show un relief supplémentaire : ambiances crépusculaires, orageuses ou bariolés, stroboscopes et flashes, rétro éclairages, spots ciblés… Un vrai light show qui met tour à tour chacun des membres de Phoenix en valeur. Sans oublier le public, que le groupe illumine régulièrement, comme pour passer les troupes en revue et vérifier que l’ambiance ne retombe pas. Arrive là-dessus Fences (la seule chanson de WAP que je zappe systématiquement), heureusement amputé du très maniéré premier couplet. Récemment ajouté à la setlist, le titre est encore joué un peu crispé. Comme pour se rattraper, c’est l’ultra efficace Girlfriend et ses roulements de batterie déments qui arrachent tout sur leur passage. Le potentiel live de ce titre, évident sur l’album, explose en concert. Probablement le point de basculement du Zénith, qui ne sera plus que cris et bras tendus jusqu’à la fin. D’autant que sur Countdown, Thomas se livre à son petit jeu favori : plonger dans la fosse pour se faire tripoter par ses fans, pendant que les zikos assurent la maintenance en le suivant du regard.

Phoenix @ Le ZenithMars a tout son temps pour remonter sur scène puisque s’annonce l’instrumental Love Like a Sunset (7 minutes 38 sur WAP), que les deux guitaristes prennent en main et font durer, tourner et traîner avec un réel sadisme, histoire de bien nous faire languir avant la montée cataclysmique que Thomas vient conclure de son retour sur scène en trois lignes chantée façon haïku. C’est le presque déjà vieux (10 ans) et pourtant toujours aussi fresh Too Young de l’album United qui prend la relève. Folaïe dans le public qui reprend les « oh yeah » en chœur. Puis Sometimes In The Fall, dans une version survitaminée bien plus décapante que la studio. Et la super Consolation Prizes, pour laquelle tout le groupe joue debout, Heldlund et Rob inclus. Y’a aussi Rallye, pétillante comme un Perrier rondelle, mais je ne sais plus entre quels titres. Et Armistice que j’ai oubliée : honte sur moi, c’est ma préférée – oui, une de plus.

Et puis, une fois n’est pas coutume, Thomas Mars prend le micro pour dédier le titre suivant à Philippe Zdar, producteur de WAP, car « c’est son préféré ». Ça tombe bien, c’est aussi le mien : Rome. Non mais franchement, Rome. Cette façon qu’a Thomas de faire rebondir les mots entre eux d’une voix plaintive ; mots que lui renvoie à coups de cymbales en furie un Hedlund déchainé, plus debout qu’assis sur son petit tabouret. Rome et ses ruptures de rythme. Rome et son final éblouissant : plus qu’une chanson, un mantra. La seconde moitié de Funky Squaredance qui vient conclure la première partie du concert en passerait presque inaperçue.

Pour le rappel, bruyamment réclamé, que dire sinon : bonheur, bonheur, bonheur. À savoir Everything Is Everything de l’album Alphabetical, puis le Playground Love de Air, le tout en version acoustique, juste entre Thomas Mars et Laurent Mazzalai, mais tout de même avec le soutien vocal actif du public. Puis, cherry sur le cupcake : les deux tueries If I Ever Feel Better et 1901. Ah ça, 20 titres tous meilleurs les uns que les autres, on peut pas dire qu’ils se seront fichus de notre gueule les Phoenix. Et c’est pour ça qu’on les aime, nos frenchy rockeurs propres sur eux : de gentils garçons qui chantent l’amour, repassent leurs chemises, arrivent à l’heure sur scène et se préoccupent du rapport qualité-prix de leurs shows.

Ce soir-là, ce n’était pas difficile de se mettre à leur place, accueillis comme des demi-dieux sur leur propre terre après des années de reniflements dédaigneux des critiques hexagonaux. Comme s’il avait fallu qu’ils séduisent la terre entière (du moins les States) avant que l’on commence enfin à s’intéresser à eux, chez eux. Remplir le Zénith jusqu’à la dernière goutte et le porter à ébullition, c’est une sacrée revanche qu’ils ont probablement dû bien déguster. Et c’est peut-être un peu pour nous faire bisquer qu’ils ne font que si peu de dates en France, dans cette tournée gigantesque qui va les traîner aux 4 coins du monde pendant près de deux ans. Après tout, un brin de frustration ne fera pas de mal à ceux qui ne se réveillent que maintenant pour les acclamer…

Always And Forever More.

*J’ai raté la première partie, pour changer.

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Le site du groupe : http://wearephoenix.com

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Crédits photos : © Rod – Le HibOO
 

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VOS COMMENTAIRES
MÉLANIE
LE 25/10/2009 À 17H11

C’est donc ça qu’on pouvait voir sur scène. Moi je n’ai vu qu’une touffe de cheveux pendant la majeure partie du concert.
Je garde un meilleur souvenir de leur prestation à la Cigale.