Fanfarlo

21 octobre dernier. Fin du concert des Fanfarlo à la Bowery Ballroom. Je me lance et j’aborde le groupe pour leur demander une interview. Enfin un contact pour leur envoyer une interview. Parce que là ils ont l’air un peu speed. Ils ont un avion à prendre. Et pas grand monde pour leur filer un coup de main pour trier leur instruments parmi le monceau de matos empilé dans un coin de la salle. Amos, le batteur du groupe, me propose de noter son email. Je trouve un papier mais pas de crayon. Merde, merde, meeeerde ! Ah y’est, j’ai le crayon. Et l’adresse. Et quelques semaines plus tard l’interview. Et là je suis content. Cooonteeeent !

Bonjour Fanfarlo !

Amos : Salut Benoît. Ça va ? C’est Amos de Fanfarlo.

Votre nom, Fanfarlo, est tiré d’une nouvelle de Baudelaire qui raconte l’histoire d’un poète raté qui devient un escroc. Plutôt étrange pour un nom de groupe, non ?

Etrange ? Oui mais c’est unique et nous ne nous appelons pas « The… (quelque chose) ». Ça aurait pu être bien pire.

Vous êtes originaires de toute l’Europe (Suède, Angleterre et Belgique). Comment vous êtes-vous tous rencontrés ?

J’aimerais pouvoir te dire que c’est un heureux hasard qui nous a tous réuni un jour dans une salle d’attente d’aéroport quelque part en Europe, mais en fait nous nous sommes tous rencontrés à Londres, en allant voir des concerts dans les mêmes clubs et par l’intermédiaire d’amis d’amis…

Votre musique est à la fois délicate, ambitieuse, un peu hors du temps, romantique aussi… Est-ce vous aviez conscience de faire de la musique pour le public français ?

Ha ha ! C’est la recette pour faire de la musique pour les français ? Aux fourneaux alors !

Je pense qu’inconsciemment, nous avons mis dans notre album un peu de nos expériences personnelles de vie à l’étranger ou en dehors de Londres. Cela explique peut-être le caractère ambitieux. Quand, en tant qu’individu, tu commences à voyager, tu apprends à regarder plus loin que ton environnement immédiat. Mais nous avons de nombreuses sources d’inspiration : livres, photos, documentaires, cinéma…

En ce qui me concerne, j’aime particulièrement les contes folkloriques qui parlent souvent de romance. Certains contes peuvent être lus le temps d’une chanson, mais les images évoquées restent présentes bien après la fin de la chanson (ou de l’histoire).

Quand on lit des articles sur Reservoir dans la presse ou sur le web, on retrouve systématiquement les mêmes comparaisons avec Arcade Fire, Beirut ou Sufjan Stevens. Qu’est-ce que tu en penses ?

Ça ne me dérange pas que nous soyons comparés à de bons musiciens ! Ça doit être ce qui vient à l’esprit des critiques la première fois qu’ils entendent Fanfarlo. Parfois c’est la manière dont Simon chante, ou celle dont Leon enfonce les touches de son piano, ou encore une partie de cordes avec un rythme disco derrière, qui débouchent sur le « Oh, ça me rappelle tel artiste… » Je fais la même chose quand j’écoute un groupe pour la première fois, mais j’aime aussi la deuxième et la troisième impression, juste pour voir ce que je ressens plus tard.

Le groupe est basé à Londres mais vous avez choisi d’enregistrer aux États-Unis. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Eh bien, le studio de Peter Katis [NDT : producteur de The National et Interpol] à Bridgeport, dans le Connecticut, avait tout l’équipement que nous voulions et à l’époque cela nous aurait coûté la même chose d’enregistrer à Londres. Nous voulions également quitter Londres pour vivre une aventure et ne pas être tentés par trop de distractions. Mais finalement deux évènements ont quand même réussi à nous distraire : l’élection de Barack Obama et Halloween. On n’a rien pu enregistrer ces jours-là.

J’ai pu lire dans une interview que, sur Reservoir, « vous vouliez obtenir le son de 100 guitaristes jouant en même temps un même riff très simple ». Est-ce que ça a été compliqué d’adapter ce son pour la scène ?

Cela concernait un passage en particulier de « I’m A Pilot ». Chaque fois que nous jouons ce morceau en live, je me rend compte qu’il nous manque 98 guitaristes mais je ne pense pas que ce soit un problème pour qui que ce soit d’autre ! On compense par l’enthousiasme.

Vous avez joué avec Noah and the Whale and vous allez être accompagnés lors de votre tournée aux États-Unis par les Freelance Whales. Vous avez une affinité particulière avec les baleines ?

Nous n’avons jamais joué avec Noah and the Whale, je ne les ai même jamais vus en live. Par contre, nous partons bien en tournée avec Freelance Whales dans 5 jours précisément. Si j’aime particulièrement les baleines ? Eh bien je me suis émerveillé à maintes reprises devant un modèle grandeur nature d’une baleine bleue au musée d’histoire naturelle de Londres, ça compte ?

Plus sérieusement, est-ce vous avez l’impression de faire partie d’une scène folk montante aux côtés de ces groupes et d’autres comme Mumford and Sons ou Laura Marling ?

Je continue à penser que Fanfarlo n’est pas assez folk pour faire partie d’une « scène folk ». Il est difficile d’être objectif mais quand tu parles de ces groupes, je ne me dis pas un instant : « Ah oui, Fanfarlo sonne un peu comme eux ». Bien sûr on joue d’instruments similaires mais je pense que notre son est plus lourd, plus électronique aussi puisque nous utilisons synthés et samples.

Je n’ai pas encore beaucoup écouté Freelance Whales mais je me souviens de ma première impression : musicalement ils pourraient être apparentés aux Flaming Lips. Ah, mais tu me rappelles une anecdote : nous avons joué avec Laura Marling à Brooklyn et nous avons fini par lui emprunter sa guitare après avoir cassé une corde. Devine qui nous l’a donnée ? Marcus Mumford ! [NDT : leader de Mumfors and Sons] Ok, tu as raison et j’ai menti : la scène folk, on est à fond dedans !

Vous avez vendu votre album en ligne pour 1 dollar et vous jouez cette semaine en France, pays qui a voté il y a quelques mois la loi HADOPI. Que penses-tu du téléchargement illégal et de l’accès à la culture pour tous ?

Je ne pense pas avoir changé d’avis à ce sujet. Le téléchargement illégal a affecté les groupes et les musiciens de manière différente. Les grands groupes ont perdu une plus grosse partie de leurs revenus provenant de la vente de disques, mais en même temps ils continuent de remplir des stades ou des grandes salles. Les groupes moins connus ou moins conventionnels peuvent eux bénéficier d’une fréquentation plus importante à leurs concerts parce que quelqu’un a mis leur musique en téléchargement sur un blog ou grâce au bouche à oreille. Les gens se connectent facilement à Internet pour faire toutes les recherches qu’ils veulent sur un groupe et aller le voir ensuite sur scène. Mais par contre il est devenu difficile pour ces petits groupes de vendre des albums ou des singles, même s’il reste encore des gens pour les acheter. En ce qui nous concerne beaucoup de monde a téléchargé notre album pour 1 dollar. C’est fantastique car à l’époque il n’était même pas disponible en magasin ! Lors de nos concerts, j’ai rencontré des gens qui avaient acheté Reservoir pour 1 dollar. Mais j’ai aussi parlé à beaucoup de gens qui l’avaient téléchargé sans payer et qui sont ensuite venus à l’un de nos concerts grâce à ce téléchargement, donc ça marche dans les deux sens.

Et pour finir, vous êtes enthousiastes à l’idée de jouer à Paris ?

Et comment ! Ça sera seulement notre deuxième concert en France et ce n’est pas assez. Nous espérons faire une tournée en France un jour.

Merci et à samedi à La Boule Noire !

Je t’en prie, Benoît. À samedi !

Tags :

VOS COMMENTAIRES
SMALA
LE 09/11/2009 À 16H18

Oui, bon concert.
Les morceaux sont effectivement puissants mais j’en reste néanmoins avec le sentiment que le set était un peu froid. Manquaient des échanges avec la salle (effectivement chaude et réceptive aux morceaux). Peut-être étaient-ils un peu trop appliqués et/ ou stressés pour que cela soit franchement mémorable ? Il ne manque pas grand chose pour qu’ils soient très bons. Cela donne envie de les suivre.

PHD
LE 09/11/2009 À 09H56

Excellent concert samedi à la Boule Noire effectivement. Beaucoup d’intensité, on était proche de la perfection

BEB
LE 08/11/2009 À 12H46

Merci à toutes les 2 ! Le concert était magnifique (enfin moi j’ai adoré). Belle ambiance, public qui connaissait les paroles par coeur. Set un peu court à mon goût mais très heureux de les avoir revus à Paris !

STEPH
LE 08/11/2009 À 12H33

Dis donc, vous devenez des vrais pros! Bonne interview! Et alors, c’était comment ce concert hier soir?

LILI
LE 07/11/2009 À 16H16

Bravo, bravo Benoît… Et Merci aussi! Une interview …. Classe!
Bon et bien moi je ne peux pas dire « à samedi à la Boule Noire » mais maintenant que je sais que Fanfarlo espère un jour faire une tournée française, je garde bon espoir 😉
xxx