Villagers – Becoming A Jackal 

Publié par le 16 novembre 2010

L’année du tigre

Conor J. O’Brien, aka Villagers, s’inscrit dans la longue lignée de ces songwriters à l’imaginaire torturé, peuplé de peurs et de souffrance, et qui ont utilisé la musique pour exorciser leurs démons. Le jeune irlandais, comme souvent en pareil cas, fut un enfant timide. Ne trouvant le moyen de communiquer avant l’extérieur, il hurlait son inadéquation au monde qui l’entourait à travers ses écrits et ses dessins. Quelques années plus tard les textes se sont transformés en chansons que l’enfant, devenu adulte, se plait maintenant à nous faire découvrir sur un premier album intitulé Becoming a Jackal. Je dis « plait » car O’Brien ne semble avoir gardé aucune trace de ses premières années et c’est apaisé et avec la maturité d’un jeune homme de 27 ans qu’il affronte sa toute nouvelle notoriété (il a été signé sur le label Domino et a fait partie des 10 nommés au prestigieux Mercury Prize cette année). L’artiste a su prendre le temps de préparer ce premier album et nous livre 11 morceaux qui figureront probablement aux panthéons de nombre de blogueurs musicaux en cette fin 2010.

Et il est vrai que Becoming a Jackal commence fort. Le premier titre I Saw The Dead plante un décors des plus sombre : quelques secondes d’orgue et de cordes suffisent à nous transporter sur une plaine pluvieuse de l’île au trèfle. Lorsque arrivent le piano, la voix puis la batterie, c’est une mélodie intense et entêtante qui se dessine. On se dit rapidement que si tous les successeurs à ce morceau d’introduction possèdent la même tension et la même richesse mélodique, nous avons effectivement à faire là à un grand disque ! Les 2 titres suivants poursuivent cette même impression. Le lumineux et pourtant terrifiant Becoming a Jackal (l’artiste s’y décrit enfant comme un rêveur observant à la fenêtre les chacals se nourrissant des âmes des passants…) et surtout le rageur Ship of Promises traduisent un sentiment d’urgence et un désarrois à la fois impressionnants et angoissants. Ce qui se dégage également de ces premiers morceaux, c’est la dextérité d’O’Brien avec laquelle celui-ci travaille sa musique. On a affaire à un orfèvre, soignant chaque note afin de servir au mieux l’ambiance qu’il souhaite créer. Comme un réalisateur qui irait jusqu’à peaufiner les détails hors champ d’un décors pour que ses acteurs s’immergent totalement dans leurs rôles…

Malheureusement la seconde partie du disque fonctionne moins bien. Moins de tension, moins d’ampleur, des morceaux franchement en-dessous comme The Pact (I’ll Be Your Fever) qui ressemble à une mauvaise caricature de chanson des années 50 ou Pieces sur lequel l’irlandais frise le mauvais goût en imitant désagréablement des hurlements de loup… Reste qu’on y trouve également l’une des perles de ce premier album : le bijou pop Set The Tigers Free, histoire d’une rupture amoureuse où l’amour survit à la séparation ( « True love feeds on absences like pleasure feeds on pain » – sic ! ).

C’est donc avec un léger sentiment d’inachevé que j’ai quitté ce premier album de Villagers, trop emballé par un début tonitruant pour ne pas être dessus par une seconde moitié de disque franchement en-deçà. Mais Conor O’Brien a déjà affirmé dans diverses interviews qu’il possédait encore de très nombreuses histoires à nous conter, que ce Becoming a Jackal ne pouvait abriter. Gageons donc que le prochain album saura combler les quelques lacunes d’un premier opus malgré tout déjà formidable.

HibOO d’Live : Villagers – Set the tigers free (vidéo)

HibOO d’Live : Villagers – Home (vidéo)

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