Saviez-vous que Thom Yorke – oui, le même que celui de Radiohead, ce nabot génial désormais inscrit au patrimoine mondial du rock et que l’on continuera certainement d’apercevoir vivant bien après sa mort – saviez-vous donc que Thom avait un petit frère prénommé Andy ?

Andy a depuis petit 2 passions : la Russie et la musique. Pour assouvir la première, il en apprit la langue, y fit de nombreux aller-retours pour finir par y devenir traducteur pour Greenpeace en 1995. Pour assouvir la seconde, il monte en 1993 avec son pote de bahut, Nigel Powell, un groupe dont ils piquent le nom à un film de Hal Hartley : The Unbelievable Truth (le The est en option).

Ce bref rappel historique prouve d’ores et déjà combien l’histoire du groupe fut mouvementée. En effet, 2 ans seulement après sa création, et lorsque les choses commencent à devenir sérieuse, le petit Yorke file se planquer à Moscou, devient traducteur donc et fuit tout ce qui le débecte dans la musique, c’est à dire les à côté (entendez les photos, les interviews, la promo en général et en particulier)(et dire qu’à l’époque internet n’existait quasiment pas…).

C’est que malgré des qualités certaines, Andy a un défaut. Il est timide. On peut même supputer que c’est maladif chez lui. Or dans le groupe, c’est lui le chanteur. Et se mettre en avant c’est pas son truc à Andy. Un frontman qui se verrait bien roady à la place du roady. Composer de la musique OK. Faire du live passe encore. Mais raconter sa vie et ses états d’âme devant des journalistes pour qui le seul sujet réellement intéressant est son lien de parenté avec l’auteur de Creep, très peu pour lui. Il finit toutefois par changer d’avis, prendre ses affaires et son courage à deux mains, et retourne en 96 à Oxford pour y reprendre les choses là où elles avaient été abandonnées quelques mois auparavant.

La reformation va rapidement donner naissance à un premier single, Building, puis un premier album, Almost Here, le groupe ayant été signé sur la major Virgin. Almost Here… Il est surprenant de constater comme les choix de titres d’albums furent prophétique pour TUT (acronyme bien pratique pour des Français incapables comme moi de prononcer correctement le nom du groupe). Le succès fut effectivement presque là. Les critiques furent pourtant élogieuses (un succès d’estime comme on dit). Et le groupe trouva très certainement son public. Mais… mais il aura manqué probablement à ce premier album un single, un vraiment morceau étendard, quelque chose qui les fasse exploser aux yeux du grand public. Un Creep quoi…

Et pourtant ce premier opus n’a rien à envier à la production du reste de la fratrie en cette fin des 90’s. Almost Here est un petit bijou de classicisme pop rock. Pas d’hymne donc mais une collection de pépites plus précieuses les unes que les autres. Un son soyeux, une guitare distillant des arpèges à vous refiler des frissons du haut en bas de la colonne, des mélodies somptueuses de mélancolie et une voix… Bizarrement la voix omniprésente d’Andy est probablement ce qu’il y a de plus difficiles à décrire. Pas particulièrement technique, droite, sans vibrato démesurément long ni minauderie particulière. Loin des complaintes de son frère, le cadet met son talent au service des paroles plutôt que de sa propre personne. Mais qui s’en étonnera ?

L’équilibre et l’harmonie générale du groupe et cette science de la montée en puissance des morceaux (le refrain d’Angel ou la fin de Building, après une vertigineuse modulation…), font du duo Andy / Nigel des maîtres dans l’art de faire passer l’émotion. Et que dire du sommet de ce premier album, ce Higher than Reason qui est ce qui ressemble le plus à un single, immense morceau au riff de guitare enivrant et où le chanteur clame qu’au-delà de la raison, il n’y a rien ! On a pu taxer TUT d’être trop cérébral mais cela n’aura jamais été à l’encontre de l’émotion.

Malgré donc un premier album réussi, une tournée qui les amènera en France chez Lenoir et à la Route du Rock, le groupe se fait planter par sa maison de disque. Une raison supplémentaire pour ne se faire aucune illusion sur l’industrie musicale… Cela n’empêche pas les Anglais de se remettre au travail. Ils ont déjà pas mal de nouveaux morceaux sous la main, certains déjà étrennés sur scène comme le fabuleux Shed Your Skin. Le nouvel album s’appellera cette fois SorryThankYou et paraîtra sur le label indépendant Shifty Disco.

SorryThankYou. En un seul mot. PardonMerci. Pardon d’exister et merci quand même pour votre considération. Désolé de ne pas être à la hauteur de vos attentes mais merci d’avoir la gentillesse de bien vouloir nous écouter… Titre terrifiant qui semble empli de culpabilité. Titre qui reflète peut être un état d’esprit mais pas la couleur d’un album globalement moins sombre et mélancolique que son prédécesseur (tout du moins du point de vue de la musique). Les compositions sont également moins évidentes que celle du premier album et demandent un effort plus important pour en savourer toute la complexité (comme sur les magnifiques Disarm ou Pedestrian).

On sent que délesté de la pression de la major, le groupe a profité de cette liberté toute neuve pour se laisser aller à l’expérimentation. La guitare en profite pour se parer de sons étranges et les mélodies pour prendre des chemins de traverses, comme sur Home Again. Si Almost Here était un chef d’oeuvre de classicisme pop, SorryThankYou est plutôt l’expression d’une sublime maturité musicale. Maturité qui aurait pu annoncer un 3e album encore plus abouti, celui de la consécration ?

Mais cela nul ne le saura jamais. Car après ce second et dernier album, Andy succombe à nouveau à ses anciens démons et aux charmes de la Grande Russie. Il quitte le groupe pour retourner à Moscou y étudier la politique et l’économie russe. Sa décision signera l’arrêt de mort d’Unbelievable Truth qui ne sortira plus qu’un double album de raretés et de live en 2001 (Misc). Nigel formera ou participera lui à d’autres groupes dont Dive Dive. Le petit frère Yorke finira par revenir de Russie et publiera un album solo en 2007 qui n’aura ni le brio ni l’écho des oeuvres de TUT. Il semble d’ailleurs qu’il ait une fois encore abandonné sa carrière musicale… pour un PhD à Londres (selon wikipedia).

Il est étrange de retracer les quelques années de l’histoire musicale d’un homme visiblement trop modeste pour assumer son talent, trop pudique pour accepter les règles de l’industrie musicale… et peut être aussi trop fier pour demander l’aide d’un grand frère star mondiale et qui aurait sans doute pu lui donner le coup de pouce nécessaire pour lancer pleinement sa carrière solo… Histoire d’un destin musical raté donc ? Certainement pas puisqu’il nous a déjà laissé deux albums à la beauté intemporelle.

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Découvrez All For The Best, l’unique collaboration entre les frères Yorke, présente sur l’album hommage Ciao My Shining Star: The Songs of Mark Mulcahy.

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VOS COMMENTAIRES
SEB
LE 03/06/2011 À 00H42

Ca me fait trop bizarre. Ecouter Building comme ça me fait remonter plein de bons souvenirs.

Joli article ! Vive NianiaTrouffe !! Et merci !

BEB
LE 03/06/2011 À 09H53

Oui, moi aussi ça me rappelle plein de très jolis souvenirs. De toutes nos reprises, c’était l’une de mes favorites. Ca me rappelle aussi l’expédition à leurs concerts à Nantes. Je sais plus trop combien on était mais j’étais content pour une fois de ne pas faire un concert tout seul ! Souvenirs souvenirs…