Depuis 20 ans, la vitalité des provinces françaises en matière de rock n’a pas faibli. On connaissait déjà Bordeaux, bien sûr, Tours, Nantes, Lyon, Angers, Strasbourg, mais il faut aussi maintenant compter sur Clermont-Ferrand. Sans la réduire pour autant au folk sans relief de Cocoon ou au rock racé des Mustang, Clermont regorge de talents et c’est ce que le label Kütu Folk nous démontre si bien depuis son lancement en 2006.

Avec une machine à coudre pour emblème, le label avait pour ambition de ne chaperonner que des artistes préférant le cousu main au prêt-à-porter des labels classiques, des coups de cœur libres d’évoluer comme bon leur semble tant que c’est fait avec un peu de tripes et d’honnêteté. Pari tenu pour François-Régis (St-Augustine), Alex (The Delano Orchestra), Leopold Skin et Pastry Case, qui peuvent s’enorgueillir d’avoir su constituer un des catalogues les plus fascinants de ces dernières années.

De passage dans la capitale pour fêter leurs 5 ans d’existence, les Kütu Folk ont rassemblé les hérauts du label au cours de 2 concerts démontrant toute l’étendue de leur savoir-faire. Le 1er soir était consacré aux mélodies sombres et graciles de The Delano Orchestra et Garciaphone. Le 2e concert a démarré en douceur avec le minot Zak Laughed, à peine 18 ans et déjà auréolé d’un titre de révélation 2009-2010 qui lui a ouvert les portes de nombreux festivals. En bon rejeton des années 90, Zak a biberonné le manuel du parfait Elliott Smith. Mais comme il ne peut y avoir qu’un seul Son Of Sam, il l’a mâtiné de distorsions dans le plus pur style Pavement. Le résultat est un très joli folk-blues, parfois un peu âpre mais toujours sincère. Bien campé derrière sa Gibson, il reste quelque peu emprunté mais livre des solos d’une grande retenue.

Le plat de résistance l’a néanmoins rapidement éclipsé. Car lorsque St-Augustine débarque avec sa voix chaude et caverneuse, on est aussitôt saisi par la beauté de ce paysage musical maintes fois arpenté et toujours aussi fascinant. Un peu comme si St-Augustine était le légitime héritier des Tindersticks, de Lambchop et des Super Furry Animals. Comme quoi, le triolisme peut avoir du bon. Venu présenter son album à venir, St-Augustine nous emmène à travers de grandes plaines brumeuses, des reliefs écorchés (Let It Go), des ciels beaux et intranquilles, des forêts enneigées. Un pur bonheur qui transforme l’attente du prochain opus en un véritable supplice, mais il va falloir être fort.

Pour clôturer la soirée, la coutume de rassembler les membres de l’écurie Kütu Folk ne sera pas respectée. La charge incombera aux caennais de Kim Novak, nouvelle signature du label et sensation irrésistible de cet hiver, qui défendent, pour leur part, leur 2e album tout juste sorti. S’éloignant de plus en plus de leurs premières armes électro, les Kim Novak renouent avec la tradition d’une power pop ensoleillée et sautillante. A rebours des autres signatures du label, les titres de Kim Novak sont aussi gorgés de soleil que la crinière de l’actrice de Vertigo. Les guitares luminescentes n’avaient pas aussi bien sonné depuis nos chouchous Two Door Cinema Club, voire les regrettés Mumm-Ra (Glory, Love Affair, Montego Bay, Merry-Go-Round). Le charme opère instantanément et on n’attend plus que de nouveaux épisodes de la série Kütu Folk, déjà inscrite au palmarès de nos coups de cœur éternels.

PO

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