« Heureux les assoiffés de mélodies douces et changeantes, de cascades de cordes et de voix grave et apaisante, car ils ressentiront une joie intense ». C’est à peu près en ces termes que Jésus s’est adressé à la foule lors de son discours des Béatitudes. Curieusement, les Évangiles n’en ont retenu que huit, mais la neuvième était de loin la plus belle. On dit d’ailleurs qu’il la prononça après avoir écouté Lambchop. A-t-il pris la Delorean de Morin McFly pour revenir dans le passé et réécrire son discours ? L’Histoire ne le dit pas, mais ce qui est sûr c’est que le fils de Dieu a encore mis dans le mille sur ce coup-là. Car quand on écoute Mr. M, le nouvel album de Lambchop, une immense vague d’émotions nous étreint.

D’habitude, chez le crooner Kurt Wagner, on a cette impression que des jours meilleurs vont arriver, une promesse de printemps et d’arbres en fleurs. On le connaît un peu, maintenant, notre Kurt. Aux premières intonations de sa voix, les nuages bas se délitent et un beau soleil d’hiver fait son apparition, lumineux sans aveugler, chaleureux sans étouffer, juste bienveillant. Et s’il n’y avait cette rythmique délicieusement indolente et ces faux départs mélodiques, on pourrait presque dire de Lambchop qu’ils sont les dignes héritiers de la Philly Soul. Avec eux, une mélodie peut commencer au piano, et là où l’on s’apprête à écouter la voix magique de Billy Vera ou Brook Benton, l’ami Wagner pose ses paroles en demi-teinte et son timbre aimablement râpeux.

Si l’on se sent comme chez soi durant les premiers instants de Mr. M, on se rend vite compte que quelque chose d’autre est à l’œuvre. Une tristesse sourde, une sorte de désenchantement et de lâcher-prise. Tout le monde sait désormais que cet album est dédié à la mémoire de Vic Chesnutt, frère d’armes et âme-sœur de Kurt Wagner en matière d’americana gracile. Poussé par Mark Nevers, son éternel producteur, Wagner va rassembler ses gars de Nashville et livrer un album tout en retenue sans les effets de manche habituels. Il n’y a jamais eu de franche exubérance avec Lambchop, mais c’est l’occasion de montrer qu’ils savent faire « less » pour obtenir « more ».

Ecouter Lambchop – Mr. Met

Les cordes jadis espiègles se transforment en délicats tapis sonores (Mr. Met) pour accueillir le chant endeuillé du gars Kurt. If Not I’ll Die et ses démanchés aux violoncelles semblent projeter dans une belle histoire hollywoodienne, mais les accords préfèrent jouer la carte mélancolie. Concentrés, les Lambchop vont à l’essentiel de leur propos : Mr. M est finalement un hymne à l’amitié et à la vie, la perte des êtres chers doit permettre à ceux qui restent de mesurer leur chance et d’assumer leurs responsabilités. Lorgnant tantôt sur Bowie (2B2), tantôt sur Neil Young (Kind Of) ou carrément la flûtiste Bobbi Humphrey et son funk aérien (Gar), la bande à Wagner resserre le discours et libère tout le bonheur de vivre.

PO

—–

Mr. M est en écoute intégrale sur deezer. Et on vous recommande aussi vivement d’aller faire un tour sur le site officiel pour en savoir encore d’avantage ! Le groupe est en concert à Paris le 29 mars à La Maroquinerie mais je crois bien que c’est d’ores et déjà complet…

—–

Si vous aussi vous voulez nous faire partager vos concerts et nous faire découvrir votre groupe préféré, envoyez-nous votre article à equipe@alecoute.net.

 

Tags :

VOS COMMENTAIRES
Les commentaires sont fermés pour ce billet