On pourrait se demander ce qu’est un festival dans une salle parisienne. Une grosse poignée de concerts s’enchaînant en quelques jours… Pas grand chose à voir avec ce qui se déroule chaque été dans toute l’Europe. Et pourtant l’adn est bien le même : une unité de ton assuré par le programmateur de l’évènement, une volonté assumé de promouvoir de jeunes groupes en quête de notoriété et quelques beaux noms en tête d’affiche pour faire venir le public. Mais surtout, surtout, sur une soirée, exit cette notion assez désagréable de première et deuxième partie. Tout le monde se produit sur un pied d’égalité et chacun bénéficie d’un « temps de jeu » suffisant pour s’exprimer.

Ce deuxième jour du Clap Your Hands Festival #2 en fut le parfait exemple : qui des Barr Brothers ou de Graven Hurst a tenu le haut du pavé ce soir là ? Je serais bien tenté de pencher en faveur des premiers. Premiers à se produire sur la scène du Café de la Danse, mais premiers également dans l’intention et la générosité. Formation atypique, les Barr Brothers se composent de 2 frères venus des Etats-Unis installés à Montréal, Brad à la guitare et au chant et Andrew à la batterie, et de 2 Montréalais, Andres Vial au clavier, à l’harmonium et à la basse et Sarah Page… à la harpe ! C’est évidemment la présence de cet instrument éminemment classique dans un groupe de « folk expérimentale » qui attire l’attention de prime abord. Mais très rapidement, l’étonnement fait place à l’évidence et l’admiration face à une telle harmonie. Le son cristallin de la harpe se marie parfaitement à la guitare de Brad pour tricoter une Americana sous influence.

Brad va d’ailleurs raconter au cours du concert l’histoire de sa rencontre avec Sarah, qui est elle-même à l’origine de la formation : Brad et Sarah étaient voisins à Montréal, Brad l’a entendue jouer de la harpe au travers de la cloison et à composer une partie de guitare pour accompagner l’air qui lui parvenait de l’autre côté du mur. Le jeune homme a ensuite frappé à la porte de sa voisine pour lui présenter le résultat de cette composition mitoyenne et ce sera à la fois la naissance de leur première composition et du groupe sous sa forme actuelle…

La musique quant à elle navigue entre folk, blues, americana, et rock… Toujours très inspirée, menée par la guitare virtuose de Brad, elle vous embarque dans les grands espaces américains. Tantôt virevoltante, tantôt plus dense, mais toujours intense. Ces quatre-là viennent seulement de sortir leur premier album en Amérique (l’absence de distributeur européenne les empêcheront malheureusement le vendre à Paris) mais se connaissent sur le bout des doigts. Ils étrennent les scènes depuis des années (la rencontre date de 2007) et le public ne s’y trompe et en redemande ! Le concert aura paru trop court pour tous mais l’on espère bien sûr revoir très vite les frères Barr et leur brillante harpiste en France !

The Barr Brothers – Beggar in the Morning (vidéo)

Suivra ensuite la prestation de Nick Talbot, aka Gravenhurst. Fer de lance du label Warp, Gravenhurst est là pour nous présenter son déjà 6e album, The Ghost in Daylight, tout juste paru. En formation minimale, basse, batterie et Talbot à la guitare et au chant, le groupe distille une folk sombre assez loin du rock éthérée des précédents albums. Bien que plutôt joliment ficelée, la musique de Gravehurst souffrira du comportement de son propre chanteur et du public. Difficile de dire ce qui provoque l’autre, mais la défiance de Nick associée au bruit continuel de la salle rendent le set particulièrement long et laborieux. Impossible d’entrer dans une musique aussi exigeante dans de telles conditions…

Ce n’est finalement que sur le rappel, lorsque la saturation viendra déchirer la léthargie ambiante que le concert décollera enfin… Bien trop tard pour laisser un quelconque souvenir de la prestation du trio de Bristol. Dommage pour ce qui restera un rendez-vous manqué avec le public parisien.

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Crédit photo : ©2012 B. Barnéoud

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