Au royaume des cœurs brisés et de la délicatesse, il était dit que le nounours Loney Dear occupait le trône sans trop de partage. La 12-cordes était son arme favorite, et la chansonnette folk de chambre son champ de bataille de prédilection. Et chaque fois qu’il remettait son titre en jeu, sa domination ne faisait que se confirmer. Il n’y avait qu’à entendre son joli filet de voix, et l’on tombait aussitôt sous le charme. Mais loin d’être un souverain pingre comme tant d’autres avant lui, le Suédois donnait plutôt dans la générosité, n’épargnant pas ses efforts sur scène et livrant des albums d’une grande sensibilité, dont les arrangements faisaient pleurer même les pierres.

Seul ou presque sur la scène du Café de la Danse, avec pour suite royale une accordéoniste réservée et un jeu de pédales à loops, Loney Dear a imprégné la salle de toute sa belle mélancolie. Enfilant les bijoux folk (Calm Down, Eveything Turns To You, I Was Only Going Out…) comme d’autres les perles mal dégrossies, le roi Emil aux mille pédales a séduit sa cour avec des histoires d’amours contrariées, de solitudes, de choses de la vie. Un sample pour les cordes rythmiques, un autre pour les arpèges mélodiques, et de temps en temps un pour des chœurs ou des percussions. Sans effet de manche, juste une poignée de chansons dans leur plus simple appareil, Loney Dear est bien un géant, même dans un registre minimaliste.

Mais la vraie surprise de la soirée venait d’un inconnu d’hier qui devrait bientôt faire son entrée dans le club des âmes solitaires célèbres. Sous sa mèche de post-adolescent, Paul Thomas Saunders nous emmène dans des paysages immenses et calmes sous les lueurs d’un soleil couchant bienveillant. A Leeds, d’où il vient, on doit s’ennuyer ferme, ou du moins on sait comment soigner son spleen : on rêve d’ailleurs, de dunes lunaires, de routes filant vers le sud, de steppes désertes, et on s’enferme dans sa chambre avec une guitare et un clavier pour sortir avec des mini symphonies sous le bras. Son très beau premier EP sorti l’été dernier, Lilac And Wisteria, avait pris tout le monde de court et séduit les rêveurs assoiffés de mélodies en clair-obscur. Les fées Leonard Cohen et Tom McRae avaient certainement dû se pencher sur le berceau du petit Paulo pour qu’il puisse composer un jour Good Time Rags And Requiems et Appointment In Samarra, deux titres qui vous mettent à genoux par leurs guitares graciles et cette voix hypnotisante.

Paul Thomas Saunders – The Trail Remains Unseen [Acoustic] (vidéo)

Attendu pour son premier passage sur scène à Paris, le jeune prodige installe tout de suite sa belle ambiance sonore dense entre nappes de claviers et guitare aérienne. Dévoilant les titres de son tout nouvel EP, Descartes Highlands, sorti quelques jours auparavant, Paul Thomas Saunders montre qu’il a plus d’ambition qu’une simple étiquette de troubadour romantique folk : s’affranchissant des codes, ses compositions masquent leur richesse par de la légèreté (The Trail Remains Unseen, Let The Carousel Display You And I). Et puis comment ne pas avoir de la sympathie pour quelqu’un qui donne à ses chansons des titres comme Here Lies Soleil, So Long ou A Lunar Veteran’s Guide To Re-Entry ? Il y a fort à parier que ce nom sera à suivre dans les mois à venir ou alors c’est que le monde n’a pas d’oreilles.

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Texte : PO
Crédit photo : ©2012 B. Barnéoud

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