Sans aucun jugement de valeur déplacé, on n’avait pas vu depuis longtemps deux parties aussi peu assorties. Ou plutôt aussi différentes dans leur approche. D’un côté le feu de Oh Ruin, un blues bien corsé qui vient des tripes. De l’autre, l’indolence de Jay Brannan, sûrement étoile à venir de la scène pop-folk mainstream. Et pourtant on retrouvait de part et d’autre une même sincérité dans le propos.

Quelque part entre Muddy Waters et les Black Keys, il y a Oh Ruin. Evidemment, le grand échalas a tout l’air du vagabond des temps modernes avec son pantalon trop court et ses cheveux filasses. Un peu comme Sébastien Tellier, mais sans les lunettes à 2 euros et le blouson de cuir rouge affreux. Mais heureusement il nous happe de suite avec ses mélodies qui sentent le tord-boyaux, le truc qui assèche encore plus la gorge et donne le feu dans la soif (à moins que ce ne soit l’inverse).

Armé juste de sa gratte électro-acoustique, un bon coup de larsen dans les dents pour commencer, et en piste pour les chansons à voix caverneuse. Le jeune homme a quand même le bon goût d’avoir un petit sens de l’humour bien affûté, en ce jour de 1er tour d’élection présidentielle, en tout cas juste ce qu’il faut pour faire copain-copain avec le public peu habitué aux sonorités abrasives. Dommage juste que ses ritournelles soient un peu trop répétitives, et que le larsen de début de chanson tourne au gimmick, mais on attend de le voir un peu plus longtemps pour savoir à quoi s’en tenir.

Beaucoup plus pop, le minet Jay Brannan n’est pas vraiment fait du même bois de Gibson. Son truc à lui, c’est la petite balade folk pour radio façon Jason Mraz ou Jack Johnson. Pas mal, mais rien de bien méchant non plus. Ses parties sont évidemment entrecoupées de petites touches d’humour ravageur pour mettre son public dans sa poche, et ça marche à chaque fois. Bon, hormis sur sa tentative de reprise de Céline Dion. Heureusement, il a gratifié son public d’une autre reprise, a capella s’il-vous-plaît, du Blowin’ In The Wind, dont il s’est très bien sorti. Son nouvel album regorge bien sûr de ce style pop-folk digne de figurer dans Grey’s Anatomy. D’évidence, le jeune homme va bientôt accéder à des salles un peu plus grandes, il ne lui manque qu’un peu de communication grand public et sa destinée devrait être des plus sereines.

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Texte : PO
Crédit photos : ©2012 Rory O’Connor

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