Alt-J( ∆ ), l’interview 

Publié par le 6 août 2012

Cela fait quelques semaines déjà que les Anglais d’Alt-J( ∆ ) ont débarqué avec leur splendide premier album et force est de constater que ∆n ∆wesome W∆ve reste aujourd’hui sans conteste LA sensation indie de l’année 2012. Le groupe était de passage dans la capitale à l’occasion du festival Fnac Live. Nous avons eu l’immense privilège de pouvoir interviewer Gus Unger-Hamilton le clavier et Thom Green le batteur. Et bien en plus d’être extrêmement talentueux, ces jeunes gens sont absolument adorables…

Bonjour Gus, bonjour Thom !

Nous savons que vous vous êtes tous rencontrés à l’université de Leeds, mais que feriez-vous aujourd’hui s’il n’y avait pas eu Alt-J ?

Gus : C’est difficile à dire… mais je pense que je ferais un boulot quelconque. J’aimerais te dire peintre mais cela demande beaucoup de travail pour y arriver.

Thom : Oui, moi aussi j’aimerais croire que je ferais un job super intéressant à l’heure qu’il est . Mais la majeure partie de mes camarades d’université recherchent un travail aujourd’hui ou font un travail que je n’aurais pas aimé faire. Donc on a de la chance de jouer dans Alt-J( ∆ ) ! (rires)

Depuis quand jouez-vous ensemble et comment le groupe s’est-il formé ?

Thom : Joe, notre chanteur, a créé le groupe il y a 4 ans. Gwil qui joue de la guitare et de la basse l’a rejoint puis Gus et enfin moi. Mais tout cela s’est fait très rapidement.

Avez-vous conscience d’avoir créé avec Alt-J( ∆ ) un nouveau son, quelque chose d’unique, jamais entendu auparavant ?

Gus : Si personne ne nous l’avait dit, on ne le réaliserait pas vraiment. On s’attendait plutôt à ce que l’on nous compare à tel ou tel groupe, mais au lieu de cela, on nous dit que l’on a un son unique et original et c’est génial ! On adore entendre les gens dire ça.

Thom : C’est vraiment parce que les gens nous le répètent régulièrement que l’on commence à le croire. Mais honnêtement, nous n’avons aucune idée de la façon dont on sonne…

Pourtant, dans une interview, l’un d’entre vous racontait que lorsqu’il a entendu pour la première fois les chansons composées par Joe, cela avait été un vrai choc : les morceaux semblaient à la fois novateurs et évidents !

Thom : Je crois que c’est moi qui ai dit ça. Je venais de rejoindre le groupe et Joe, Gus et Gwil m’ont joué un morceau. Je n’avais jamais entendu ça avant et en même temps cette musique me parlait complètement.

Gus : Ça a été la même chose pour moi… Mais ce n’est pas parce que nous trouvions cela original d’un point de vue personnel que cela signifiait que cette musique serait un jour intéressante et originale pour d’autres.

Concernant vos influences, vous parlez plus volontiers de littérature et de cinéma que de musique. Y a-t-il cependant des groupes qui ont une importance pour Alt-J( ∆ ) ?

Thom : Nous avons tous les 4 des goûts musicaux très différents. Il y a quelques groupes que nous apprécions tous comme Radiohead, Metronomy ou encore Princesse Chelsea… mais nous n’allons pas voir de concerts ensemble.

Gus : Nous n’avons pas créé Alt-J( ∆ ) parce que nous étions tous fans de Radiohead et que nous nous sommes dit : « Cette musique est géniale, montons un groupe ! » . Joe écrivait des chansons et voulait un groupe pour les jouer, et personnellement j’étais heureux que l’on me propose d’y participer. Mais je n’avais aucune idée de ce à quoi cela allait ressembler ni comment cela allait sonner.

Voici une liste de groupes qui ont pu être cités dans différentes critiques écrites au sujet d’∆n ∆wesome W∆ve. Pouvez-vous me dire ce que vous en pensez, en commençant par TV On The Radio ?

Gus : J’aime beaucoup TV On The Radio !

DJ Shadow, et particulièrement l’album Entroducing ?

Gus : Joe aime bien mais je n’ai jamais écouté.

Radiohead donc !

Thom : On adore ! Qui peut dire qu’il n’aime pas Radiohead ? (rires)

Et enfin Fredo Viola ?

Thom & Gus : Qui ça ?

Fredo Viola ! C’est un songwriter américain qui travaille énormément sur la voix et qui compose une musique qui se situe entre pop et musique religieuse… Ce côté sacré que l’on retrouve chez Alt-J( ∆ ).

Gus : Je ne connais pas cet artiste… mais j’ai effectivement chanté par le passé dans le chœur d’une cathédrale ! J’aime beaucoup ce genre de musique sacrée. Nous avons par la suite écouté pas mal de chants religieux avec Joe et cela a très certainement influencé notre musique, les harmonies que l’on utilise…

Pouvez-vous nous parler plus particulièrement de la chanson Mathilda et du film Léon du réalisateur Luc Besson qui l’a inspirée ?

Gus : C’est un film que nous apprécions tous… Je trouve personnellement que c’est un bon film, sans être un « grand » film. Mais Joe, lui, l’aime beaucoup. On peut même dire qu’il l’adore ! (rires)

Thom : C’est la même chose pour moi. Je trouve le film sympa, sans être particulièrement inspirant. Mais c’est une histoire qui parlait à Joe et qu’il a réussi à s’approprier. Il est plutôt doué pour ça !

Gus : Mais le film ne méritait probablement pas que l’on y consacre 2 morceaux…

Parce qu’il y a un second titre inspiré par Léon ?

Gus : Oui ! C’est un vieux morceau d’Alt-J( ∆ ) qui s’appelle Léon et qui n’est pas sur l’album. Vous pouvez aller l’écouter sur youtube. Je ne sais d’ailleurs pas comment il s’est retrouvé en ligne !

J’aimerais faire un parallèle entre le travail de Luc Besson et Alt-J( ∆ ). Les films du français sont à la fois très grand public et malgré tout assez complexes dans leur réalisation. Est-ce que vous pensez de la même manière que votre musique peut être à la fois riche et exigeante et parler au plus grand nombre ?

Gus : Oui, j’en suis persuadé ! On peut reprendre l’exemple de Radiohead : ils sont énormes et créent depuis 20 ans une musique intéressante et qui fait référence. Chaque album apporte quelque chose de neuf !

Thom : Cela dit, nous ne serons probablement jamais aussi connus que Radiohead ! (sourires)

Gus : Tessellate est aujourd’hui sur la playlist principale de BBC Radio 1, ce qui est la consécration radiophonique absolue pour un groupe anglais. Mais cette même chanson Tessellate provoquait déjà l’émoi des blogueurs musicaux les plus exigeants il y a de cela 1 an et demi. C’est donc la preuve qu’il est possible de plaire à ces 2 types de publics.

Depuis 6 mois, on entend de plus en plus parler d’Alt-J( ∆ ). Comment gérez-vous ce succès naissant ?

Gus : Nous avons emménagé à Londres il y a 2 jours à peine ! Auparavant nous vivions à Cambridge, et encore avant à Leeds. Nous étions donc jusque là très éloignés de la scène musicale (NDLT : londonienne). Nous ne savions donc pas si nous étions populaires ou même hypes. Nous faisions notre musique dans notre coin sans chercher à faire de vagues. Et même si aujourd’hui on lit pas mal de choses à notre sujet sur twitter par exemple, la grande majorité du public n’a jamais entendu parler de nous. C’est donc difficile pour nous d’évaluer notre « popularité ». Nous croisons des fans qui pensent que nous sommes « le plus grand groupe du monde » (sourires) et d’autres personnes qui nous disent : «Alt-J ? Ah oui, j’ai déjà entendu parler de vous… » C’est étrange !

Au sujet de facebook et twitter, quelle importance ont les réseaux sociaux pour le groupe?

Thom : Cela fait vraiment partie de la vie du groupe. Tout le monde participe à Facebook, je m’occupe du Tumblr et Gus de notre compte Twitter. Nous adorons tous Internet et nous sommes toujours à la recherche d’une connexion wifi. C’est une très bonne manière de rester en contact avec les fans et de s’occuper pendant les périodes d’attente.

Gus : Nous apprécions particulièrement ce lien direct que l’on peut avoir avec les fans via Twitter. C’est excitant pour nous de lire tous ces tweets à notre sujet, ces gens qui s’adressent à nous, nous interpellent et auxquels on peut répondre. Cela marche vraiment dans les 2 sens !
Thom : Et puis c’est si facile ! Cela prend 2 secondes et cela fait vraiment plaisir.

Vous tournez avec Alt-J( ∆ ) depuis 6 mois déjà. Est-ce que cela a été compliqué d’amener les chansons d’∆n ∆wesome W∆ve sur scène ?

Thom : Cela a demandé pas mal de répétitions car les morceaux sont assez complexes. Il y a des sons que l’on a dû apprendre à reproduire sur scène. Mais on s’y est habitué.

Gus : Nous jouons Dissolve Me en live depuis 1 mois seulement ! C’est le morceau que l’on a eu le plus de mal à adapter pour la scène. Pas mal de choses sont différentes par rapport à la version studio. On adore cette chanson mais après l’enregistrement, on s’est dit : « Mais comment va-t-on la jouer en concert maintenant !? »

Vous n’utilisez pas de samples ou de boucles sur scène ?

Thom : Non, nous ne voulons pas utiliser ce genre d’artifices. Tout se doit d’être joué live. Comme pendant l’enregistrement de l’album pour lequel nous avons joué tous les instruments, piste après piste. Le tout est assez organique et nous souhaitions préserver cela en concert. Nous sommes un groupe « organique » !

Gus : Nous ne voulons surtout pas perdre ça : nous voulons rester un groupe qui joue sa musique live, sur de vrais instruments. Je déteste ces groupes qui se trimbalent avec leurs macs book pro sur scène…

Dernière question : travaillez-vous déjà à votre prochain album ?

(rires gênés) Gus : Ça n’est probablement pas une très bonne dernière question. Tu n’en as pas une autre ?

Vous avez beaucoup de fans partout en France. Avez-vous prévu de faire une tournée complète dans l’hexagone d’ici la fin 2012 ?

Thom : Nous adorerions ! Pour le moment, rien n’est encore prévu pour cet automne, mais nous espérons que l’occasion se présentera dans les mois qui suivront…

Merci beaucoup Thom et Gus !

Gus & Thom : Merci et à bientôt !

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Un immense merci à Margaux et Rabih de PIAS France : la première pour nous avoir permis de réaliser cette interview et le second pour nous avoir accueilli et mis tout de suite à l’aise avant notre entretien avec Gus et Thom !

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Interview : B. Barnéoud
Crédit photos : ©2012 Rory O’Connor et B. Barnéoud

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VOS COMMENTAIRES
LL
LE 06/08/2012 À 15H40

Excellente Interview! 🙂

BEB
LE 06/08/2012 À 15H42

Merci ! 🙂