Voici donc la suite de notre report de cette Route du Rock, 22e édition. Le samedi est habituellement la journée la plus fréquentée du festival et cette année ne dérogera pas à la règle, la « faute » à la seule vraie tête d’affiche que se seront offerts cette année les programmateurs, à savoir The XX. Les Anglais sont là pour présenter leur second album Coexist à venir début septembre. Mais avant cela vont se succéder les groupes de filles à cheveux courts, peut-être en l’honneur des stars du jour ?

Veronica Falls, Savages & Lower Dens par BeB

Les premiers à ouvrir le bal sont les 4 de Veronica Falls. Les Londoniens m’avaient laissé une impression très mitigée en septembre dernier en première partie de The Drums au Nouveau Casino. Je me posais alors la question suivante : « S’agit-il d’un problème de retours ou simplement d’un manque d’expérience scénique, toujours est-il que le chant désespérément faux de Roxanne Clifford massacre le travail mélodique que l’on peut retrouver sur l’album. » Je dois me rendre à l’évidence : presque un an plus tard, le chant est toujours aussi approximatif et l’impression d’un groupe maîtrisant mal son sujet toujours bien présent. Second rendez-vous manqué donc avec ce groupe qui nous avait pourtant enchanté avec son premier album éponyme.

C’est ensuite à Savages de faire son entrée sur la Grande Scène du Fort St Père. Savages, ce sont 4 filles vêtues de noir, jouant un rock monolithique et sombre, imprégné de Joy Division jusque dans les postures de la chanteuse Jehnny Beth, transfuge de l’excellent duo John & Jehn. Le contraste avec le shoegaze de VF s’avère trop violent et finit par me renvoyer là où finissent tous ceux qui souhaitent un répit loin des décibels de la scène : le mythique stand des galettes saucisses !

Le temps d’avaler mon légendaire et bretonnant encas, c’est maintenant aux Américains de Lower Dens de prendre place face à un public de moins en moins clairsemé à l’approche du concert des 2ble X. Les Lower Dens ne sont pas tout à fait des inconnus : tout d’abord parce que Nootropics, leur second album sorti en mai dernier, a pas mal fait parler de lui, mais aussi et surtout parce nous les avions découverts avec Magic à New York à l’époque de leur tout premier album. La voix grave et lancinante de leur chanteuse Jana Hunter nous avait à l’époque impressionnée, sans pourtant réussir réellement à nous séduire. A l’inverse des Beach House auxquels ils sont régulièrement comparés (pour cause d’origine géographique et de sources musicales communes), tout chez Lower Dens tend à créer une distance entre le groupe et l’auditeur. C’est donc un jeu étrange de « je t’aime, moi non plus » qui s’instaure pendant le concert, pas vraiment désagréable mais qui dresse une barrière empêchant d’entrer pleinement dans le concert. L’impression finale reste pourtant positive et donne envie de se pencher à nouveau sur un groupe qui aura eu le mérite de préparer le terrain pour les héros du soir.

The XX par Tiphaine

The XX nous ont emmenés cette nuit dans un univers où l’épure autorise les émotions les plus intenses, guidées par les voix lassives et nonchalantes de Romy Madley Croft et Oliver Sim. Infinity en fut l’apothéose. La frustration habituelle de fin de morceaux a laissé place à une envolée répétitive hypnotisante.

On se sent transporté, happé. Le jeu de lumières bleutées joue lui aussi le jeu du minimalisme. Les silhouettes ombrées se détachent dans de lentes volutes sensuelles où chaque mouvement, chaque pas, nous emmène encore un peu plus loin dans l’excellence de cette pureté musicale. Un grand et beau moment.

Willis Earl Beal par Alain

Aussitot le son et lumiere XXien terminé, direction le ravitaillement. A peine le temps d’échanger quelques impressions avec mes comparses, qu’une voix puissante envahit tout le Fort St Père. Willis Earl Beal commence sa performance sur la minuscule Scène de la Tour. Muni d’un simple magneto à bande echappé d’un autre âge, celui qui est presenté comme un ancien SDF, interrompt immédiatement toute communication entre les festivaliers. Le type a une presence et une voix qui n’épargneront personne. Puissant, très puissant, je pense à plusieurs reprise à une croisement entre Otis Redding et Screamin’ Jay Hawkins. Rapidement les premiers rangs deviennent compacte, et les adeptes semblent envoutés par cette contre programmation à la relative torpeur du show de The XX. Au final, bien que subjugué par ce grand gaillard, je dois admettre que tout cela aura manqué un peu de nuances pour moi.

Mark Lanegan Band par BeB & Rory

Mark Lanegan s’est fait connaître dans les années 80 et 90 comme chanteur des Screaming Trees. Sreaming Trees est ce que l’on appelle aux Etats-Unis un « seminal group » . Comprenez par là un groupe fondateur (du grunge dans ce cas précis), ayant influencé toute une série d’autres groupes comme Nirvana ou Pearl Jam, sans jamais accéder à une large et méritée reconnaissance publique. Rôle ingrat que celui de précurseur ; d’autant plus ingrat lorsque son initiateur se trouve incapable 20 ans après de se renouveler et produit une musique sans ambition ni envergure. Un passé ne fait pas tout Monsieur Lanegan ! Il ne vous assure surtout pas un avenir… 

Breton par BeB

Je n’ai pas assisté au concert de Breton, mais puisque cela ne gène pas certains journalistes pour rédiger malgré tout leurs comptes rendus, je ne vois ce qui m’empêcherait de vous en parler. Tout d’abord parce que grâce à Arte Live Web, vous pouvez comme moi revoir le concert en intégralité. Parce qu’ensuite j’ai eu la chance de voir leur premier concert parisien au Point FMR. Parce qu’enfin, j’en ai pas mal entendu parler le lendemain…

Si donc j’avais vu leur concert, j’aurais sûrement commencé par glosser sur la présence d’un groupe anglais répondant au nom de Breton dans ce haut lieu de la bretonnitude. Ce que n’aura d’ailleurs pas manqué de faire remarquer le chanteur Roman Rappak dans un français impeccable. Il faut savoir cependant que le patronyme du groupe n’a rien à voir avec la région, et tout avec l’écrivain André Breton. Ensuite, j’aurai très certainement insisté sur l’ambiance incandescente présente aussi bien sur scène que dans le public, malgré l’heure tardive, cela grace à des morceaux à l’énergie brute ô combien communicative. J’aurais cependant probablement regretté que l’incroyable Edward the Confessor soit arrivé un peu trop tôt, seule légère déception d’un set sans fausse note qui restera l’un des grands moments de cette 22e Route du Rock. C’est en tout cas ce qu’en a pensé le journaliste des Inrocks, mais est-il seulement présent…

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Crédit photo : ©2012 B. Barnéoud
 

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VOS COMMENTAIRES
MAGIC
LE 24/08/2012 À 08H31

Perso, j’aurai décrit le concert de Veronica Falls comme ça :
Pour attaquer cette 2ème journée, c’est Veronica Falls qui ouvre le bal. Fidèle à l’image du groupe, look pop, lunettes de soleil vintage et guitare rouge Gretsch. Et on aura droit à un généreux concert avec 3 nouveaux morceaux qui mettent bien en appétit pour le nouvel album et la suite de la soirée. Un set impeccable, sans fausse note et généreux avec même une petite dédicace  « This song is for the guy with the best t-shirt ». Et punaise, c’était moi (t-shirt jaune avec un visage d’un bonhomme rouge et l’inscription « smiles for all ») !