Mon histoire d’amour avec Mathieu Boogaerts remonte à son tout premier clip, Ondulé, découvert en 1995 un peu par hasard sur M6. A l’époque, j’avais été intrigué tout d’abord par ces images étranges d’un Boogaerts poilu et se faisant dépoilé pendant toute la durée de la vidéo. C’est ensuite les mots et la musique qui m’ont séduit : un sens derrières lequel on court, des mots qui se posent au rythme de la basse et qui accompagnent avec perfection la progression chaloupée de la musique. Ce morceau était un ovni et le style de son auteur était indescriptible : ni reggae, même s’il en possède le groove, ni pop même si la mélodie est bien là, imparable, pas même chanson française bien que la langue soit bien celle de Gainsbourg… Jusqu’à en décider que ce Mathieu-là, avec son nom que je n’ai jamais su écrire et qui semblait venir tout droit du Plat Pays, jusqu’à en décider donc qu’il ne pouvait être Français mais… Belge.

L’histoire ne s’arrête pas là : le plus beau était en effet à venir. Car Boogaerts fait partie de ces artistes qui n’existent pleinement que face à un public. Comment un album studio pourrait-il retranscrire ces grimaces, cette voix qui parfois s’oublie en petits cris extatiques, ce jeu de guitare inimitable, tout en groove et balancements…? Et surtout comment y retrouver l’humour et l’auto-dérision véritable marques de fabrique du Belge !?

Moi, ma première fois avec Mathieu, c’était à Nantes. Vers 1998 je crois. A la Salle Paul Fort. Un lutin vert (guitare ovation comprise), décors vert, et musiciens tout en blanc. Une révélation. Probablement ma première crise de fou rire en concert. Pas la dernière. Surtout pas avec lui. A l’époque Super avait été suivi de J’en ai marre d’être deux. Et les morceaux étaient tous prétextes à des mises en scène dignes de Jacques Tati. 2 souvenirs : le contre-bassiste jouant debout sur son instrument, et la reprise (finale ?) de Billie Jean. Mémorable. Tous les influences de l’artiste sont dans ce morceau. L’homme est un showman, il n’envisage ses concerts que comme de véritables spectacles. Serait-il en fait Québécois ?

Une anecdote : à la même époque, j’ai vu, toujours à Nantes, un certain -M-. Amis d’enfance, Mathieu et Matthieu n’ont pas eu ensuite le même succès commercial. Pourtant à cette époque, la qualité du show de Boogaerts était infiniment supérieure à celle de Chedid. De là à penser que le Québécois avait fourni d’avisés conseils à l’homme aux cheveux en pointe…

4 années ont passé. Entre temps, j’ai quitté Nantes, suis passé par Lyon, puis revenu à Paris… et finalement retrouvé mon Mathieu fétiche avec un nouvel album, 2000, paru en 2002. Mais l’artiste, que l’on dit alors minimaliste, n’en est pas à un paradoxe près. Comme celui désormais de me faire aussi bien rire que pleurer, comme sur le très émouvant Dom, homage à un ami suicidé 10 ans plutôt. 2000 donc, qui blâme les mois de juillet pluvieux à Paris (déjà…), célèbre l’invention de la roue, ou l’amitié avec le Matthieu à 2 « T ». 2000 qui une fois encore se révélera sur scène, celle du Lavoir Moderne aujourd’hui menacée.

Imaginez : Mathieu se déplaçant d’un point à l’autre de la scène, jouant tour à tour sur un toy piano, un mini-synthé, sur sa guitare aussi bien sûr. Debout, assis, seul ou accompagné par un groupe projeté sur un écran, là mais parfois absent, mis en abîme lorsqu’il apparait en vidéo puis de nouveau « en vrai » face à la salle… Boogaerts (se) joue (de nous) et on en redemande. Il aime investir un lieu, y poser ses valises durablement et nous y inviter comme si c’était chez lui. Alors on vient et on y retourne, dans cette salle nichée au coeur de la Goûte d’Or, où l’on ne serait pas surpris de se voir offrir un mafe à l’entracte. Mathieu serait-il donc Malien ?

Une anecdote encore : un soir, au Lavoir, on venait écouter Mathieu mais c’est à un duo que l’on a assisté. Improvisé mais réel. Il existe donc des fans hard-core de l’Africain : celle-ci connaissait toutes les paroles et les chantait à haute voix, sans s’en cacher, tout à son bonheur de pouvoir communier avec son idole. A ne plus savoir si le spectacle était sur scène ou dans la salle. Et personne ne lui en a voulu, à cette fan, parce que c’est bien ça un concert de Mathieu : un échange, une communion.

Les années passent et les albums se succèdent : Michel en 2005 et I Love You en 2008. Mais un peu comme pour les films de Woody Allen, le style y est, pas le coeur. On voudrait aimer mais on n’y croit plus… Puis, Mathieu nous envoie un message, fin 2009 : après le Lavoir 7 ans plus tôt, il squatte maintenant La Java tous les mercredi soir. En acoustique et en (vrai) duo cette fois avec le bassiste Zaf Zapha. Le principe : un ancien morceau et un morceau plus récent, en alternance. Et là tout reprend sa place… Lui, avec son légendaire déhanché et son humour inimitable, nous assis par terre (à sa demande), tantôt subjugués, tantôt hilares. Ah non, pas tout à fait comme avant : exit les mises en scènes compliquées même si le show, lui, est toujours là.

La quarantaine passée, Boogaerts a pris de la bouteille. Il ressemble de plus en plus à un vieux sage, farouche gardien d’un trésor intangible mais inestimable : nos sourires. En 2 mots, 3 expressions et 4 accords de guitare, il fait (re)naitre le bonheur et la joie de l’enfant qui sommeille en nous. Pendant un forcément trop court set, c’est une salle pleine de gamins qui assistent à un spectacle de Guignol : on participe, on crie, on chante, on rigole, on est heureux. Tout simplement.

Ultime anecdote : à l’occasion de notre première Java commune, à Mathieu et moi, et pour fêter nos retrouvailles, j’avais décidé de prendre mon réflex. Je me glissais comme à mon habitude au premier rang pour prendre quelques clichés dans la pénombre rougeâtre de la salle. Après 2 morceaux, et alors que je pensais ne pas trop déranger mes voisins, une jeune femme s’adressait à moi avec humeur : « Bon, c’est bon, t’as tes photos, donc tu nous laisses écouter tranquille maintenant ! » . C’est la première fois que j’entendais une réaction aussi vive de la part d’un spectateur vis-à-vis de mon appareil. Mais voilà, un moment passé avec Mathieu est un moment sacré qui ne se gâche sous aucun prétexte…

Le 1er octobre prochain, Mathieu Boogaerts revient avec un nouvel album. Le premier single s’appelle Avant que je m’ennuie. Le Franco Belgo Québéco Malien s’y fout à poile, et nous, on y croise tout ce qui nous avait plu dans ses premiers albums. Une mélodie simple, une basse omni-présente, des paroles alambiquées (et coquines, ce qui ne gâte rien…). Difficile de savoir cependant si l’on aimera ce 6e album studio. Mais il y a de forte chance que l’on prenne encore rendez-vous avec le lutin de Nogent-Sur-Marne, que cela soit à La Java le 3 octobre, au Trianon le 4 décembre, ou partout ailleurs en France entre temps !

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Rendez-vous sur la page facebook de Mathieu pour y suivre son actualité. Et sur scène donc. Surtout même.

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