Entre Björk, Sigur Ros, Múm et Gus Gus, on pensait avoir fait le tour de l’Islande d’un point de vue sonore, et voilà que deux beaux projets se font écho en ayant pris comme toile de fond les paysages calmes et désertiques du petit jardin des dieux nordiques.

Minor Sailor

Avec juste une guitare, un mini-clavier et un jeu de pédales à loops, le duo français Minor Sailor commence à tourner gentiment depuis quelques temps, et il se pourrait bien qu’ils deviennent un jour le vrai talent que l’on pressent. Car il se dégage de leurs titres une beauté que l’on voit rarement, une apesanteur, un univers ouaté ascendance Nick Drake et Idaho pour les dissonances acidulées. Alors on grimpe sans se faire prier sur le petit esquif et on laisse les moussaillons à la manœuvre. Jérémy empile les couches sonores avec les loops et gonfle les voiles (Doctor Said, It Happened That Day, Merry Go Round).

On est alors happé par les diapos des années 70 projetées sur le mur : des paysages de forêts de pins et de bords de mer retrouvés par Maïa et Jérémy dans un grenier familial. Minor Sailor nous invite au voyage en eaux calmes, rythmées par les clapotis des loops doucement chaloupées, l’œil fixé sur un horizon chaleureux. Il faut absolument se jeter sur l’album, enregistré entre l’Islande, la Suède et la France, car il fait partie de ces perles que l’on garde précieusement chez soi, en les faisant découvrir aux plus méritants.

Cheek Mountain Thief

Avec son nom de chef indien, Cheek Mountain Thief a, pour sa part, choisi de s’installer carrément au nord de l’île, dans le village d’Húsavík, face à la montagne Kinnafjoll, ou Cheek Mountain. Une histoire de cœur, évidemment, le bonhomme Mike Lindsay ayant décidé de suivre sa nouvelle muse Harpa dans son Islande natale. Alors bien sûr, un mec tout seul, qui fait habituellement du folk indé, isolé dans sa cabane, au bout du monde, pour écrire des chansons, on pense tout de suite au gars Bon Iver. Mais le Mike Lindsay est un drôle d’animal qui prend l’exact contre-pied du chouchou des hipsters.

Plutôt que de convier ses comparses habituels de Tunng, il s’est acoquiné avec des musiciens islandais pour son nouveau projet. Sa musique irradie, réchauffe les cœurs, convoque groove et humour. Sur scène, Cheek Mountain Thief fait monter la température avec ses chansons heureuses. D’abord un paysage sonore un peu heurté s’installe (Nothing) avant de laisser la place aux mélodies lumineuses (Wake Him, Spirit Fight). Violon et trompette sont de la partie, la basse bien souple donne envie de tortiller du genou, et quelques notes de xylo viennent ponctuer le tout, dans la plus pure tradition des Edward Sharpe ou Badly Drawn Boy.

Lindsay nous gratifie sur Showdown d’un très beau duel avec son batteur, le 3e meilleur de toute l’Islande, et on est presque surpris qu’il ne soit pas le premier, tant son jeu varié s’adapte à toutes les situations, bluette folk (Darkness), fanfare généreuse (Strain) ou chevauchée fantastique (Attack). Sur le rappel, Cheek Mountain Thief, riche d’un seul album pour l’instant, mettra en avant la belle voix de Lara, la violoniste, pour une chanson traditionnelle islandaise, puis viendront There’s A Line, très belle marche harmonique, et Snook Pattern, digne d’un chœur d’opéra. A défaut de les suivre en Islande, on a hâte de voir revenir Lindsay et sa bande avec de nouveaux titres.

Lucky Lindy

Enfin, coincés entre ces deux beaux moments, les Lucky Lindy (surnom de Charles Lindbergh) ont livré un set pas inoubliable. Peu amènes, les Parisiens ont apparemment appris à achever les Telecaster Deluxe à coups de riffs sauvages mais ont un peu oublié les lignes mélodiques. Pour une fois qu’un groupe s’était fendu d’apporter sur scène un thérémine, il était inaudible, noyé par le duel de guitaristes. Dommage.

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Crédit photos : ©2012 Benoît Barnéoud

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