Il y a un passé récent très riche de groupes rock en Belgique : Deus, Ghinzu et bien d’autres… Est-ce que vous vous sentez les héritiers de cette histoire musicale ?

Joannes : Tu veux dire : « Est-ce que l’on s’inscrit dans une certaine tradition de rock belge ?  » . Je me sens assez proche des premières années de Deus, car ils étaient assez novateurs à cette époque, qu’ils possédaient (et possèdent toujours) un violoniste, comme nous, et travaillaient beaucoup sur les percussions. J’aime énormément leurs 3 premiers albums. Ceux plus récents sont… (Sourires gênés) Je n’aime pas trop parler des autres groupes en fait. Disons que, plus généralement, nous n’écoutons pas trop les groupes belges…

Andrew : J’ai pas mal d’amis en Belgique qui me recommandent de voir tel ou tel groupe belge, je vais les voir sur scène et je suis souvent déçu. J’ai l’impression que les Belges sont très compatissants avec leurs groupes, comme s’ils disaient : « Oh, c’est vraiment bien… pour un groupe belge ! Cela ressemble beaucoup à ce super groupe américain… » Je pense que l’on cherche trop à imiter ce qui se fait ailleurs, alors qu’il faudrait plutôt chercher à avoir son propre style.


J : En fait, je trouverais cela cool que l’on nous dise un jour que l’on s’inscrit dans la tradition du rock belge. Mais en même temps, le meilleur compliment que nous ait fait un jour un journaliste belge est que l’on ne « sonnait pas belge » ! Cela dit, il y a quand même quelques très bons groupes en Belgique, comme les Great Mountain Fire par exemple. Leur musique est quelque part entre Vampire Week-End et Phoenix : ils sont vraiment très bons.

J’aimerais maintenant que vous nous parliez de vos paroles. Autant votre musique est enjouée et lumineuse, autant vos textes sont sombres et parfois même déprimants. Est-ce que vous pourriez nous expliquer cette apparente contradiction ?

J : Je crois que c’est important d’avoir un bon équilibre dans un groupe… Et School is Cool fonctionne sur cet équilibre entre lumière et obscurité. Tu sais, j’ai fait des études de philosophie à Anvers, et même si c’était très intéressant, ce ne sont pas exactement les études les plus réjouissantes. Cela t’oblige à réfléchir à des choses très sombres et m’a inspiré un imaginaire parfois très noir. C’est ce qui nourrit habituellement mes paroles. Et je trouve cela intéressant de pouvoir combiner des paroles sombres à une musique rapide et pleine d’énergie, même si parfois cela peut paraître contradictoire. En particulier sur scène d’ailleurs… Mais personne ne s’étonne de voir un groupe comme Arcade Fire se défoncer sur scène, produire une énergie incroyable, et avoir pourtant un univers très obscure. Une fois de plus, je qualifierais plus notre musique de puissante et déterminée, plutôt que de musique gaie ou enjouée…

Et est-ce que cela vous semble important que les personnes qui écoutent School is Cool aient conscience de cela ?

J : Evidemment, je trouverais ça bien que les gens qui nous écoutent partent à la découverte de nos paroles, mais je ne pense pas que cela soit indispensable, en tout cas pas dans un premier temps. Nous avons de très jeunes fans en Belgique, des gamins de 12 ou 13 ans, qui hurlent le refrain d’In Want For Something pendant les concerts : « We go from nothing / Back to nothing / And in want for something / We fear the coffin ». Ce sont des paroles quasiment existentialistes qui parlent de la peur de la mort et de l’absurdité de la vie, et je trouve toujours cela incroyable d’entendre ces jeunes de 12 ans les reprendre en cœur !
En tout cas, il y aura sur la version vinyle de l’album les paroles des chansons, pour ceux qui souhaitent les lire. Mais je crois qu’il ne faut pas non plus leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont réellement…

Ma prochaine question exprime peut-être un point de vue très français, mais je me demandais, étant donné la noirceur relative des textes, si la situation politique en Belgique avait eu une influence quelconque sur l’écriture ?

J : Il y a bien quelques mentions politiques dans les paroles, mais j’essaie de les cacher du mieux que je peux. Il n’y a très peu de groupes qui sont capables de faire passer ouvertement des messages politiques dans leurs chansons, sans que l’intérêt de la musique en souffre. Bien sûr, j’ai des convictions personnelles mais je ne crois pas que la situation belge ait influencée mes textes. Ce qui se passe aujourd’hui en Belgique est selon moi complètement artificielle, créé de toute pièce par les parties d’extrême droite pour gagner des votes. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’y accorder plus d’importance que cela…

Dernière question : vous êtes déjà connus et reconnus en Belgique et aux Pays-Bas. Vous allez maintenant partir à la conquête de la France. Qu’est-ce que cela vous fait de devoir, d’une certaine manière, refaire vos preuves dans un nouveau pays et qu’attendez-vous du public français ?

J : C’est toujours un grand challenge de découvrir un nouveau public. Nous avons une astuce lorsque nous débarquons dans une salle que l’on ne connaît pas : on essaie de faire le moins de vague possible pendant les balances, d’avoir l’air le plus quelconque possible, et ensuite de donner le maximum une fois sur scène pour surprendre les gens ! Plus généralement, j’ai vraiment hâte de voir comment nous allons être accueilli en France : j’aime l’idée de devoir recommencer à zéro dans un nouveau pays.

Et au sujet du public français, ce qui est marrant, c’est la différence qu’il peut y avoir entre les réactions françaises et celles que l’on peut avoir en Belgique ou au Pays-Bas. Les Belges veulent toujours avoir des rappels, encore et encore. Les Hollandais crient toujours pendant les concerts. Soit ils vous adorent et hurlent « We love you ». Soit ils n’aiment pas et crient « Boriiiiiiiing ». En France, c’est différent. Le public est très silencieux pendant les morceaux, l’écoute très intense, et quand une chanson se termine, ils applaudissent tout aussi intensément ! C’est vraiment une particularité française.

Merci beaucoup Joannes, merci Andrew. On retrouvera donc School Is Cool en tournée française en octobre et novembre prochain.

J & A : Merci et à bientôt !

SCHOOL IS COOL – New Kids In Town (session improvisée) (vidéo)

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Les dates de la tournée française :
4 october 2012 Lune Des Pirates Amiens France lien
5 october 2012 Nikasi Café Lyon France lien
3 november 2012 VIP St-Nazaire France lien
10 november 2012 Festival Zeclectiques Chemillé France lien
14 november 2012 Le Moulin Marseille France lien
15 november 2012 Le Rockstore Montpellier France lien
17 november 2012 Paradis Artificiels Bordeaux France lien
22 november 2012 Nouveau Casino Paris France lien
23 november 2012 Laiterie Club Strasbourg France lien

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Le site de School Is Cool : www.schooliscool.be

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