Pour l’ouverture du LadyFest 2012, l’occasion est belle de voir deux personnalités féminines aussi radicalement différentes et aussi fortes chacune dans leur style. Fiodor Dream Dog et Sharon Van Etten. L’une est une étoile montante dans le rock franglais, l’autre une valeur sûre du folk, le tout forme une soirée riche en émotions.

Fiodor Dream Dog

A commencer par Fiodor Dream Dog, qui envoie sans crier gare une volée de bois vert venue tout droit des premiers moments de la new wave. Quand Tatiana Mladenovitch et sa bande montent sur scène, c’est pour vous prendre aux tripes et ne pas vous lâcher avant la fin. Retrouvant l’urgence des années 1979-1981 (Wicked Delight, Love In A Robotic Way), la batteuse qui s’était fait repérer aux côtés de Bertrand Belin ou Emily Loizeau inonde la salle de sa fraîcheur et de son audace.

Dans sa musique, Tatiana ne s’embarrasse pas de fioritures superflues, elle va à l’os, se servant de l’énergie primale que lui inspire la jungle urbaine. Basse galopante, guitare dissonante, le breuvage peut sembler amer, mais les choristes ont la main sur la mélodie et l’envoient très haut. Bien plus qu’une nouvelle Catherine Ringer, Fiodor Dream Dog puise à la source des tout premiers albums des Cure (Sorry For The Lashes) ou U2 (20 Push Ups For Mr. B), rien de moins. Avec JP Nataf pour ange gardien, Fiodor Dream Dog devrait devenir une nouvelle grande de la scène française.

Site : www.fiodordreamdog.com

Sharon Van Etten

Forcément, le passage de Sharon Van Etten était encore plus attendu après cette décharge d’énergie. Musclant ses chansons après son travail avec Aaron Dessner sur son dernier album, Tramp, la nouvelle voix du folk féminin allait transcender la foule acquise à sa cause. Las, si le public plébiscite les albums superbement arrangés de l’Américaine, le passage sur scène est plus délicat. Et la première partie du set en fut la preuve, Sharon Van Etten livrant une poignée de titres par trop classiques dans leur approche et pour tout dire un peu mollassons, malgré des musiciens exemplaires. Si sa voix sublime toujours ses mélodies, on ne sent pas l’intensité monter, juste une sorte de facilité dans les interprétations (All I Can, Leonard, Warsaw).

Le déclic viendra de sa toute nouvelle chanson, Sold, livrée en avant-première au public du Café de la Danse. Voilà la Sharon qu’on aime, poignante dans sa mise à nu, étirant ses accords pour en faire la longue balade mélancolique pressentie. D’un coup, le concert prendra une autre ampleur, à l’image de cette version énergique de Serpents et surtout la magnifique I’m Wrong avec sa montée progressive en puissance et sa décharge sonique qui mettra tout le monde d’accord sur le talent de la chanteuse de Brooklyn. En rappel, souriante et heureuse d’avoir passé le cap, Sharon reviendra pour un Love More apaisé avec ses belles harmonies vocales. Achevant ainsi son 3e passage de l’année à Paris, Sharon Van Etten confirme son statut de chouchoute des Français.

Site : sharonvanetten.com

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Crédit photos : ©2012 Rory O’Connor
 

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