Comment faire la fine bouche devant une soirée spéciale songwriters au Point Ephémère, surtout quand notre petit chouchou Paul Thomas Saunders est en tête d’affiche ? Venu à Paris l’année dernière à la même époque pour présenter son deuxième EP Descartes Highlands, il avait scotché le public du Café de la Danse par ses chansons empreintes d’une grande douceur et sa voix incroyablement habitée. Il se murmure qu’un album est en préparation, l’occasion était alors toute trouvée de faire un petit bilan un an après son premier passage.

Nick Mulvey

Pour ouvrir le bal et réchauffer les cœurs transis de froid, Nick Mulvey réveille tout en douceur avec ses titres acoustiques aux sonorités bigarrées – un peu pop, un peu folk, un peu caribéen, bref un peu une sorte de nouveau Jack Johnson venu de la perfide Albion. Mais avec la main droite galopeuse et quelques touches mélancoliques de José González.

Sur The Trellis ou April, sa voix se livre presque à nu sans suivre de mélodie particulière, et sert finalement plus d’accompagnement à son jeu de fingerpicking particulièrement remarquable. On ne peut qu’être hypnotisé par cette main, comme si elle avait quinze doigts. Mais on est également frappé chez Nick Mulvey par cet esprit less is more : seul en scène, il parvient à faire tranquillement voyager les esprits vers des contrées désertiques et apaisantes. Les notes tombent en douces cascades (Venus, Fever To The Form) et on comprend alors que le stakhanoviste des premières parties de la saison 2012-2013 ait déjà conquis les publics de Gotye, Lianne La Havas ou Rodrigo y Gabriela. On espère que de nouveaux titres vont pouvoir confirmer cette impression et l’amener à dépasser ses influences.

Site  : www.nickmulvey.com

Paul Thomas Saunders

Avec sa bouille de jeune Brian Wilson, les chemisettes à rayures en moins, Paul Thomas Saunders sévit dans un tout autre registre, plus beau encore. Sur son EP Lilac And Wisteria, une délicatesse rare faisait espérer de belles choses sur ce tout jeune songwriter venu de Leeds. A l’écoute de Good Times Rags And Requiems ou Appointment in Samarra, on sent ressurgir indiciblement des souvenirs d’émois adolescents depuis longtemps oubliés. Descartes Highlands enfonçait le clou, ajoutant quelques grammes de légèreté et de petites lueurs d’espoir. Et comment ne pas éprouver de la sympathie pour quelqu’un capable de donner à ses chansons des titres comme Let The Carousel Display You & I ou A Lunar Veteran’s Guide To Re-entry.

En formation restreinte avec sa claviériste Kate, Paul Thomas Saunders continue de creuser son sillon à la force de sa voix douce, et attaque d’entrée avec Untitled. Viennent ensuite ses morceaux de bravoure Good Time Rags and Requiems, Under The Atacama Stars et The Trail Remains Unseen avec ses chœurs éthérés à faire pleurer les grès. Puis Paulo gratifiera l’assistance de deux nouveaux titres, Good Women et un inédit composé sur la route de la tournée. Ajoutant en toute simplicité des arrangements minimalistes aux claviers et aux chœurs, Joanna et Paul feront de Starless State Of The Moonless Barrow et de ses sonorités légèrement japonisantes un sommet de quiétude aux éclats mordorés.

Appointment in Samarra et The Demons Between Us viendront conclure un set qui a confirmé tout le bien que l’on pensait du jeune Saunders. Sans rythmique ni guitare électrique, il livre des titres d’une rare beauté, comme des couchers de soleil printaniers. Il va falloir s’armer d’une patience d’airain avant le premier LP, mais le jeu en vaudra sûrement la chandelle. Et l’on n’a plus qu’un souhait : que Paul Thomas Saunders nous emmène encore loin dans ses mélodies que l’on veillera comme de petits trésors.

Site : paulthomassaunders.com

——

Crédit photos : ©2013 Julien Duclos

Tags :

VOS COMMENTAIRES
JADE
LE 18/04/2013 À 13H55

Merci beaucoup pour ce tres bel article! J’ai eu la chance d’assister au concert et je m’en remets tout juste.
En revanche, sa clavieriste s’appelle Kate Matthews 🙂