Kishi l’enchanteur

Assister, le 6 mai dernier, au premier concert parisien en solo de Kishi Bashi fut un privilège. Devant moins d’une centaine de personnes, qui, cependant, ne s’étaient pas déplacées par hasard, cet artiste aux multiples projets a dispensé un show enchanteur et empli d’une douceur rare cette salle parisienne pourtant réputée pour son acoustique brute de décoffrage.

La première partie à peine terminée, Kaöru Ishibashi installe lui-même son matériel. Un violon, deux micros, un sampleur et des pédales d’effets : point besoin d’en rajouter pour constituer l’orchestre personnel de ce musiciens hors pair qui jongle d’un instrument à l’autre avec une souplesse et une dextérité impressionnante. A l’instar de ses prédécesseurs, les hommes-orchestres justement, Kishi Bashi semble à mi-chemin entre le saltimbanque et le magicien.

Sans se faire attendre ni prier, il commence le show quelques minutes après, arborant une timidité palpable qui, malgré tout l’enthousiasme dont il est porteur, ne le quittera pas. Ce mélange d’énergie débordante et de retenue, d’excitation et de douceur sera d’ailleurs caractéristique de toute sa prestation et reflète à la fois l’énorme maitrise technique dont il fait preuve et la créativité échevelée qui l’habite.

Tout comme 151a, son premier album sorti le même jour dans les bacs des disquaires français, Kishi Bashi entame le show avec Intro / Pathos, Pathos. Des nappes de violons très douces emplissent alors la salle, soulignées par des faisceaux de lumière d’un vert puissant. L’intro terminée, les premières nappes samplées, Kishi Bashi ajoute quelques mesures de human beat box qu’il fera tourner en boucle et sur lesquelles il ajoutera un chant pur et clair. Au fil du concert, sa voix apparaîtra d’ailleurs de plus en plus technique, s’acoquinant de temps en temps avec des harmonies japonisantes (sur Wonder Woman Wonder Me, 4e morceau du concert par exemple) ou arabisantes (sur Atticus in the desert, 8e morceau du concert par exemple) selon les cas.

La musique de Kishi Bashi n’a pas peur des mélanges en effet, pouvant enchaîner ou même mêler des sonorités folk, slaves, asiatiques, classiques ou pop, le tout s’avère d’un psychédélisme expérimental toujours très entrainant. La plupart du temps délirant, Kishi Bashi sait aussi se faire particulièrement touchant. Ce fut le cas sur l’un des morceaux phares de l’album et l’un des plus beaux moments de la soirée: I am the Antichrist to You. Morceau pour ceux qui s’aiment annonce-t-il tout en détachant son nœud papillon et dont à l’écoute vous avait déjà présenté la vidéo, un stop-motion onirique réalisé par l’artiste lui-même, dans un précédent billet.

Le public, constitué des amateurs de la première heure, semble conquis et tous répondent présent quand il demande de l’accompagnement par des claquements de doigts ou des battements de main. Même sur Philophize in it, Chemicalize with it! un morceau absent de l’album, l’alchimie opère de suite. Kishi Bashi, malgré sa réserve, a su instaurer une atmosphère intimiste s’essayant à quelques mots en français ou invitant à prolonger la soirée en partageant des bières dans le bar d’en face. Ses remerciements sont chaleureux et sincères.

Bright Whites rendu célèbre par Microsoft sera l’avant-dernier morceau du concert. S’il pouvait difficilement l’éviter, il est évident que ce n’est pas pour cet unique morceau que le public était venu l’applaudir. Fuyant la facilité, Kishi Bashi n’est pas l’artiste d’un tube. Pour preuve, il en sert une version déjantée et expérimentale, insistant sur le human beat box, y ajoutant des breaks déconcertants et l’achevant par des rythmes électro quasi technoïdes. N’ayant hélas qu’un album a son actif, la soirée s’achève trop tôt, par une reprise magistrale de A Sunday Smile de Beirut comme le lui a suggéré l’audience et en premier lieu BeB !

Playlist :
Intro / Pathos Pathos
It All Began With a Burst
Evalyn, Summer Has Arrived
Wonder Woman, Wonder Me
Chester’s Burst Over the Hamptons
I Am The Antichrist to You
Philophize in it, Chemicalize with it !
Atticus, In The Desert
Bright Whites

A Sunday Smile cover de Beirut







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Texte : Diotime
Crédit photos : ©2013 Benoît Barnéoud

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