Woman in black

Chicalyoth, Kill for Total Peace et bien sûr, l’artiste californienne Chelsea Wolfe en tête d’affiche, la soirée qui s’est déroulée le 7 mai au Point Éphémère ne ressemblait guère à celle qu’à l’habitude de fréquenter à l’écoute. Dress code « all in black », sans être vraiment métal, l’ambiance se situait clairement du côté obscur de la force. Cependant, si cela avait été nécessaire, la présence du photographe Robert Gil aurait rassuré les boulimiques de concert que nous sommes : le Point F était bien, ce soir, « the place to be ».

Chicaloyoth ouvre le bal sans réussir à faire tourner les têtes. Certes, il est toujours impressionnant de voir une brindille guitare électrique à la main mais depuis PJ Harvey, il en faut heureusement plus pour faire une rock star. L’excuse de la jeunesse est probable.

Kill for Total Peace poursuit l’aventure dans un style post-punk mélangeant sonorités rocks et nappes synthétiques. Dans la pénombre, un clavier et un chanteur se détachent. Jolies carrures, voix suaves et rauques, le cheveu en bataille à la Jim Morrison… la description s’arrêtera là. Ce n’est pas parce que l’on s’y est légèrement ennuyé sur la fin qu’il faut en imposer une chronique midinette. Le son de ces parisiens était d’ailleurs tout à fait correct et souvent intéressant même s’il trainait un peu en longueur. Le public, indéniablement attentif, était loin d’être démonstratif.

L’arrivée de Chelsea Wolfe, toujours aussi belle et mystérieuse, vêtue d’une longue robe et maquillée de noir, réussi enfin à susciter une émotion palpable. Elle est accompagnée de Ben Chisholm au synthé, musicien avec qui elle collabore et coproduit ses albums depuis ses débuts, et de la violoniste Andrea Calderon. Le concert se divisera en deux parties : l’une acoustique et composée, à une exception près, de son dernier album Unknown Rooms : a collection of acoustic songs sorti en 2012 chez Sargent House, l’autre électrique, reprenant les morceaux du précédent album Apokalypsis sorti lui en 2011 chez Pendu Sound.

Chelsea entame le show avec Halfsleeper, superbe morceau issu de son premier album The Grime ans the glow et dont les sonorités acoustiques étaient déjà annonciatrices de son dernier album. C’est par celui-ci qu’elle poursuit le concert avec application. À plusieurs reprises, Ben Chisholm demandera à ce que le volume soit augmenté, ce qui fut fait progressivement. C’est d’ailleurs lui qui prendra seul la parole pendant cette première partie du show. Chelsea, plus timide malgré sa longue habitude de la scène, préfère tourner le dos au public avec pudeur.

Les morceaux de ce premier set, balades folk et mélancoliques pour la plupart à la production toujours très léchées, s’enchaînent relativement rapidement. Flatlands, cinquième morceau du concert et l’un des singles du dernier album, fut particulièrement apprécié et même salué de quelques cris enthousiastes : le public se lâche. Le dernier morceau acoustique Boyfriend, résonne alors avant que Chelsea et Ben ne quittent la scène. Seule en piste, Andrea Calderon se charge de la transition par un interlude au violon sombre et planant.

La lumière, peu présente depuis le début du concert, s’intensifie et baigne la salle de rouge. Chelsea revient ainsi que Ben Chilsom, un autre guitariste et un batteur pour le deuxième set. Les nappes de guitares sont fortes et saturées et le son de nouveau augmenté. Malgré une première partie impeccable, le groupe semble désormais dans son élément. Manifestement, le public présent connaît bien son précédent album tant les morceaux sont accueillis avec ferveur. Deux bougies sont allumées à côté du clavier renforçant l’atmosphère mystique du show. Point de grand messe à la Marylin Manson ni trop d’artifice cependant mais une scénographie et une lumière de plus en plus travaillée et un son de plus en plus lourd. La chaleur torride qui règne au Point Éphémère ce soir donne l’occasion à Chelsea Wolfe d’entamer un premier dialogue avec le public et de témoigner d’une présence de plus en plus complice. Le chant se mêle de cris envoûtants qui donnent au show des effets hypnotiques.

Après 14 morceaux, Chelsea quitte la scène avant ses musiciens. Les rappels se font insistant mais hélas la direction de la salle ayant prévu un dj set pour la suite de la soirée, elle ne laissera pas une minute de plus au groupe pour gratifier le public des deux derniers morceaux qui avaient été prévus : Echo, une reprise de Rudimentary Peni et The way we used to. Beau joueur, le groupe n’incriminera pas la salle mais donnera simplement cette explication « shit happens ». Espérons que pour le prochain album de Chelsea Wolfe qui sortira dans les prochains mois, le temps lui sera moins compté.

Setlist :
Halfsleeper
Appalachia
I died with you
Ou Work Was Good
Flatlands
Boyfriends

Violon interlude

Demons
Mer
Tracks
Moses
Movie Screen
Feral Love
Pale On Pale

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Texte : Diotime
Crédit photos : ©2013 Benoît Barnéoud

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