Back to the future

A une époque pas si lointaine, les amateurs de gros rock s’entretuaient presque pour avoir le droit de voir les Smashing Pumpkins en concert. Bon, d’accord, on exagère un tantinet, mais Billy Corgan et sa bande ont connu une véritable heure de gloire entre 1993 et 1999, avec disques de platine et tournées sold-out à la clé, et rares sont ceux qui peuvent prétendre avoir eu autant de succès. Vous en connaissez beaucoup, des artistes qui se paient le luxe d’enregistrer en guise de troisième album un double-LP concept, serti d’hymnes rock, et qui s’est écoulé à des millions d’exemplaires ? Les Smashing Pumpkins étaient le véritable chaînon manquant entre la scène grunge et le retour en force du métal. Un groupe capable de mêler hard, glam et un peu de psyché mais sans les coupes mulet ni des soli de guitare chiants à mourir. Non, les Citrouilles donnaient plutôt dans des titres acérés et tranchants comme des katanas.

Et puis avec la fin du contrat chez Virgin vint la séparation en 2000, inévitable tant Corgan s’était donné de l’importance en devenant le maître à bord redouté et détesté. La reformation en 2006 se passa sans les pièces maîtresses James Iha et Melissa Auf Der Maur, pourtant guitariste et bassiste de super luxe. Cependant la donne avait changé depuis leur départ. Personne n’attendait vraiment leur résurrection, et les fans avaient compensé en se tournant soit vers le duo le plus cool du rock qui décape, Dave Grohl et Josh Homme, soit vers les champions du rock balourd et pompeux, Muse.

Aujourd’hui, que peut-on attendre des Smashing Pumpkins alors que leur métronome historique Jimmy Chamberlin est également parti ? La réponse n’était pas évidente dans un Zénith fort de 4000 personnes, mais après un album séduisant – Oceania, sorti à l’automne dernier – le groupe a laissé parler son sang neuf et livré son meilleur set depuis leur grande époque. Corgan et sa nouvelle bande ont entamé les débats sans tarder avec Quasar, ouverture explosive du dernier album renouant avec leurs influences Black Sabbath-iennes. Corgan n’a rien perdu de sa voix reconnaissable entre toutes et ses nouveaux camarades de jeu ont pris naturellement leur place. Mike Byrne, le nouveau batteur, s’enflamme sur Panopticon, avant que Starz ne donne à écouter la basse lourde de la belle Nicole Fiorentino. Alors Jeff Schroeder et Corgan sur sa vieille Fender défoncée font résonner les premières notes de Rocket et c’est toute la salle qui n’attendait que cet instant pour décoller. L’atterrissage n’interviendra que près de deux heures plus tard.

Petit répit avec un Space Oddity où la voix de Corgan s’adapte merveilleusement à la partition de Bowie, et la cavalcade reprend de plus belle pour trois des chansons les plus emblématiques du groupe : X.Y.U, le glas de Disarm et la furie de Tonight, Tonight avec ses légendaires envolées de cordes. Franchement on aurait pu s’arrêter là, tellement la première heure avait réconcilié le groupe avec le public parisien. Mais c’était sans compter sur les surprises à venir, quelques titres de haute tenue extraits d’Oceania (Pinwheels, Pale Horse, One Diamond One Heart et la chanson-titre), et bien entendu les pépites qui ont fait la renommée des Pumpkins : Ava Adore et sa montée d’adrénaline aux guitares, Stand Inside Your Love, Blank Page et leur incommensurable hit Bullet With Butterfly Wings.

On pensait que rien n’aurait pu égaler la première mouture des Pumpkins, mais les trois nouveaux venus ont prouvé par leur talent que désormais l’histoire du groupe s’écrivait avec eux. Nicole Fiorentino tire de sa basse les mélodies qui portent la voix de Corgan, Jeff Schroeder n’a aucune peur de faire claquer une Gibson Flying-V toute pimpante pour soutenir le rythme infernal de Zero, tandis que Mike Byrne redonne à la batterie du groupe son esprit d’électron libre. Enfin, souriant et détendu – ce qui est… comment dire ?… supercalifragilistiquement exceptionnel – Billy Corgan avait l’air de savourer ce moment avec un public heureux et rassuré. En guise de rappel, le groupe lance le Immigrant Song des Led Zep qui convient parfaitement à la voix élastique de Corgan, et conclura sur un Today des grands jours.

Tags :

VOS COMMENTAIRES
Les commentaires sont fermés pour ce billet