American History Mix

Pour le premier soir de sa nouvelle édition, le festival Days Off conviait rien moins qu’à une redécouverte du rock contemporain américain. Le tout dans le cadre plutôt séduisant de la Cité de la Musique, toute parée de bois blond.

Days Off a cette bonne idée de laisser à des grandes figures actuelles du rock, de la soul et de la pop les clés des salles de Paris habituellement dévolues au classique et au jazz : la Cité, donc, et Pleyel. Et la perspective de voir Lambchop et Band Of Horses dans ces conditions était particulièrement réjouissante.

Garciaphone

Une fois n’est pas coutume, les festivités ont commencé avec la cerise sur le gâteau. Tout simplement parce que ce n’est pas tous les jours que l’on voit en accès libre les groupes les plus enthousiasmants de la scène française avec devant eux une heure pour s’exprimer. Garciaphone, le nouveau bijou de Clermont, présentait ainsi pour ce soir son premier album Constancia paru il y a deux mois. Et il est bien question ici de racines américaines, car on ne peut que penser à l’héritage d’Elliott Smith en écoutant Two Wounded Hearts ou Forgetter, où la voix douce et éraillée d’Olivier Perez fait des merveilles sur une partie de guitare alternant fingerpicking délicat et distorsions lo-fi.

Cependant sur scène, l’impression est toute autre et le trio ne tarde pas à mettre l’accélérateur pour donner aux chansons de l’album un tout nouvel aspect, âpre et incandescent. Ici, c’est le sentiment d’urgence qui domine (Tourism, Thou Shall Not Talk Shit), comme si Olivier Perez, Matthieu Lopez (basse) et Raphaël Brou (batterie) étaient en roue libre sur une route au bord du précipice du Puy-de-Dôme. Le trio balance une volée de bois bien vert (Constancia, Play Messiah, Pt. Cabrillo) pour mieux faire ressortir la voix d’Olivier qui ajoute encore un peu d’amertume sur les distorsions des cordes. Ainsi, l’arbre généalogique des Clermontois s’éclaircit pour faire surgir comme une évidence le rock en acier trempé de Grandaddy (Bad Sheperd). Loin de verser dans les bluettes pop estampillées 80’s qui fleurissent un peu trop actuellement dans l’Hexagone, Garciaphone porte la promesse tant attendue d’un rock made in France qui ne se laissera pas marcher sur les pieds et vise les sommets.

Lambchop

Le cas de Lambchop est simple : tout ce que Kurt Wagner et sa bande touchent relève du génie pur et simple. Chez les sudistes, on ne fait pas dans la surenchère sonore, plutôt dans le less is more. Et pour cause : l’americana mâtinée de blues et de soul qu’ils pratiquent, légère comme une plume, ne souffrirait d’aucune surcharge. À peine le groupe entré sur scène pour lancer les premiers titres extraits de Mr. M, l’album hommage au regretté Vic Chesnutt (If Not I’ll Just Die, Gone Tomorrow), on s’abandonne totalement et on se laisse porter par ces courants ascendants (2B2 et les merveilles de Matt Swanson sur une partie de basse apaisée, Mr. Met où les balais d’Alex McManus à la batterie et le doigté de Tony Crow au piano font des miracles de légèreté).

Parlant volontairement peu (« On va laisser la musique s’exprimer pour nous »), l’ami Kurt laisse volontiers Crow lancer ses blagounettes égrillardes (« Paris, ville romantique, de l’amour, du sexe, qui convient parfaitement à nos chansons comme vous avez pu l’entendre ») pour contrebalancer l’atmosphère un peu trop solennelle par moments. Mais on ne peut que rire de bon cœur et se laisser définitivement happer par un Grumpus magistral où les mélodies sont tissées par les saxos de Ryan Norris pour servir d’écrin à la voix douce de Kurt Wagner. Une fois encore, Lambchop a prouvé à quel point cette musique parlait à l’âme comme peu de groupes savent le faire.

Band Of Horses

Enfin ce sera au tour des Band Of Horses de monter, dans une configuration unplugged plutôt inhabituelle chez ces amateurs de country bon enfant. Ben Bridwell, Ryan Monroe et Tyler Ramsey, les trois chanteurs, entament directement Bartles and James en polyphonie, s’accompagnant juste au piano, avant d’être rejoints par Creighton Barrett (batterie) et Bill Reynolds (contrebasse) pour lancer Factory, probablement l’un de leurs plus beaux titres. Chez eux, la scène est une fête, et leurs titres sont parfaitement calibrés pour être joués devant des foules enthousiastes. Et c’est bien eux que le public de ce soir est venu voir, se réveillant d’un coup et lançant de grandes clameurs pour célébrer ses héros.

Tout sourire, le groupe déroule ses mélodies à l’efficacité redoutable : Marry Song, Wicked Gil, Everything’s Gonna Be Undone… Variant la géométrie au gré des chansons, Bridwell sera même seul en scène pour les titres No One’s Gonna Love You et Saint Augustine. Le reste du set se déroulera aussi tranquillement qu’une large avenue parisienne pendant l’exode des vacances, révélant tout de même au passage que le groupe s’acquitte de très belles mélodies, faisant ainsi figure de sérieux concurrents pour ravir le titre de meilleurs mélodistes aux éternels Wilco (Weed Party, Older, Detlef Schrempf). Le célébrissime The Funeral viendra justement appuyer cette sensation, car malgré l’impression d’avoir déjà entendu ces notes des centaines de fois, Bridwell et sa bande le font avec juste ce qu’il faut de sympathie et de conviction pour qu’on se laisse gagner par leur bonheur. Le groupe conclura en rappel sur un autre de ses morceaux de bravoure, Is There A Ghost, et l’on ne peut s’empêcher d’avoir envie de réécouter leurs albums pour enfin mieux les connaître.

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Crédit photo : ©2013 Sébastien Camboulive
 
 

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