Local Natives - Hummingbird

Il y a trois ans, un album faisait l’unanimité par l’énergie incroyable qu’il dégageait, ses mélodies taillées à l’aune d’harmonies vocales célestes et les promesses de soleil radieux qu’il portait en lui. En une poignée de titres, les minots de Local Natives mettaient la planète à genoux. D’un coup les Californiens sont devenus les nouveaux hérauts d’un rock limpide, coloré et rafraîchissant. Alors après un Gorilla Manor encensé, on s’attendait à ce que Hummingbird soit la consécration des nouveaux Arcade Fire. Mais sitôt sorti, sitôt disparu ou presque. Alors c’est fini, la folie « Autochtones » ?

Dès les premières notes, la voix de Taylor Rice s’envole, Matt Frazier fait claquer une batterie martiale, les accords de guitare sont lancinants comme un soleil de midi se reflétant sur l’océan – pas de doute, on est bien chez les Local Natives. You & I est une véritable supplique amoureuse comme on en entend peu aujourd’hui.

Pourtant, avec ce premier titre, quelque chose ne sonne pas comme dans Gorilla Manor et ses hymnes vitaminés Wide Eyes, Airplanes ou World News.Un petit truc imperceptible qui fait que – contrairement à la plupart de leurs semblables – les Local Natives ne resservent pas du réchauffé. Heavy Feet, avec sa batterie épileptique et ses handclaps sur le refrain choral, ne fait que confirmer  cette impression de changement de direction.

On sent une teinte différente, un peu d’amertume et de mélancolie. Il y a bien quelque chose de nouveau chez les Local Natives, c’est l’esprit The National importé par Aaron Dessner qui produit l’album. Une humeur moins explosive, plus rêveuse, à la façon de Ceilings avec sa douce mélopée déroulée à la guitare. Et dans le même temps, l’équipe ne s’interdit aucunement les morceaux de bravoure comme Breakers, incroyable hymne pop avec ses glissades à la guitare, sa batterie en feu d’artifice et son refrain façon sirène des pompiers.

Si la plupart des titres sont écrits par les Californiens, on sent que l’influence de Dessner est bien là. L’ambiance énergisante de Gorilla Manor est encore présente, comme sur Black Balloons et sa mélodie bien dégagée derrière les oreilles ou Wooly Mammoth avec sa batterie tentaculaire. Mais désormais le ciel uniformément bleu des Local Natives s’est doté de quelques nuages pour mieux apprécier sa quiétude. Sur Mt Washington, la guitare fantomatique évoque les villes désertes des westerns de Sergio Leone. Black Spot se dote d’une tension maintenue jusqu’à la toute dernière note qui sonne comme une libération. Enfin comment résister à Bowery et sa douceur digne d’un soleil couchant sur la plage ?

Avec ce Hummingbird, les Local Natives entrent de plain-pied dans une nouvelle dimension que certains paieraient cher pour apercevoir : le deuxième album mature. Attendus au tournant, les Local Natives n’ont pas choisi la voie des hits faciles, mais ont préféré prendre un peu de hauteur. Nul doute que Hummingbird fera partie de ces albums qu’il faut savoir prendre le temps d’apprivoiser, et ce n’est pas plus mal.

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Un titre : You & I
Le site officiel : thelocalnatives.com
Pour écouter l’album : rendez-vous sur deezer par exemple.

Bonus

Retrouvez 30 minutes de musique live enregistrée dans les studios de la radio KEXP en avril dernier.

 

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VOS COMMENTAIRES
FLO
LE 28/08/2013 À 15H05

Particulièrement bien ce dernier titre Columbia.