La Route du Rock, Collection Été #23 – Jour 1 – 15/08/13

Il est rare qu’à l’écoute manque le festival malouin. BeB et Magic ayant eu d’autres obligations cette année, c’est une petite partie du blog qui se fait l’écho de cette Collection été 2013: Emilie, JuD, Capucine, Diotime, Rory à la photo.

De l’avis général, cette édition était particulièrement réussie. Sans reprendre pour la énième fois la conférence de presse finale, le pari de la Route du Rock a été relevé puisque plus de 20 000 spectateurs se sont rendus au Fort, ce qui permet au festival de se redresser et d’assurer son édition 2014.

Plusieurs facteurs se sont en effet combinés : le choix des têtes d’affiche, pointu mais varié, la programmation travaillée et équilibrée de sorte que les enchainements soient toujours cohérents, menant crescendo du rock vers des rythmes plus répétitifs, et une météo favorable.

La Route du Rock a donc réussi à fédérer d’avantage, à s’ouvrir à un public plus large sans abaisser son niveau d’exigence ou partir dans des domaines éloignés de ses racines. Les artistes les plus électro, programmés en fin de soirée sont pour beaucoup signés chez des labels comme Warp, connus pour leurs productions radicales et expérimentales.

L’organisation a suivie. Par beau temps, La Route du Rock est un des festivals les plus confortables : pas de dilemmes entre les différents concerts programmés, des scènes à taille humaine et un service de navette efficace. Seul bémol, la scène des Remparts, beaucoup trop vite submergée. Il y sera remédié l’année prochaine.

Au final donc, l’envie d’y retourner en 2014 et, en attendant, d’ouvrir l’album des vacances, de s’y replonger et de retourner manger des crêpes avec Nick Cave, Hot Chip, Godspeed You ! Black Emperor, ou pourquoi pas avec Jackson Scott ou Tresors.

Orval Carlos Sibelius (La Plage) par JuD

Un soleil radieux illumine Saint-Malo. Un moment idyllique pour le premier bain de mer avant de démarrer cette nouvelle édition de la Route du Rock. Idéal aussi pour les heureux baigneurs chanceux de pouvoir suivre Carlos Orval Sibelius en train de faire la balance. Après un plongeon dans la piscine de mer, quelle joie de remonter à la surface et d’être instantanément bercé par “Daddy wants a new gun…”, les paroles de Good Remake qui s’envolent de la Plage de Bon Secours. Un bel avant-goût du concert à venir.

C’est juste après être sortis de l’eau que nous parviennent les premières notes de Sonho, l’instrumental qui ouvre le dernier album Super Forma. Elles viennent résonner, attirant les festivaliers impatients et les badauds plutôt surpris. Les musiciens sur scène parviennent à mêler harmonieusement nappes de synthés, trombone, basse, guitare et batterie ; tout en mélangeant rythmes lancinants et effrénés. Alternant les morceaux de Super Forma (Good Remake, Asteroids, Bells, Huong), des Recovery Tapes (I Don’t Want, Dead Slug) et du premier disque éponyme (Albert’s Suspended Lake), Orval Carlos Sibelius délivrera un set impeccable.

Chacun y trouvera évidemment ses références, pour ma part je ne peux m’empêcher de penser à Robert Wyatt et parfois Miles Davis période in A Silent Way (sic !). Le dilemme habituel de la fin du concert : rester jusqu’au bout et risquer de manquer le début de Jacco Gardner ou partir discrètement pour s’assurer d’une place dans la prochaine navette en direction du Fort de Saint-Père. Notre prise de risque sera largement récompensée. Alors que s’achèvent les dernières notes d’un Desintegraçào tant attendu, les dernières mesures se désintègrent progressivement dans l’air marin. À l’image des gouttes d’eau de mer qui s’évaporent, nous laissant un goût agréable de sable chaud et de sel sur la peau.

Moon Duo (Scène des Remparts) par JuD

Moon Duo @ La Route du Rock #23

Moon Duo est, comme son nom l’indique, le duo lunaire composé d’Eric « Ripley » Johnson et de Sanae Yamada. Issu du groupe Wooden Shijps, il en reprend le moule psychédélique. Le démarrage sur Sleepwalker, premier single issu du deuxième album Circle (sorti à l’automne dernier) annonce la couleur. Récemment, ils décrivaient leur travail ainsi : “The eye is the first circle; the horizon which it forms is the second; and throughout nature this primary figure is repeated without end.” Et tout se répète ainsi de suite… Beaucoup auront trouvé ce son monolithique aux motifs justement répétitifs comme les teintes du granit malouin. Pour nous, une fois absorbés par cette spirale jubilatoire, impossible de nous défaire de cet envoûtement créé par les boucles alternativement en phase puis déphasées de guitare et de synthés.

> Voir l’intégralité des photos du concert de Moon Duo par Rory.

 

Iceage (Scène du Fort) par JuD et Diotime

JuD : Pour remplacer DIIV, sur les rotules, qui annule l’ensemble de sa tournée, on testera le son danois de Iceage aux tendances post-punk et ultra noisy. Ici, s’applique la loi du tout ou rien : on aime ou on déteste. Ce sera pour nous l’occasion de vérifier si les galettes – saucisses sont aussi bonnes que l’année dernière.

Diotime : Iceage était en effet l’un des noms les moins consensuels de cette programmation. Histoire d’en rajouter, le groupe prend le parti pris radical de ne jouer quasiment que son dernier album, passé à la moulinette hardcore de ses derniers morceaux. Le ton est d’ailleurs donné dès le départ avec Awake et Everything Drifts par lesquels le groupe entame le concert. Ainsi, jusqu’à la fin, dans un style brouillon et dépressif, Elias Bender Rønnenfel hurle sa rage avec force, et ne quitte sa voix d’outre-cave que pour saluer le public. Ceux qui avaient envie de s’énerver un peu ont pu apprécier mais ceux qui auraient pu être séduits par les différents aspects plus expérimentaux et mélodiques de leurs albums sont forcément passés à côté. Qu’ils grandissent certes, mais qu’ils ne cessent pas encore de se chercher.

> Revoir le concert via Arte Live Web.

 

Local Natives (Scène du Fort) par Diotime

Local Natives @ La Route du Rock #23

Très attendus, d’autant plus après le passage d’Iceage, par les festivaliers au cœur indé, l’arrivée des Local Natives à 21h15 marque un tournant dans cette première journée.

La nuit commence à tomber et l’on peut enfin profiter des jeux de lumières. La scène se pare en effet d’un bleu nuit très doux pour accueillir le groupe qui remercie d’entrée de jeu le public en français par un « Bonsoir, nous sommes contents d’être ici. » Leur premier album, Gorilla Manor, sorti il y a quatre ans, les a propulsés vers les sommets. Top album de BeB en 2009, belle chronique de PO sur Hummingbird sorti cette année : à l’écoute aime Local Natives. Reste à savoir ce que donneront en public, les nouvelles mélodies plus douces et intimistes.

Le groupe, comme tous ceux qui sortent leur deuxième album, sait qu’il sera attendu au tournant. La setlist compose alors un équilibre parfait entre le passé et le présent. Si leur arrivée se fait donc en douceur, les premières notes de World News rassurent immédiatement les fans. Le groupe enchaîne ensuite les morceaux des deux albums en alternance avec une régularité quasi mathématique. Les mêmes clameurs du public se faisant entendre dès qu’un titre de Gorilla Manor est entamé. Ainsi, Wide Eyes est acclamée tandis que le calme de l’auditoire permet d’apprécier le très beau début de Bowery et convient finalement parfaitement à son atmosphère mélancolique. Le bon moment pour apprécier, comme ils l’ont fait remarquer, le soleil breton qui se couche face à la scène.

Warning Sign, reprise des Talking Heads, déjà présente sur le premier album, intervient comme un break au milieu du concert comme pour en changer le rythme. C’est l’occasion pour le groupe de parler un peu plus avec le public et se remémorer le bon vieux temps de leur première venue à St-Malo. Finement amené par le groupe, You & I sonne particulièrement bien à cette heure et finit de convaincre les réticents. Le show finit alors crescendo, comme s’il leur avait fallu du temps pour instaurer une réelle connivence avec le public. Airplanes, interprétée avec une réelle énergie sera l’un des grands moments de ce concert et le groupe n’a pas besoin de demander au public de taper dans ses mains pour l’impliquer.

Avec Sun Hands, dédiée à leur « famille française » en fin de parcours, le bouquet final est réussi. Cet avant dernier titre, qui peut être considéré comme l’un de leurs tubes, le groupe s’est amusé à le distordre et à en changer le rythme se montrant alors également capable d’improviser sur scène, ce à quoi ils ne nous avaient pas habitués depuis le début de la soirée.

> Voir l’intégralité des photos du concert de Local Natives par Rory.
> Revoir le concert via Arte Live Web

 

Nick Cave & the Bad Seeds (Scène du Fort) par Diotime

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Pas besoin de roulement de tambour pour Nick Cave & the Bad Seeds. Une petite demie heure de battement après les Local Natives, ils entrent sur scène tout aussi discrètement que leurs prédécesseurs. Le dernier album, Push The Sky Away, d’une profondeur et d’une beauté rare et a été accueilli chaleureusement par le public et la critique. N’ayant voulu remplacer Mick Harvey à la guitare et ayant annoncé la fin de Grinderman, Nick Cave a l’occasion de libérer définitivement le crooner en lui.

Sur scène, le résultat est bien évidemment magistral. Loin d’une certaine froideur qu’il pouvait afficher par moments, il y a deux ans encore, avec Grinderman, Nick Cave embras(s)e le public. Sans se départir d’une once de charisme ni de flegme, il se fait séducteur et rassembleur. Dès les premières notes, très sobres, de We No Who U R, tout le monde se sent happer par la scène. Comme si ses longs bras crevaient les écrans géants pour aller chercher chaque spectateur, un par un.

Jubilee Street, l’un des joyaux poignants du dernier album, enchainé directement, confirme la tendance et les photographes sont poliment remerciés afin de permettre à Nick Cave de rejoindre ses fans en bas de la scène. Les écrans géants, diffusent le show exclusivement en noir et blanc, ce qui contribue à l’élégance générale. A la fin de ce deuxième morceau, Nick Cave semble en transe et le public en tremble. The Bad Seeds, Jim Sclavunos à la batterie en premier lieu, accélèrent le rythme : ce n’est que le début et pourtant, on a déjà une impression d’apothéose.

Back to the basic cependant avec From Her to Eternity, Tupelo et Deanna, histoire de rappeler, à ceux qui en auraient besoin, que le bellâtre est toujours un rocker et qu’il peut encore donner de la voix s’il le veut. Les fans sont évidemment comblés. Mais quelques morceaux plus tard, Higgs Boson Blues nous ramène dans le vif du sujet. Ses « Can you fell my heart beat » résonnent à l’infini et nous enveloppent, fédèrent avec une force rarement égalée en festival.

Avec une telle intensité, le concert a évidemment semblé durer 10 minutes. Sous le choque pendant un petit laps de temps, je reprends mes esprits sur Stagger Lee, alors que Nick Cave prend un véritable bain de foule tellement il se penche sur le public. Les Bad Seeds en livrent une interprétation jazzy qui convient parfaitement à la fois à la fureur du morceau et à l’ambiance générale du set.

Logiquement, implacablement, le concert se conclu par Push The Sky Away, d’une dualité fascinante. A la fois mélancolique et optimiste, contemplatif et inspirant, le géant Nick Cave s’y dévoile en pudeur avant de quitter la scène: « And some people say it’s just rock’n roll. Oh, but it gets you right down to your soul. Push the sky away ».

Cette première journée aurait pu s’arrêter là tant le public est sonné et rentrera de toutes façons avec cette dernière heure en tête. L’atmosphère est chargée de toute l’émotion dégagée et du sentiment partagé d’avoir vécu un grand concert ; difficile de passer directement à autre chose.

> Voir l’intégralité des photos du concert des Nick Cave & the Bad Seeds par Rory.

 

!!! (chk chk chk) (Scène du Fort) par Diotime

!!! (chk chk chk)  @ La Route du Rock #23

Bien évidemment, cette tension qui règne sur le Fort, même après le départ de Nick Cave, !!! la ressent. Ils ont eux aussi assisté au concert et jamais, à aucune autre date de cette tournée, ils n’ont eu autant le trac avant de monter sur scène. Difficile en effet de balancer du groove en caleçon à motifs après l’élégant Nick Cave qui n’a tombé la veste qu’à la seconde moitié de son show.

Au niveau de la programmation pourtant, ils représentent une transition bien trouvée vers Electric Electric et Fuck Buttons. Avec leur pop électro-funk résolument dansante, ils donnent l’occasion de se dégourdir avant d’aller taper du pied. C’est dans cette deuxième optique que le public les accueille, heureux de faire la fête en cette soirée d’ouverture du festival. De plus, l’occasion est rare : à part lors d’un passage à la Machine du Moulin Rouge en mai, le groupe n’avait pas encore présenté Thri!!!er en France.

Au moment d’entrer en scène, l’appréhension a disparue ou en tout cas est insoupçonnable. Il faut dire aussi qu’en bientôt quinze ans d’expérience, ils ont plus de 500 concerts à leur actif. Les premiers beats, puissants, puis la batterie de Get that rhythm right retentissent, Nic Offer s’avance, le bras levé, déjà prêt à arpenter le devant de la scène de ses chorégraphies dégingandées et, pour le moins, originales. Au bout de quelques minutes, Allan Willson, grand amateur de blues, quitte le clavier et s’empare de son saxophone pour un solo tranquille et joyeux, planant et ondulant, qui s’accorde à merveille avec les basses du morceau.

Stroboscope, effets lumière type boule à facettes, les Américains de !!! ne se prennent pas au sérieux et invitent à s’amuser avec eux. Le choix de All My Heroes Are Weirdos, un morceau de 2007, pour continuer l’aventure est un peu surprenant mais permet d’apercevoir un autre aspect du groupe où la guitare prend le pas sur la batterie. Peut-être est-ce là que se trouve le « punk » de l’expression punk-dance par laquelle ils qualifient eux-mêmes leur musique. La voix de Nic Offer et la guitare de Mario Andreoni s’y font presque inquiétantes en tout cas, l’introduction parfaite d’un film d’épouvante… ou d’un thriller !

Avec Californiyeah, le groove reprend : riff de basse funky et solo de guitare aérien. C’est après ce troisième morceau que le groupe, originaire de Sacramento justement, saluera le public. Even When The Water’s Cold, l’un des meilleurs morceaux de l’album, commence à faire jumper dans la foule et sera très applaudi ainsi que le suivant One Boy/ One Girl, l’un de ses singles. On y regrettera l’absence de voix féminine présente dans la version studio. TBA se consacrant à son groupe Light Asylum, dommage qu’il n’ait pas été fait appel à une bretonne via Facebook comme ce fut le cas pour beaucoup de leurs dates Outre-Atlantique.

Après Except Death, Careful marque une pause dans le concert, permettant à Nic Offer de reposer un peu sa voix et de retrouver avec plaisir les lignes de sax d’Allan Wilson. Sur le tube du précédent album Jamie, My Intentions Are Bass, Nic Offer déambule dans la foule sous le regard angoissé des agents de sécurité. Le concert aurait pu s’achever avec le très dansant Slyd, mais c’est avec Yadnus, extrait de Myth Takes, plus rock et sur lequel Nic Offer s’offre le plaisir d’une interprétation punk un peu destroy que le groupe quittera la scène. Avec celui de Hot Chip, ce concert aura été l’un des plus joyeux de cette édition.

Ereintés par cette première journée et souci d’organisation oblige nous ne pourrons consacrer toute l’attention qu’ils méritent à Electric Electric et manqueront Fuck Buttons. Concernant ces derniers, nous aurons heureusement l’occasion de nous rattraper lors de leur concert du 19 septembre au Trabendo. Et comme on aurait pu le parier, Nick Cave résonne encore dans nos têtes avant de les poser sur l’oreiller.

> Voir l’intégralité des photos du concert des !!! par Rory.

 

Moon Duo

Moon Duo @ La Route du Rock #23

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La Route du Rock, Collection Été #23 – Jour 1 – 15/08/13La Route du Rock, Collection Été #23 – Jour 1 – 15/08/13

Local Natives

Local Natives @ La Route du Rock #23

Local Natives @ La Route du Rock #23

Local Natives @ La Route du Rock #23

Local Natives @ La Route du Rock #23

Local Natives @ La Route du Rock #23

Local Natives @ La Route du Rock #23

Nick Cave

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

Nick Cave & the Bad Seeds @ La Route du Rock #23

!!!

!!! (chk chk chk)  @ La Route du Rock #23

!!! (chk chk chk)  @ La Route du Rock #23

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La Route du Rock, Collection Été #23 – Jour 1 – 15/08/13

Electric Electric

Electric Electric  @ La Route du Rock #23

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Electric Electric  @ La Route du Rock #23

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Crédit photos : ©2013 Rory O’Connor

 

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