Un concert doit-il forcément être maîtrisé de bout en bout et ne pas bouger d’une oreille ? Sur la scène du Café de la Danse, Brisa Roché et les fous de Roken Is Dodelijk ont prouvé le contraire, chacun dans leur style.

Brisa Roché

Après avoir goûté aux joies du triolisme au sein de The Lightnin 3, la belle aventure revival soul partagée avec Ndidi Onukwulu et Rosemary Standley (Moriarty), Brisa Roché est actuellement en plein enregistrement de son nouvel album. C’est donc tout naturellement qu’elle est venue présenter son work in progress avec ses complices du moment, et donner ainsi un aperçu de ce que sera son prochain disque.

Particulièrement volubile et enthousiaste, Brisa Roché livre quelques secrets, s’entoure de gens de confiance, fait part de ses petites angoisses à l’idée de défendre des chansons alors que le mixage n’est pas complètement fini, et finalement fait dériver l’idée de concert vers une sorte de « couturière »*, comme si l’on était chez elle. Chacun se fera son avis sur les interventions des artistes en général entre chaque chanson – faut-il parler ou jouer le mutisme ? – mais il est toujours très agréable de voir en face de soi d’excellents musiciens entrer quasiment dans un processus de création sur scène et tenter de petits arrangements avec le destin d’une mélodie.

Brisa Roché montrera toute l’étendue de sa jolie voix douce et envoûtante dans des registres tour-à-tour folk, pop, soul, voire quasi black-keysiens (Tuesday… no, Thursday ou les travers des rendez-vous amoureux décalés), accompagnée à chaque fois d’un ou deux musiciens (dont John Ulysses Mitchell à la guitare et Paddy Sherlock au trombone). L’envie d’écouter le nouvel album n’en est que plus forte, et Brisa Roché compte définitivement parmi les grandes artistes.

Roken Is Dodelijk

Pour la bande des Roken Is Dodelijk, l’atmosphère sera toute différente puisque c’est quasiment un tout nouveau groupe qui montera sur scène : les membres ont été renouvelés aux deux tiers, passant de six à quatre avec l’arrivée du batteur Nicolas Bertin et du bassiste Jérémy Point. Ce qui n’empêche pas Jérôme Voisin de rester fidèle à sa pop nourrie exclusivement à la vitamine C et aux pois sauteurs. Pour preuve, leur nouveau single When We Dance, disponible depuis quelques jours, avait redonné l’espoir en ces jours pluvieux : guitare fuzz de l’autre Jérôme, basse disco et petite mélodie entêtante au synthé analogique – le cocktail était toujours aussi euphorisant.

Malgré un départ bien raté dû aux interférences entre les parties préenregistrées et la batterie électronique de Nicolas, les Roken attaquent avec Terror et Bite For Bite, et déjà la fosse se remplit de ceux qui ne peuvent pas tenir en place et tortillent du genou sur le banc. Viendra ensuite le tour de l’un de leurs tout premiers titres, Good Enough. Pour Run, Kelly’s Alive, Jérôme V. invitera à plébisciter le jogging en salle façon Véronique et Davina pour en faire une nouvelle discipline olympique.

On n’est définitivement pas sérieux quand on est en costume 3 pièces. Faisant rugir sa Fender Mustang, Jérémy permettra également au public de se refaire la voix en reprenant le refrain de King Of This Town (« Just pretend we don’t pretend for a while »). On émettra quand même quelques petites interrogations sur le jeu scénique et la – trop ? – grande présence de boucles sur l’ordinateur, qui masquent un peu la performance de très bons musiciens au demeurant.

Mais l’esprit d’autodérision et l’enthousiasme des compositions feront vite oublier tout cela pour ne garder que le plaisir de cette pop hédoniste et l’espoir de retrouver le groupe rapidement après moult projets parallèles qui les avaient fait un peu perdre de vue. Enfin comment en vouloir à un groupe qui termine son set avec une version acoustique du What Is Love de Haddaway, tube millésimé 1993 au top des horreurs dance, qui du coup en devient presque beau ? Impossible.

* C’est-à-dire la dernière répétition avant la grande générale, celle où les couturières apportent les dernières retouches aux costumes des acteurs, et où l’on peut se permettre les dernières erreurs.
 

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Setlist :

Terror / Bite for bite / Good enough / Run, Kelly’s alive / Radio fire / Child and gun / King of this Town / Compao / Miracle / Broken beat / When we dance / What is love (Haddaway)

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Crédit photos : ©2010 Benoît Barnéoud

 

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