Laura Marling @ Music Hall of Williamsburg - 20/10/09

On a longtemps cru que l’eldorado était une affaire d’hommes, de conquistadors, de rêveurs, de soldats bas du front et de soudards. Mais le Café de la Danse a prouvé avec cette soirée que les femmes avaient aussi leur mot à dire dans la recherche d’un havre, et souvent d’une très belle façon. Entre la voix enchanteresse de Laura Marling et l’énergie des Peggy Sue, il n’y avait plus qu’à se laisser emporter.

Peggy Sue

Quand on écoute les chansons de Peggy Sue, on a du mal à imaginer que le groupe vient de Brighton, tant leurs chansons évoquent l’âpre poussière des déserts américains. Peut-être est-ce l’appel de l’horizon, sur lequel Rosa Slade et Katy Young ont dû maintes fois poser leur regard en empruntant la grande promenade de bois le long de la plage. Entrant sur scène pendant que résonnent en fond des chœurs célestes, le groupe ne traîne pas avant de lancer les débats.

Alternant les titres aériens et les parties plus brutes, les Peggy Sue sont surtout redoutables lorsqu’il s’agit de tresser des harmonies vocales tandis qu’à la batterie Olly Joyce tient la barre et sait cogner lorsqu’il est temps de hausser le ton (au point d’en faire tomber son tom en plein milieu du dernier titre Idle). Rosa Slade (la blonde) empoigne sa Gibson ES335 et fait couler ses notes en une jolie cascade sur un nouveau titre, And Always.

Viendront ensuite Watchman et le magnifique Funeral Beat, sur lesquels Katy Young (la brune) fait monter en puissance sa jolie voix enrouée, similaire en bien des points à celle d’Alela Diane. Les deux chanteuses poseront alors les guitares pour faire micro commun sur une reprise du Hit The Road Jack (de Percy Mayfield), qui donnera à ce titre popularisé par Ray « Genius » Charles un aspect plus sauvage et presque inquiétant. Le reste du set permettra de faire connaissance avec le nouvel album que les Peggy Sue sortiront l’année prochaine : la recette reste la même, et on ne s’en lasse pas. Les Thelma & Louise du folk/rock devraient à nouveau revenir au firmament.

Laura Marling

Dans un Café de la Danse blindé, et par conséquent bouillant, Laura Marling fait patienter son petit monde un bon moment avant de monter armée de sa guitare sèche. Mais c’est pour mieux lâcher d’entrée de jeu un Take The Night Off déchaîné, premier morceau de son dernier album Once I Was An Eagle, qui s’éloigne totalement de la relative douceur du disque pour devenir presque une protest song façon Masters Of War. La chaleur monte d’un cran, pas un murmure dans le public plongé dans la vénération de la nouvelle grande prêtresse folk. On a l’impression que le titre dure une éternité, écrasé par le poids des paroles (« Take the night off and be bad for me ») qui prennent alors, à la manière dont elle balance ses accords, la dimension d’un règlement de compte entre la bête nocturne et la chanteuse.

Apaisée, elle continuera dans l’ordre de l’album avec I Was An Eagle, You Know, Breathe et surtout le magnifique Master Hunter. Le vibrato de sa voix extraordinaire ne peut que donner des frissons de plaisir et de réconfort lorsqu’elle nous entraîne dans l’hiver rude et froid de Goodbye England (Covered In Snow). Sortant alors de sa manche Blues Run The Game de Jackson C. Frank, elle rompt la nostalgie amoureuse pour redonner une énergie incroyable et ajouter un peu plus de chaleur au set – au point de faire gentiment stopper les photos, se sentant déjà en nage.

Après What He Wrote et Hope In The Air, ce sera le tour d’une autre reprise, cette fois de Townes Van Zandt, qu’elle avait étrennée pendant les balances : For The Sake Of The Song.  Elle conclura enfin sur Sophia et Where Can I Go ? avant de filer en coulisses sans rappel et au bout d’une petite heure de set seulement. Le charme s’éloigne tout doucement, Laura Marling aura encore une fois conquis son public par la force de ses mots et la chaleur de sa voix. Etait-elle un mirage, cette chanteuse au teint diaphane venue et aussitôt disparue ? L’ange du folk garde intacts ses mystères, et c’est aussi ce qui la rend attachante.

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Crédit photos : ©2009 Benoît Barnéoud

 

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