Tindersticks @ L’Olympia – 21/10/13 

Publié par le 11 novembre 2013

Tindersticks @L Olympia - 21/10/13

Vingt ans de grâce ininterrompue, de chansons aussi charpentées que des symphonies, de voix chaleureuse, de rock qui n’en est pas, de plaisir incommensurable. Qui aurait cru qu’à l’aube des années 90, au beau milieu d’une bande de fous furieux amateurs de larsens, de dissonances, de chansons déstructurées et autres plans déglingués, des Anglais amateurs de cascades de violons et de cuivres moelleux s’imposeraient comme le groupe le plus classieux du rock indé et deviendraient les survivants d’une scène passée par l’usure du temps ?

Pourtant les Tindersticks sont là, fringants, sur la scène de l’Olympia, se payant le luxe d’un double set, avec à leur pied une foule fervente et émue, qui pourrait rester toute la nuit rien que pour se faire bercer par leurs mélodies enchanteresses.

Tindersticks @L'Olympia - 21/10/13

Il suffit que Stuart Staples, à peine entré sur scène, susurre les premières syllabes de Tricklin’ pour que la magie opère. Avec pour seul accompagnement le fidèle Dave Boulter au Hammond, le décollage se fait sans aucun heurt. Assis au milieu de la scène, Staples donne juste quelques indications, des regards brefs, et se concentre sur sa voix à la fois profonde et vibrante pour jouer sur les attaques des notes et la nostalgique douceur de ses mélodies, comme sur Marseilles Sunshine qui brille doucement comme un soleil triste ou A Night So Still.

Les titres filent comme en apesanteur, de la mélodie limpide de Hushabye Mountain, comptine pour enfants présente sur la compilation Songs For The Young At Heart, à Come Feel The Sun avec sa ligne de basse dansante et légère.

Tindersticks @L'Olympia - 21/10/13

Retour alors à l’un de leurs plus anciens titres, She’s Gone, avec un Neil Fraser impeccable sur les effets sonores à la guitare acoustique et l’échange de toute beauté entre la basse de Mark Colwill, les arpèges au piano de Boulter et les parties de violon et violoncelle. A peine 20 grosses minutes de set et il sera déjà temps de se quitter sur Medicine, l’un de leurs derniers titres, au piano à la fois présent et oppressant, s’il n’y avait le violoncelle et l’incroyable légèreté de la batterie pour insuffler un peu d’air.

Le retour des Tindersticks après la pause occasionnera le grand mouvement de la soirée, en voyant Staples passer de la position assise à la position debout, la scène s’allégeant au passage du Hammond. Voilà, ce sera tout. Comment ça, vous en voulez plus ? C’est étrange… On ne va pas vous mentir, ce deuxième set était donc du Tindersticks pur jus, d’un charme incroyable, et l’on pourra défier quiconque de ne pas s’être senti vaciller sous les coups de butoir de la soul étincelante de l’Anglais le plus célèbre de la Creuse.

Tindersticks @L'Olympia - 21/10/13

Sometimes It Hurts et If You’re Looking For A Way Out ramènent à ce qui se fait de mieux dans le genre, les cordes suaves de la Philly Soul et les chœurs de la Motown réunis ensemble. Deux chansons qui devraient figurer au palmarès des meilleurs anti-dépresseurs du monde, soit dit en passant. Alors Staples et sa bande renversent tout le monde en faisant un retour en arrière sur l’album Curtains et sa magnifique ouverture, Another Night In, manière de montrer que si les Anglais savent mettre aussi bien en joie que Harold Melvin & The Blue Notes, ils peuvent aussi nous tirer des larmes juste avec des glissades et des tremolos aux cordes.

Le mariage avec la danse lascive de Show Me Everything est parfait et permet d’assister au duel intense aux Gretsch entre la mélodie de Staples et les rythmes de Fraser. Boulter distille quelques notes au clavier, Colwill et la choriste ululent, la chaleur monte d’un cran. Il fallait bien This Fire Of Autumn et sa décharge énergétique aux guitares pour apaiser les esprits. Après une sacrée madeleine avec City Sickness, un des tout premiers titres du groupe qui recelait déjà leur marque de fabrique, le groupe lance un My Oblivion des grands jours, où le violon prend des airs de printemps et répond au xylophone tenu par un Dave Boulter au calme olympien.

Tindersticks @L'Olympia - 21/10/13

Sleepy Song dévoile des trésors de douceur avec ses guitares fantomatiques piquées à Ennio Morricone avant Say Goodbye To The City et sa montée en puissance avec basse lourde, batterie enflammée et l’indispensable Terry Edwards aux cuivres. Il sera alors temps d’opérer un retour au magnifique deuxième album avec A Night In, et de revenir aux accents soul et blues de I Know That Loving et sa mélodie qui monte progressivement pour livrer la quintessence de l’esprit Tindersticks en mêlant cordes, cuivres, chœurs, basse bien appuyée et guitares ténébreuses.

Après un ultime extrait du dernier véritable album The Something Rain, Slippin’ Shoes et ses faux accents de musique cubaine, Stuart et sa bande concluront le concert avec What Are You Fighting For ?, réenregistré pour l’occasion sur leur album anniversaire Across Six Leap Years, sublime balade où la basse de Colwill danse autour du xylophone et de la partie de clavier de Boulter qui fait résonner seul les dernières notes dans le silence de cathédrale de l’Olympia.

Tindersticks @L'Olympia - 21/10/13

Acclamés comme il se doit après ce set sublime de bout en bout, les Tindersticks reviennent au grand complet pour Travelling Light, où la choriste partage totalement le chant avec Stuart et le rejoint sur le devant de la scène, pendant que le reste du groupe magnifie une mélodie sonnant comme un flamenco assagi. Et ce sera le moment de Can We Start Again ?, dont le message était loin de déplaire au public qui en redemandait.  Colwill et la choriste répondaient aux « I’m ready now » de Staples par des « Can we start again ? » terriblement sexys, portés par un tapis de cordes qui ne donnaient que l’envie de s’enlacer.

Enfin, après les multiples demandes du public, les Tindersticks lâcheront un de leurs titres emblématiques du caractère orageux qui les habitait souvent au début, My Sister. Ce titre, soutenu par une tension constante de bout en bout, commence par une douce mélodie au clavier avant de passer la main aux glissades des violons, alors que la basse et la batterie sortent totalement de leur carcan habituel pour partir sur des mini-jams incroyablement maîtrisés. Pendant ce temps, Staples déroule ses rêves éveillés, et nous lâche dans la grande nuit qui nous attend après avoir eu la sensation de voler durant deux heures de concert. Les Tindersticks ont une nouvelle fois prouvé qu’ils avaient bien leur place au panthéon de la musique, on espère les suivre pour encore très longtemps.

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Setlist (partie 1) :

Tricklin’ / Marseilles Sunshine / A Night So Still / Hushabye Mountain / Come Feel The Sun / She’s Gone / Medicine

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Setlist (partie 2) :

Sometimes It Hurts / If You’re Looking For A Way Out / Another Night In / Show Me Everything / This Fire Of Autumn / City Sickness / My Oblivion / Sleepy Song / Say Goodbye To The City / A Night In / I Know That Loving / Slippin’  Shoes / What Are You Fighting For ? / Rappel : Travelling Light + Can We Start Again ? + My Sister

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Crédits photos : ©2013 Rory O’Connor

 

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