The Dodos – Carrier 

Publié par le 22 janvier 2014

The Dodos - Carrier

A deux, ils font du bruit comme quinze, vous imaginez un peu le rendement. Une guitare (Meric Long), une batterie (Logan Kroeber), deux musiciens au talent hors norme – The Dodos forment un duo incroyable, comme on en voit rarement. Et heureusement qu’on les a, d’ailleurs ! Car ils ne donnent pas dans la pop frelatée, les concepts abscons ou la résurrection d’une new wave fadasse.

Leur style unique – mélodies joliment agencées coulant naturellement sur des parties de gratte en fingerpicking et rythmes en perpétuel renouvellement – tranche totalement avec le tout-venant. Avec cette place à part dans la gigantesque sphère du rock indé, on ne peut que leur porter un attachement particulier.

Loin de la flamboyance de leur précédent album No Color, les duettistes ont levé le pied sur le tout nouveau Carrier et cherché des atmosphères plus en demi-teinte. Se servant de cet album pour rendre hommage à leur complice de tournée Chris Reimer, disparu en 2012, Long et Kroeber en ont profité pour ouvrir en grand les persiennes, respirer un grand coup et prendre le temps de s’aérer les esprits. C’est tout le message de Long sur le single Substance, qui déjà ne manque pas de charme par l’énergie qu’il dégage : « You will forget / And I will remember ».

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Est-ce que nos Dodos se seraient alors transformés en gentils troubadours, désormais prêts à conter fleurette sur des chansons molles du genou ? Que nenni ! Loin d’être une espèce éteinte, Long & Kroeber gardent le grain de folie qui fait leur charme depuis toujours, mais montrent sur Carrier qu’ils savent désormais canaliser cette énergie pour aller plus haut.

A l’image du tout premier titre Transformer, totalement déchaîné après une première partie apaisée. Ou de la déferlante qui vous prend et vous concasse sur Confidence à partir de la 2e minute. Sur Stranger, Long oscille entre riffs acérés et une montée chromatique implacable, tandis que Kroeber se défoule sur des rythmes martiaux aux timbales et dans le même temps fouette ses cymbales pour faire monter la pression comme des œufs en neige.

Et d’un seul coup, The Dodos ouvrent leurs plumes et acceptent de se dévoiler, révélant dans le dépouillement de Relief  ce qui les constitue depuis le début : des lignes mélodiques intenses masquées par une simplicité de façade, une émotion à fleur de peau comme si chaque chanson pouvait être la dernière. Holidays ressemble à un lever de soleil perçant à travers les feuillages d’une forêt primaire. Family vante les bonheurs et les dangers de la généalogie sur un petit tempo de valse – d’accord, avec des semelles un peu lourdes, mais quand même.

Sur Substance, le duo convoque des cuivres, et sur Death un mélodica fait son apparition au-dessus de nappes de claviers brumeuses. En guise de conclusion, The Ocean fait entendre des accents inédits chez le duo, la tristesse affleure, des cordes font leur apparition pour recouvrir le son habituel de Long & Kroeber, comme des vagues glissent sur le sable et fuient sans qu’on puisse les retenir. « There’s no need to run at all », et Long donne enfin la sensation de lâcher prise.

On aimait déjà The Dodos pour l’enthousiasme de leurs albums et leur énergie débordante. On les aimera encore plus maintenant avec ce Carrier qui les a fait passer du statut de gamins à celui d’hommes, assumant désormais leurs larmes comme leurs fous rires.

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Un titre : The Ocean
Le site : www.dodosmusic.net
Pour écouter l’album : rendez-vous sur Deezer par exemple.

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Bonus

Retrouvez les excellents The Ocean et Substance arrangés pour orchestre : magnifiques, non ?

The Dodos – The Ocean [LIVE WITH MAGIK MAGIK ORCHESTRA] vidéo

The Dodos – Substance [LIVE WITH MAGIK MAGIK ORCHESTRA] vidéo

 

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