Balthazar, l’interview 

Publié par le 14 février 2014

Balthazar, l’interview – 11/02/14

Il y a quelques mois de cela, nous avions déjà tenté d’interviewer Balthazar. Parce que c’est un groupe qui compte de plus en plus dans le paysage indie actuel. Mais surtout parce que l’on s’est passionné pour leur second album Rats sorti courant 2012. Cela n’a pu se faire à l’époque. Ce n’était que partie remise…

11 février 2014, le groupe belge est de retour à Paris pour un concert au Trianon. Cette fois, il n’est plus question de faire la première partie des grands frères Deus. Ce sont bien eux qui sont en tête d’affiche de la soirée… et la date est sold out ! 18h, Selma du label [PIAS] m’introduit dans la vaste loge du groupe. On y trouve un piano, un babyfoot, et Maarten, le grand blond à la voix inimitable. Il attend, un peu las, un peu ailleurs, le début du concert. Il prendra une demi-heure pour répondre à mes questions. Grand moment qui précède de quelques instants seulement celui de leur montée sur scène…

Bonjour Marteen,

Pour ceux qui ne connaitraient pas encore l’anecdote, peux-tu nous dire comment le groupe s’est formé ?

Maarten : Nous étions très jeunes à l’époque, au lycée, et nous jouions de la musique dans la rue pour nous faire de l’argent. Je jouais d’un côté de la rue, et Jinte de l’autre côté. On ne se connaissait pas à l’époque et il y avait une certaine compétition pour savoir qui ferait le plus d’argent. Un jour, nous avons fini par discuter, et nous nous sommes rendus compte qu’en associant ses trois chansons et mes trois chansons, nous pouvions jouer six morceaux à nous deux pendant une demi-heure ! Patricia, notre violoniste, nous a rejoint ensuite et c’est comme cela que le groupe est né.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour enregistrer votre premier album Applause ?

Cela a été assez long en fait. Nous jouions ensemble depuis 5 ans quand Applause est sorti. Entre temps, nous avions étudié la musique au Conservatoire de Gant et testé pas mal de styles différents : rock, folk et même électro… Puis nous avons finalement trouvé notre propre son en composant « Morning », une pop assez épurée et minimaliste que nous avons ensuite appliquée à tous nos morceaux. A partir de là, nous étions prêts à enregistrer notre premier album. C’était en 2010.

Votre second album, Rats, était particulièrement attendu. Comment expliques-tu un tel succès en à peine 2 ans ?

Le premier album est d’abord sorti en Belgique et aux Pays-Bas, puis un an plus tard en France et ailleurs dans le monde. Nous n’étions au départ qu’un groupe local : nous n’avions pas l’ambition de conquérir l’Europe. Puis nous nous sommes mis à faire beaucoup de concerts qui ont bien fonctionné. Nous avons reçu beaucoup de bonnes critiques et les radios ont pas mal diffusé nos chansons, particulièrement en France. Il y avait donc nécessairement plus d’attente à de la sortie de notre second album.

Le son sur Rats est plus élégant, plus abouti aussi. Est-ce qu’on peut dire qu’Applause était une sorte de « brouillon » pour son successeur ?

Non pas vraiment. Le travail du son sur Applause était certainement plus systématique. Nous avions un concept, ce son de pop minimaliste, et l’avons appliqué à tous les morceaux. Sur Rats, nous avions plus de moyens. Nous pouvions ajouter tout ce dont nous avions envie, comme des séquences enregistrées avec un orchestre, par exemple. Le son est donc plus riche, plus ambitieux, ce qui en fait un meilleur album, mais fondamentalement, tout était déjà là sur Applause

Comment se fait la création des morceaux ?

Jinte et moi composons et écrivons tous les morceaux, et le groupe y apporte ses arrangements. On passe ensuite en studio où on enregistre chaque titre en live.

 Je crois d’ailleurs que vous travaillez sans producteur ?

Oui, effectivement… Comme nous sommes deux à composer au sein du groupe, cela nous permet d’avoir un regard critique sur le travail de l’autre. Nous n’avons du coup pas besoin d’un troisième avis.

Vous parlez souvent de Melody Nelson comme d’une influence majeure pour le groupe : avez-vous déjà pensé à écrire un concept album et quel pourrait en être le sujet ?

Nous ne faisons pas de plan pour l’avenir. Mais pourquoi pas, cela pourrait être intéressant… Cela dit, je pense que c’est un projet à réaliser en solo plutôt qu’en groupe. Au sein de Balthazar, ce sont toujours cinq histoires qui se racontent. Il faudrait en trouver une commune à tous.

Par ailleurs, lorsque nous citons Melody Nelson en référence, c’est plus pour les arrangements que pour le concept, même si l’histoire est très intéressante. Gainsbourg arrive à créer une ambiance intime en ayant un orchestre présent tout au long de l’album. C’est le type d’arrangements que l’on trouve particulièrement inspirant.

Et c’est une technique que l’on retrouve sur Rats…

Absolument. Lorsqu’on utilise un quatuor à cordes, plutôt que d’avoir de longues nappes omniprésentes [il fredonne pour m’expliquer], on préfère qu’il ne joue qu’une seule note : cela renforce l’emphase du morceau.

C’est ce qui explique cette tension que l’on ressent tout au long de l’album mais qui semble en permanence contenue.

Mais c’est comme ça que ça se passe dans la vie réelle… Personne n’ouvre sa fenêtre et se met à hurler, que cela soit pour exprimer son bonheur ou son malheur. La société nous oblige à contenir nos sentiments. Et nous voulons que nos chansons soient à l’image de la vie. La façon dont on s’exprime dans nos chansons est aussi la façon dont on s’exprime dans la vie…

Il y a deux ans de cela, j’interviewais un autre groupe belge, School is Cool, et je leur demandais s’il existait une scène indie rock belge. Leur réponse était à la fois catégorique et négative ! Qu’en penses-tu ?

[La question le laisse un peu perplexe] Effectivement, je suis d’accord. Je crois que la notion de « scène » au sens où tu l’entends est assez romantique, mais je ne suis pas sûr qu’elle existe réellement. Est-ce que l’on peut dire par exemple qu’il existe une scène rock parisienne où tous les musiciens se connaitraient et jammeraient ensemble ? Cela dit, on croise souvent les autres groupes en tournée, et les Belges sont plutôt des gens sympas [sourire]. Donc même si l’on ne peut pas parler de scène à proprement parler, il existe définitivement une bonne vibration entre les différentes formations venant de Belgique.

Est-ce que tu peux nous confirmer qu’il y aura bien un nouvel album de Balthazar en 2014 ?

Peut-être. Plus probablement début 2015. Mais on entre en studio dès le mois prochain…

Donc Leipzig, que l’on a découvert en début d’année, n’en fera pas forcément parti ?

Pas nécessairement. C’est plutôt une chanson isolée, que l’on a voulu offrir entre les deux albums.

On ne doit pas y entendre une quelconque direction pour le futur enregistrement ?

Je ne crois pas. Le morceau est assez rythmé et je ne pense pas que le prochain album le sera autant. On avait juste envie de se faire plaisir et d’enregistrer une bonne « pop song ». Mais pour l’instant, nous n’avons aucune piste pour la suite…

Il y a encore quelques années, on voyait essentiellement la Belgique via le prisme de ses difficultés politiques. Aujourd’hui, on parle surtout du succès incroyable de Stromae ou de son équipe de foot qui s’est qualifiée avec brio pour la Coupe du Monde. Est-ce que l’on peut y voir une espèce de revanche ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait un rapport entre le succès de Stromae et celui de notre équipe de foot [rires]. Mais c’est vrai que c’est un peu étrange. Il y a tous ces gens, ces séparatistes, qui veulent découper la Belgique en deux. Mais lorsque l’équipe de foot nationale gagne, tout le monde chante « Vive la Belgique » ! Et c’est la même chose pour Stromae : [en français] « Tous les Flamands adorent Stromae ! » Il est cool et fait de la bonne musique. Ca fait du bien d’avoir un artiste qui est capable de rassembler tout le monde par son talent…

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 Un immense merci à Selma pour avoir rendu cette interview possible !

 

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