Café de la Danse - 24/02/14

Fidèle à son esprit de défricheur, le Café de la Danse réussissait le hold-up de l’hiver en faisant venir Ry X, le songwriter qui a affolé en à peine quelques semaines les amateurs de mélodies sensibles avec son single « Berlin ». Titre qui sert d’illustration sonore à la campagne pub d’un écran de télévision (mais si, vous savez, le volcan qui entre en éruption et dépose des pétales de fleurs sur ses flancs !). Alors quand on sait que Ry X n’a à son actif qu’un EP de 4 titres plus beaux les uns que les autres, on comprend que la salle ait rapidement affiché complet.

Rhosyn

Pour ouvrir le bal et aiguiser l’appétit, la jeune Rhosyn pose ses chansons mi-contemplatives, mi-anarchiques. Accompagnée de son seul violoncelle et d’une loopstation, Rhosyn se situe dans la lignée de ces instrumentistes à la solide formation classique qui ont explosé le cadre de la pop ces dernières années et savent exploiter toute la richesse de leur 4-cordes. On pense notamment à Linnea Olsson, compagne de route de la magnifique Ane Brun passée dans ces mêmes murs, ou, plus proche de nous, à Guillaume Bongiraud, dynamiteur de mélodies chez Delano Orchestra et Niandra Lades.

Café de la Danse - 24/02/14

Se servant des cordes basses pour les rythmiques à l’archet ou en pizzicati (« Birds »), et laissant libre cours à la voix de stentor de son violoncelle (« Glass »), Rose Dagul enregistre les mélodies pour mieux poser sa voix ferme et raconter des histoires d’amours perdues (« Don’t Keep Losing Heart »). L’ensemble ne manquait pas d’intérêt, son EP Elbow Of Capture sorti il y a un an avait même été séduisant. Mais on aurait aimé un petit quelque chose supplémentaire pour remporter définitivement les suffrages, des chansons peut-être un peu plus abouties ou des paysages sonores moins convenus.Rose Dagul mérite d’être revue, et nul doute que son programme se sera enfin étoffé pour sortir des sentiers battus.

Ry X

Sur une scène du Café de la Danse jonchée de bougies et plus belle que jamais, l’entrée de Ry Cumming et de ses comparses – une violoniste et un batteur/claviériste – se fera en toute discrétion, sans un mot. Empoignant sa guitare, il lancera sans attendre « Shortline », dont les doux arpèges du début masquent une descente amère sur un riff aux accents grunge.

Café de la Danse - 24/02/14

Puis Ry X s’installera au clavier et lancera de sa voix envoûtante la douce mélopée de « Watched You Run ». L’attention est à son comble, le public ose à peine respirer de peur de briser les mélodies fragiles du songwriter australien. Sur « Vampires », les choses s’emballent un peu avec les frappes sèches et chirurgicales du batteur et une partie de basse plus soutenue. On croit entendre des échos des têtes chercheuses Wild Beasts.

D’une grande humilité, Ry X se confond en remerciements auprès d’un public qui l’encourage à se détendre.

Il confie quelques mots sur son passé de globe-trotter, les endroits qu’il a visités et qui l’ont influencé, notamment la Californie qui lui a inspiré le titre « Big Sur », selon lui « l’un des plus beaux endroits du monde », avant qu’il n’enchaîne évidemment avec son énorme single « Berlin » dont la mélodie construite comme le flux et le reflux de la mer ne cesse de hanter ceux qui l’ont écoutée.

Café de la Danse - 24/02/14

Après la leçon de géographie, Ry X lancera sur sa 6-cordes le riff haut perché de « In Your Head », bien soutenu par les chœurs de ses compagnons et particulièrement les pizzicati et les douces marches harmoniques de sa violoniste. On a presque l’impression de rester sur les grandes plages californiennes tellement ce titre fait penser à un coucher de soleil apaisant. Encore ému de l’accueil chaleureux du public, Ry X, masqué par sa tenue noire et son écharpe ample, entamera alors les arpèges chaloupés de « Howling », et détrônera l’espace d’un instant Bon Iver dans le cœur des Parisiens.

Il conclura le set avec « Fumbling Prayer », douce supplique toute en larsens contrôlés, où la grosse caisse martelée contrebalance la montée en puissance du riff. Acclamé par un public encore frissonnant d’émotion et désormais debout, Ry X reprendra seul « Home », un titre de son tout premier album sorti sous son vrai nom avec le claviériste de Maroon 5. Si ce premier opus n’a pas marqué durablement les mémoires, Ry Cumming est quand même devenu l’un des plus grands espoirs du songwriting actuel, et désormais l’un des chouchous des Français.

Café de la Danse - 24/02/14

Il finira définitivement la soirée en remerciant une dernière fois le public en interprétant « Ghost », composée par son claviériste James. Et l’on découvre alors une toute autre facette de l’Australien, qui s’est transformé l’espace d’un instant en crooner à fleur de peau comme seuls Roy Orbison ou les Buckley avaient su l’être, avec notamment un finale aussi pur qu’un air d’opéra. On ne peut qu’aimer encore plus Ry X pour cette interprétation tout en retenue et avoir une très grande hâte de découvrir son premier album complet. Un grand talent est officiellement né.

Setlist : Shortline / Watched You Run / Vampires / Big Sur / Berlin / In Your Head / Howling / Fumbling Prayer / Rappels : Home + Ghost

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Crédits photos : ©2014 Benoît Barnéoud. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.
 

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