Café de la Danse - 04/03/14

Il suffit de pas grand-chose parfois pour avoir une soirée réussie. Une guitare, une voix inoubliable, des mélodies bien troussées. Simple comme bonjour, quoi ! Surtout quand se présentent deux talents du folk américain, deux porte-paroles d’une musique sans concession qui exige une certaine concentration, à rebours de toute facilité. Et pourtant cela fait du bien de s’abreuver à une eau pure, limpide, minérale, qui n’a pas eu besoin d’être filtrée au préalable. C’était une soirée typique du Café de la Danse.

Courtney Marie Andrews

Café de la Danse - 04/03/14

Quand Courtney Marie Andrews prend possession de la scène, on a peine à croire qu’elle ne joue qu’en première partie. La star du jour est Damien Jurado et Courtney devra lui céder la place une poignée de chansons plus tard. Un jeu de chaises – musicales, évidemment – sans l’ombre d’une gêne, car les deux artistes sont compagnons de route depuis quelques années, lors de leurs premières dates à Seattle. Mais ne nous y trompons pas, l’Américaine a beau n’avoir qu’une vingtaine d’années, elle a déjà le charme et l’assurance des grandes reines du folk. Est-ce parce qu’elle n’a pas cessé d’enregistrer – cinq albums en autant d’années – et de tourner depuis ses premiers pas à 17 ans ?

Café de la Danse - 04/03/14

Humble ( « Mon nom est un peu long, excusez-moi » ), mais impériale lorsqu’elle lance son single « Irene », un bijou de simplicité, où sa voix brille comme la lumière d’une chandelle. On y retrouve les accents de la grande prêtresse Joan Baez, presque apaisée. Tout le Café était plongé dans un silence de cathédrale et se laissait immerger par les notes limpides de la chanteuse. Ses chansons parlent de séparation, de filles perdues, d’enfermement, mais Courtney Marie Andrews a l’intelligence d’éviter tout pathos en insufflant dans ses mélodies une certaine luminosité et en faisant de sa voix un instrument tour-à-tour vibrant (« Roses Of The City ») et réconfortant (« Put The Fire Out »). C’est cela, la sensibilité.

Damien Jurado

Si l’on a un pincement au cœur au moment du passage de témoin, l’ami Jurado nous replonge vite dans l’ambiance. Le contexte reste le même, celui de l’exercice musical le plus ardu : une guitare, un micro. Et pourtant ce récital sonnera comme l’un des concerts les plus intimes que l’on ait vus.

Café de la Danse - 04/03/14

Concentré à l’extrême, quasiment sans un mot, Damien Jurado enchaînera ses bijoux comme la sublime « Metallic Cloud » avec ses glissades à la guitare, ou « Everything Trying » qui rayonne de sérénité. Loin des carcans développés par les groupes pop/folk émergés ces dernières années, Damien Jurado cultive l’ascèse et va à l’os, puisant directement aux sources les plus intransigeantes, Woody Guthrie et Hank Williams. Jouant de temps en temps sur les harmonies automatiques de son pédalier, le songwriter de Seattle sait aussi varier les effets et changer son braquet pour passer une vitesse (« Silver Timothy »).

Quand il s’agit de parler au public de son nouvel album, Damien Jurado se fait étonnamment brouillon, peu à l’aise avec les mots non chantés. Brothers And Sisters Of The Eternal Son étant la suite du diptyque entamé avec Maraqopa, on a senti le chanteur soucieux d’expliquer sa démarche, mais encore plus soucieux lorsqu’il n’y parvenait pas. Et pourtant cette séquence de sincérité était presque digne des grands moments de nonsense des Monty Python, suscitant l’amusement de l’ensemble du Café de la Danse et sa sympathie (« Cela aurait pu être un double-album, mais finalement ce n’en est pas un, car j’ai un principe sur les nouveaux albums, j’aime quand les albums sont courts »), qui de toute façon lui était acquise depuis les premières notes de « Museum Of Flight ».

Café de la Danse - 04/03/14

Heureusement ses chansons parlent pour lui, et il enchaînera alors avec « Plains To Crash », aux accents radieux de bossa-nova, incitant les filles de l’assemblée à hululer les chœurs avec lui. Sur « Cloudy Shoes », le songwriter se posera en héritier légitime de Nick Drake en allégeant sa voix. Mais comme sa musique est intransigeante, Damien Jurado l’est tout autant et ne souffre pas que certains murmurent un peu fort pendant son set.

Après avoir fait la mise au point avec les impétrants (« You’re whispering very loud, no offense »), il lancera le titre éponyme de son précédent album, « Maraqopa », et ses appels à la liberté. Après ce set déjà conséquent, Damien Jurado reviendra et conclura définitivement avec « Diamond Sea », sacrée plus belle déclaration des deux dernières années. Cette fois, c’est Damien Jurado que l’on quitte à regret. Ce qui ne fera que conforter ceux qui savaient déjà que l’affiche de ce concert était l’une des plus belles de l’hiver.

Café de la Danse - 04/03/14

Avis aux agnostiques : convertissez-vous vite au plaisir d’écouter Courtney Marie Andrews et Damien Jurado, le monde n’en sera que plus beau.

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Crédits photos : ©2014 Benoît Barnéoud. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.

 

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