Clap Your Hands Festival #2 - Cafe de la Danse - 21/04/12

Il y a des jours comme ça où l’on n’est que joie, bonheur et amour. Celui-ci était marqué depuis bien longtemps dans le calendrier de l’équipe d’à l’écoute car deux de nos chouchous se produisaient ensemble pour la dernière date de leur tournée européenne. Le premier est un jeune Anglais qui nous a scotchés dès son premier EP et nous avait enthousiasmés lors de son premier passage sur cette même scène du Café de la Danse il y a deux ans. Les autres forment l’un des tout meilleurs groupes de pop-folk de ces dernières années, et ont été l’un de nos coups de cœur de l’année 2011. Autant dire que le printemps fêtait son arrivée en avance.

Paul Thomas Saunders

On a beau avoir vu Paul Thomas Saunders avec son groupe au complet, ou seulement en duo avec sa claviériste, on attend toujours beaucoup de ses apparitions. Il faut avouer que son premier EP Lilac & Wisteria, sorti discrètement à l’été 2011, avait suscité quelques frissons. On y sentait déjà toute la  science du jeune homme pour les mélodies envoûtantes, les textures sonores étayées, les chœurs qui vous parcourent l’épine dorsale et vous envoient dans la stratosphère.

Après un deuxième EP plus élaboré et encore plus captivant, Descartes Highlands, en 2012, l’album était attendu pour l’année dernière. Mais par le hasard du sort et de ses vicissitudes, il a été repoussé et paraîtra enfin le mois prochain. C’est probablement pour cela qu’il ménagera son effet en ne choisissant pour cette date que des titres de ses deux premiers EPs.

Clap Your Hands Festival #2 - Cafe de la Danse - 21/04/12

Remerciant son public parisien pour l’accueil chaleureux qu’il a toujours su lui réserver, Paul se présente seul sur scène et entame son set avec Good Time Rags & Requiems. Avec sa voix d’écorché et ses riffs hantés, le chanteur fait aussitôt taire le public qui ne s’attendait pas à être aussi secoué. Venus en masse pour applaudir leurs hérauts folk The Head And The Heart, les membres de la communauté américaine parisienne prévoyaient sûrement d’avoir une première partie issue du même moule. Mais en voyant les ondulations de Paul Thomas Saunders sur sa Telecaster et son assurance dans la ligne mélodique, les bavardages ont rapidement cessé pour laisser la place à la voix du songwriter.

Sûr de son fait, il continue avec une petite douceur qu’il affectionne particulièrement en live, The Demons Between Us. Sa voix se fait légère, ses accords aériens dans ce titre où l’on sent l’amertume des regrets. La ressemblance vocale avec un certain Jeff B. se fait encore plus sentir. Paul troque alors l’électricité pour un passage acoustique avec Howl & Kill. L’atmosphère de la salle devient recueillie, baignée par l’émotion de ses accords et sa voix poignante.

Hypnotisant totalement le public par sa supplique, Paul s’ébouriffe une dernière fois les cheveux et conclut alors son set avec le bijou The Trail Remains Unseen, rayonnante de clarté et de grâce, pour définitivement porter ses chœurs délicats vers les cimes. Cinq chansons, c’est peu, et en même temps c’est tout ce qu’il lui a fallu pour remporter l’adhésion de la salle. La prochaine fois, Paul Thomas Saunders se produira probablement pour défendre un album complet. Un talent qui irradie autant et promet encore plus se rencontre tous les dix ans. Vous savez ce qu’il vous reste à faire pour dire à votre tour : « J’y étais ».

The Head and the Heart

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Arrive alors la bande de hippies de Seattle. Il y a trois ans, leur premier album éponyme avait permis de faire la rencontre de ces mélodistes de talent, capables de vous faire fondre sur une petite ligne de basse ou trois notes de violon. Tournant sans relâche aux Etats-Unis en 2012, ils s’étaient fait discrets sous nos latitudes. Mais la sortie de leur nouvel album à l’automne nous rappelait combien on aimait leur musique marquée du sceau de l’évidence et de la limpidité.

Leur force, c’est celle qui a forgé les Beatles période Revolver, les Beach Boys et Buffalo Springfield : un soin tout particulier accordé aux harmonies, une pulsation qui ne faiblit jamais, le plaisir simple de jouer les chansons qu’on aimerait écouter. Alors forcément, quand le batteur Tyler Williams termine en nage déjà sur Another Story, le premier single de leur nouvel album Let’s Be Still avec ses chœurs hululants, le set promet de très belles choses.

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Et il est vrai que l’intensité de leur prestation est restée la même durant près d’une heure et demie, que ce soit sur les passages plus doux comme Winter Song ou Cruel, ou leurs morceaux de bravoure Lost In My Mind ou Cœur d’Alene, qui peuvent aussi devenir des chausse-trappes si la concentration vient à faire défaut. Mais portés par un public d’étudiants américains largement acquis à leur cause, The Head & The Heart ont su jeter sur cette dernière date de leur tournée toutes les forces qu’il leur restait encore, remerciant au passage leur compagnon Paul Thomas Saunders qui a su endurer leurs « prises de tête » (« surtout les miennes », ajoute avec un demi-sourire le brun Josiah Johnson) et plaisantant sur sa future absence.

La base arrière est parfaitement calée entre Chris Zasche à la basse et Tyler Williams, complètement survitaminé derrière ses fûts. A partir de là, les trois chanteurs peuvent totalement se laisser aller sur leurs entrelacements de voix dont eux seuls ont le secret. Ce sera le cas dès les premières notes de Another Story, évidemment. Sur Shake, la basse de Zasche bondit comme si elle jouait à la marelle.

Echangeant des regards complices, qui font sentir tout le poids du travail et de l’habitude de jouer ensemble, Josiah Johnson et Jonathan Russell travaillent au cœur leurs mélodies comme des artisans travaillent le bois pour en sortir des œuvres d’art (10,000 Weight In Gold). Loin d’être une faire-valoir, Charity Thielen éclabousse le public de son enthousiasme et sait aussi prendre à son compte les parties de chant.

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Cependant il serait injuste de ne parler que de son sourire au charme confondant, car Charity a ce grain de voix irrésistible, légèrement éraillée, et un souffle d’une puissance incroyable, au point de faire de « Rivers & Roads » un gospel incandescent, un torrent de rage et de clarté solaire qui transforme chacun de ses mots en un big bang.

Epuisés mais pas avares de leur musique, les The Head & the Heart reviendront en rappel pour une chanson solo de Russell et les deux derniers hits qu’ils n’avaient pas encore interprété ce soir : Let’s Be Still (« Hey ! A quand le nouvel album ? » demande une groupie. « Ben, il vient juste de sortir et il a le même titre que cette chanson, tu pourrais peut-être l’acheter » répond un Josiah pince-sans-rire devant le groupe hilare) et bien sûr Down In The Valley où Charity fait des merveilles de glissandi sur son violon et le public reprend le refrain en chœur.

Tellement faciles dans leur registre, on se prend à imaginer ce que donneraient les membres du groupe s’ils laissaient chaque personne dans le public demander une chanson. La soirée serait sûrement orgiaque, mais ils en ont largement la capacité. En attendant, le Café de la Danse, comblé, se vide peu à peu de personnes le sourire jusqu’aux oreilles. On n’aurait pas rêvé mieux pour démarrer le printemps.

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Crédits photos :
Paul Thomas Saunders : ©2012 Benoît Barnéoud
The Head and the Heart : ©2014 Bryan Parker

 

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