La Cigale - 04/04/14

Nous avions quitté King Krule en octobre 2011, impressionnés par son court passage au Point FMR, en avant-scène du tout premier Pithfork Festival parisien. Depuis, le jeune homme a pris du galon : avec un premier album largement acclamé par la critique, il revient logiquement en tête d’affiche à La Cigale. à l’écoute y était pour confirmer tout le bien que l’on pensait déjà de lui. Où quand un « gamin » anglais réinvente le jazz, le funk et la pop, pour le plus grand plaisir des kids parisiens…

Thidius

Quand Archy Marshall, leader de King Krule, aime, non seulement il le dit, mais il le prouve. C’est pourquoi il n’hésite pas à embarquer sur ses tournées des groupes « amis », ce qui ne manque pas de jeter un coup de projecteur sur ses invités du moment. Qu’il s’agisse des indispensables Filthy Boy au Trabendo en octobre 2013,  du hip-hop band new-yorkais Ratking auprès de qui il vient de faire un featuring remarqué, ou de Thidius, qui se présente à nous ce soir.

La Cigale - 04/04/14

Le quintette originaire de Londres débarque sur scène avec son jazz mâtiné d’influences pop, électro, funk et world. La voix soul de la jeune Izzy n’est pas sans rappelée Skye Edwards de Morcheeba, et ses mouvement chaloupées ne laissent pas indifférent les jeunes gens chargés de testostérone qui m’entourent.

Si je suis positivement impressionné par la technique de la section rythmique (le chorus du bassiste sur l’un des titres est franchement impressionnant), le ressenti final ne dépasse l’agréable. Cela dit, le contrat est largement rempli pour un groupe qui n’a qu’un EP à son actif et qui n’en revient pas de se produire dans une salle aussi magnifique que celle du Boulevard de Rochechouart. A suivre donc…

King Krule

Après les traditionnelles minutes d’attente du changement de plateau, Archy et ses trois musiciens montent enfin sur scène. Exit la casquette et la parka de 2011, c’est en costume tweed, chemise et cravate à pois que l’Anglais entame Has This Hit. Je retrouve toutefois immédiatement la voix rauque pleine de morgue d’Archibald, la basse aussi souple que précise de James Wilson, le jeu de batterie dynamique et technique de George Bass et le touché délicat du guitariste Jack Towel.

La Cigale - 04/04/14

Si le jeune chanteur n’a pas un mot pour la salle à son arrivée, le public lui exulte dès les premières notes. Les (très) jeunes fans des premiers rangs me surprennent par leur ferveur. On est loin du Point FMR : le groupe s’est trouvé désormais une base solide de fans qui scandent les paroles en tentant d’imiter le chant si singulier de leur héro, au point de le couvrir parfois sur les titres emblématiques que sont The Noose of Jah City ou Rock Bottom.

Dès que le rythme s’accélère, comme sur A Lizard State, la salle s’agite, le parquet de La Cigale se met à rebondir, et des embryons de pogos apparaissent ici et là. J’ai parfois l’impression que l’ambiance est celle que l’on pouvait trouver dans les caveaux parisiens d’après-guerre, lorsque le jazz était une musique vivante… et redoutablement dansante !

La Cigale - 04/04/14

Si la communication avec la salle se réduit au strict minimum entre les morceaux (sinon l’inévitable « bonsoir Paris »), la générosité dans l’effort, comme dise les journalistes sportifs, est indéniable !  En véritable crooner punk, Archy vit ses morceaux de l’intérieur, et en restitue toute la tension que l’on pouvait déjà entrevoir dans les versions studio (Cementality, Baby Blue).

Et lorsque le jeune homme lâche la guitare pour empoigner le micro, il se fait prêcheur : il éructe les paroles de The Krockadile en déambulant comme un possédé sur scène. Mon dieu, quelle présence ! S’il y a bien une chose qui a changé en 2 ans ½, c’est cette capacité à balancer, à emporter son public sans pour autant lui jeter un regard. Il connaît son affaire et cela se voit. Il maitrise parfaitement le petit jeu du « Je t’aime, moi non plus » dans lequel il embarque une salle qui n’en demandait pas tant…

La Cigale - 04/04/14

Même sur des titres moins connus, comme Little Wild (présent sur la version japonaise de 6 Feet Beneath The Moon) ou l’inédit La Luna, la mayonnaise ne retombe jamais. Et moi de jubiler à l’idée de tous ces jeunes gens qui m’entourent, et dont la moyenne d’âge ne dépasse pas la vingtaine, s’éclatent sur une musique pourtant loin d’être évidente.

« Vieux con », dîtes-vous ? Peut-être, mais si vous avez mis les pieds dans un club de jazz, vous admettrez comme moi que l’assistance est assez loin de la meute enflammée qui me cerne à ce moment du concert.

La Cigale - 04/04/14

Que dire enfin d’Easy Easy et Out Getting Ribs ? De pures merveilles qui nous rappellent à la fois le chemin parcouru depuis l’époque où King Krule s’appelait encore Zoo Kid, mais surtout tout ce que l’on peut encore attendre d’un groupe au talent brut indéniable !

Avant d’entamer un rappel famélique (un unique titre…), George tient à préciser que malgré les visages fermés des musiciens, ceux-ci ont, tout autant que nous, apprécié  leur soirée . Remarque loin d’être superflue, confirmée par Archy lui-même qui, au moment de quitter la scène, revient sur ses pas et glissent quelques mots d’amour au public. Accompagnant le geste à la parole, il se fend d’un clin d’œil et d’un sourire des plus charmeur, avant de s’effacer définitivement en coulisse…

La Cigale - 04/04/14

Alors, un brin poseurs les King Krule ? Peut être bien. Mais cela n’enlève rien à l’énergie communicative de leur un concert, un set live qui donne un sérieux coup de jeune au jazz et saura, pourquoi pas, convertir une nouvelle génération à une musique trop souvent perçue comme élitiste.

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Crédits photos : ©2014 Benoît Barnéoud. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.

 

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