Paul Thomas Saunders

Depuis notre première rencontre avec Paul Thomas Saunders au Café de la Danse, on avait pris l’habitude de voir en lui un jeune homme discret, aux airs d’adolescent qui deviendraient probablement sa marque de fabrique. Peut-être était-il dans ses pensées, réfléchissant à la façon dont il souhaitait faire évoluer ses chansons, aux thèmes qu’il avait envie d’explorer, aux mélodies qui le travaillaient. Il envisageait déjà de réaliser un album complet, mais rien ne pressait et il sentait que l’heure n’était pas encore venue.


« A l’époque, on avait tout fait dans notre coin avec les moyens du bord, et finalement nous n’étions pas pleinement satisfaits. » Le Paul Thomas Saunders de 2014 n’est plus le jeune homme doux et réservé que l’on a croisé, on voit dans son regard une fermeté et de la certitude. « Aujourd’hui, nous sommes heureux car nous pouvons vraiment dire que nous sommes arrivés là où nous souhaitions aller. Cet album dit ce que nous sommes. C’est notre profession de foi. » Pas de doute, la carapace adolescente est tombée.

Un an pour rien ?

« Nous avons beaucoup appris depuis Lilac And Wisteria. D’abord nous avons complété notre équipement technique, c’était indispensable pour aboutir aux chansons que nous souhaitions jouer. Et puis rien ne s’est pas passé comme prévu, les chansons n’allaient pas dans le bon sens, et nous avons dû tout recommencer. » Quand un songwriter vous balance comme ça, l’air de rien, qu’il a foutu son premier album à la poubelle juste parce qu’il ne le trouvait pas assez bien, c’est qu’il a de sacrées tripes. « On a tout repris, on s’est mis un peu plus la pression, mais cela nous a fait du bien. »

Après un an de faux départ, Beautiful Desolation est enfin arrivé. Si le titre est un beau paradoxe un peu angoissant, le paysage lunaire en photo ne peut qu’inspirer de la quiétude et de la sérénité. Et pour cause : le titre vient des mots que Buzz Aldrin a prononcés en posant pour la première fois les yeux sur la Lune.

De la beauté du monde

« Nous avions envie de parler de la beauté qu’il y a dans ce monde. Aujourd’hui, ce concept paraît complètement désuet, dépassé par le chaos économique dans lequel nous vivons. Mais il faut absolument la redécouvrir, car elle ne fait que nous entourer, que ce soit dans les objets ou dans les paysages, ou encore dans les émotions humaines. Il y a une certaine beauté dans la tristesse, par exemple. C’est ce que nous avons essayé d’exprimer, le choc que l’on reçoit au visage, l’émotion lorsque nous percevons la beauté des choses. »

On sent que les cieux gris de Leeds ont sacrément inspiré le songwriter pour qu’il cherche partout quelque chose qu’il n’avait pas sous la main. « La seule chose que nous avions envie de faire, c’était de jouer de la musique pour nous évader. C’était assez déprimant, il n’y avait pas vraiment d’avenir et c’était un coin un peu paumé. » Quoi de plus normal alors d’essayer de toucher l’horizon et de rêver d’une autre vie en composant des chansons aux mélodies amples et aériennes ?

Le mieux est l’ami du bien

Dans Beautiful Desolation, on voit bien apparaître quelques nouveaux titres, mais une bonne partie de l’album est cependant constituée de chansons des premiers EPs (Appointement In Samarra, Wreckheads & The Female Form, Santa Muerte’s Lightning & Flare, A Lunar Veteran’s Guide To Re-entry).

Nous n’en avions pas vraiment terminé avec ces mélodies, il y avait quelque chose de mieux à en tirer.

« A l’époque nous manquions de temps et de moyens, nous avons privilégié l’économie. C’est aussi pour cela que nous n’étions pas pleinement satisfaits de ces premières publications. Aujourd’hui elles sonnent totalement différemment, nous avons ajouté des couches sonores pour les muscler, et elles correspondent bien plus au son que nous cherchions depuis toujours : nous souhaitions nous sentir entourés, immergés dans la musique comme dans des tableaux. Il y a à la fois une échelle mélodique très structurée, et par-dessus je travaille beaucoup la technique de ma voix pour tirer la chanson. Il fallait que les chansons suscitent en nous des images évidentes et qu’on se sente soufflé. »

Magnifique désuétude

Quand on demande à Paul Thomas Saunders ses influences, comment s’étonner qu’il parle de deux figures artistiques dont personne ne parle plus aujourd’hui, ou à peine ? « Il y a dans les toiles de Francis Bacon une émotion que je n’ai jamais ressentie ailleurs, même pas dans la musique. La force de ses traits et son travail sur les couleurs me donne des frissons. Mais je ressens une émotion musicale particulière chez Vangelis. Le son qu’il réussit à composer, vaste et ouvert, a déclenché chez moi une véritable obsession pour les textures et la densité sonores. »

Paul Thomas Saunders fait partie de ces musiciens dans lesquels on sent qu’un monde totalement neuf est à découvrir. Peut-être est-ce tout le sens de l’un de ses plus beaux titres de chansons : A Lunar Veteran’s Guide To Re-entry. Oui, ce guide risque d’être nécessaire pour se ré-acclimater au monde actuel tant ce songwriter semble être venu d’ailleurs.

 

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