Sharon Van Etten - Are We There

« You told me the day, that you showed me your face, we’d be in trouble for a long time ». C’est sur ces mots directs et graves que Sharon Van Etten ouvre Are We There, son 4ème et nouvel album à paraître fin mai. A première vue, la chanteuse américaine semble ainsi reprendre naturellement les choses là où elle les avait laissées il y a 2 ans avec le somptueux Tramp. Les paroles nous font en effet immédiatement entendre que la new-yorkaise va une nouvelle fois se mettre à nu et jouer la carte d’une sincérité absolue. Sans filet. Et c’est là une excellente nouvelle, tant l’artiste possède ce don unique du texte vrai et bouleversant. Autre repère immuable, et signature indélébile, la voix, toujours aussi habitée, toujours aussi renversante.

Comment, par exemple, ne pas être totalement submergé par l’émotion qui se dégage de la puissance du chant sur le foudroyant Your Love Is Killing Me ?

Cela étant posé, il apparaît pourtant aussi très vite qu’avec ce nouvel album, la chanteuse ne veut pas proposer un copier-coller de son auguste prédécesseur mais bien nous offrir un disque avec une identité propre attestée. Premier révélateur, côté musique : c’est, fait inédit, sur une mélodie jouée au piano et non juste une guitare que l’album débute. Le piano occupe d’ailleurs une place centrale tout au long des 11 titres, constituant même la clé de voûte de plusieurs morceaux. En plus du piano et des guitares, claviers, cuivres et cordes accompagnent désormais la chanteuse. Et bâtissent un écrin de choix à la voix sublime de la new-yorkaise qui peut décidément tout se permettre. Le recours aux boîtes à rythmes est également appuyé et totalement assumé, conférant à des morceaux tels que Taking Chances ou Our Love un groove qui n’est pas sans évoquer l’univers envoûtant de Sade, période Smooth Operator.

Les paroles ensuite. Au fil des écoutes, on comprend peu à peu que dans ses textes, toujours aussi travaillés et percutants, l’Américaine ne parle plus d’un passé plus au moins lointain, échos de ses 20 ans, et avec lequel elle a pu et su prendre recul et distance. Non, nous sommes ici dans le temps présent, face aux doutes d’une femme qui, à 33 ans, se retrouve confrontée à des choix de femme adulte. Ce parti pris narratif donne aux mots choisis un degré d’émotion sans doute jamais atteint auparavant. Le propos se fait même très crû : « I washed your dishes but I shit in your bathroom » ou « we broke your glasses but covered our asses » lance sans détour la chanteuse. Cash. Le son rock qui pouvait apparaître dans le précédent album a peut-être disparu dans la forme, mais la rage reste bien là, intacte, dans le fond.

Constance absolue dans la sincérité du propos et l’émotion partagée. Mais aussi nouvelles ambitions musicales révélées. En prenant les commandes de son nouvel album (elle est productrice pour la 1ère fois), il est clair que l’artiste a décidé de s’affirmer. Après tout, quoi de plus légitime et même de plus nécessaire ? Mais que les fans se rassurent. Sharon Van Etten reste Sharon Van Etten. L’artiste excelle ainsi ici plus que jamais dans l’écriture de ballades bouleversantes qui vous transpercent dès la 1ère écoute. Les meilleurs exemples : Your Love Is Killing Me bien sûr, mais aussi Tarifa, sans doute le morceau le plus proche des classiques de la chanteuse, ainsi que les 2 somptueux titres piano-voix I Love You But I’m Lost et I Know, dont l’épure et la fulgurance ne sont pas sans rappeler les œuvres les plus poignantes de Shannon Wright.

La suite de l’histoire ? « People say I’m a one-hit wonder, but what happens when I have 2?  » demande d’ailleurs ironiquement la jeune femme dans son somptueux dernier titre, Every Time The Sun Comes Up. Un début de réponse est peut-être apporté par l’artiste elle-même en toute fin de chanson. « Maybe something will change… » C’est sur cette phrase ouverte, lâchée au milieu d’un grand éclat de rire, que se termine en effet Are We There. Faut-il y voir un quelconque présage ? Il est bien sûr encore beaucoup trop tôt pour le savoir.

Et qu’importe l’avenir finalement. L’essentiel se joue au présent. Et le présent s’appelle Are We There, magnifique et bouleversant nouveau chapitre dans le parcours d’une artiste décidément d’exception.

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En concert au Café de la Danse le 28 mai prochain.

 

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