tUnE-yArDs, Café de la Danse, 2014-05-19

Tout en écailles couleur vert pomme, Merrill Garbus démarre le set de tUnE-yArDs a capella. Elle a une voix grave et généreuse, une voix de chanteuse Gospel à laquelle on ne s’attend pas lorsqu’on voit cette blondinette au visage peint apparaître sur la scène. Son énergie envoûte immédiatement. Les bandes blanches et rouges qui forment un mono-sourcil au-dessus de ses yeux clairs lui donnent une allure de chef de tribu guerrière qui va très bien avec sa musique aux airs vaudous.

Seule pendant ces premières secondes de set ouvert par la chanson Rocking Chair, ses deux choristes la rejoigne très vite pour ajouter sur sa voix des couches de chants polyphoniques qui font penser aux chants traditionnels d’Afrique noire, notamment du Kenya. J’ai eu beau chercher dans des interviews qu’elle a pu donné depuis quelques années, dans aucune, je n’ai lu que la chanteuse de tUnE-yArDs avait particulièrement écouté des musiques traditionnelles africaines dans sa jeunesse ou plus tard, pourtant les harmonies, le rythme, les intonations même, tout semble y être.

tUnE-yArDs, Café de la Danse, 2014-05-19

On retrouve dans sa musique des influences aussi bien de ces chants traditionnels africains, ce qui accentue le côté tribal avec lequel on décrit souvent son travail, que de country/folk ou de jazz/soul, le tout dans un emballage électronique contemporain. En somme, tout cela est très hétéroclite.

Originaire de la Nouvelle Angleterre, la chanteuse à la robe poisson a été élevée à New-York puis dans le Connecticut par des parents hippies, une mère professeur de piano et un père employé chez IBM qui lui jouait du violon traditionnel de l’Amérique des années 20 et la berçait aux sons du chanteur de country Ricky Skaggs.

tUnE-yArDs, Café de la Danse, 2014-05-19

Cependant, elle raconte dans une interview pour Pitchfork en 2011 à propos de son album Whokill qu’en entendant le groupe de son bassiste Nate Brenner enregistrer à Oakland au moment où elle préparait son propre deuxième, album elle a eu envie de mettre un peu plus d’esprit « Fela Kuti » dans ses morceaux.

Nate Brenner a lui-même co-écrit avec elle plusieurs morceaux sur son album de 2011, Whokill. Il arrive lui aussi dès le milieu du premier morceau. Il alterne entre guitare basse et table de mixage et assure clairement un rôle central dans la rythmique de cet ensemble sans batterie où la plupart des percussions sont assurées par Merrill elle-même soit directement soit par le biais de boucles qu’elle enregistre et superpose avec une aisance déconcertante.

Le set sera composé de plusieurs morceaux de son troisième album Nikki Nack, sorti le 6 mai 2014, mais se terminera sur le tube de son opus précédent, Bizness, où elle exprime encore son besoin d’exister et de vivre, suppliant d’un « Don’t take my life away ».

tUnE-yArDs, Café de la Danse, 2014-05-19

Rappelée par les acclamations du public du Café de la Danse composé ce soir d’un grand nombre de jeunes américains, probablement en raison du fort succès outre-atlantique Whokill (13ème meilleur album 2011 selon le Rolling Stone Magazine), elle jouera encore deux chansons avant de se retirer.

Quand Merrill Garbus arrive sur scène au tout début du concert alors que je suis juste devant la scène, j’entends dans le public juste à côté de moi « She’s not wearing shoes. She’s so cool ». C’est exactement ça tUnE-yArDs en live, c’est une chanteuse cool qui n’a pas peur du public, qui est là pour la musique, pour s’exprimer pour nous insuffler un peu de son esprit de liberté.

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Crédit photos : ©2014 Julien Duclos. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.
 

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