Breton © B. Barnéoud

Ce soir, j’ai rendez-vous avec 2 collectifs artistiques. Le premier est anglais d’inspiration surréaliste et le second, français d’inspiration vomi-conformisme. Le festival des Nuits de Fourvière affiche complet, les gradins du célèbre théâtre antique débordent d’une foule underground et contestataire… Mon tympan gauche est déjà éclaté, faites que je ne perde pas le second entourée de ces auditeurs qui scandent déjà les paroles de leurs idoles, avant même que le spectacle ne commence.

Breton

Le festival s’ouvre sur le concert de Breton, collectif pop-rock-électro britannique, désormais exilé à Berlin Est dans un ancien bureau de la propagande communiste. Ils y ont récemment écrit War room stories, en référence à Churchill, lorsqu’il était en exil dans son bunker londonien durant la guerre froide : une sorte de référence. Ils sont emmenés par un Roman Rappak super frangé, qui, entre deux chansons, s’exprime dans un français remarquable, introduisant une certaine complicité avec son public français.

L’espace d’un instant, on se croirait devant les Foals, tellement la ressemblance est troublante. Leurs tenues, bardées de croix blanches, rappellent leur soutien aux intermittents du spectacle. Mais Breton, c’est avant tout un nom emprunté au célèbre poète surréaliste français André Breton. Et dès les premiers instants, on reconnaît leur prodigieux manifeste en se laissant envoûter par ces accords frénétiques et ces déchirements abrupts, sur fond d’un cœur électro bien maîtrisé. Ça pulse à tour de super-excitant !

Breton © B. Barnéoud

 

Au final, je me souviendrai surtout du beat-maker, Daniel McIlvenny, dont la danse dégingandée nous invite à malaxer le genou de façon hyper-gesticulée. Pour ceux qui ne se revendiquent pas comme de véritables musiciens, mais avant tout des artistes pluridisciplinaires dont la musique est un simplement moyen de marquer les esprits, une chose est sûre : la scène, ils l’ont et ils la maîtrisent parfaitement ! Un véritable cadavre exquis, dégusté en caviar plus qu’exquis…

FAUVE ≠

En seconde partie, c’est aux parisiens de FAUVE ≠ de monter sur scène, eux dont les concerts affichent complet partout où ils se produisent. Ces « Vieux frères », comme ils aiment à s’appeler, apparaissent le visage volontairement caché par la pénombre. Des gens bien éduqués et bien nés, qui ont finalement tout plaqué il y a à peine 2 ans pour vivre pleinement leur musique. Leur style cathartique restitue ce douloureux réveil, celui d’une génération « Y » somme toute banale, qui a souffert de ne pas prendre suffisamment tôt leur vie à contre-courant.

Leur hymne est sur-révolté et leur crédo vomit le bien-pensant issu de la culture mainstream. Ils ne font ni du slam, ni du rap, mais ont leur propre style : le spoken-word ! Une sorte de complainte poétique à la métrique parfaitement rodée, sans aucune erreur de diction (chapeau !). En somme, des kilomètres de slogans pleins de rage, de dégoût et d’amertume, nous laissant entrevoir à l’issue ce fol espoir de vivre ! Les phrasés sont certes acides et parfois cinglants comme le « blizzard », mais leur apologie positive. Ils rappellent ainsi que, derrière cette « merde » ambiante, le réveil collectif est bien possible.

Fauve

Les projections sont crues, fortes et inspirées et la pléthore d’injures, qui se juxtaposent, ne laisse pas de répit à un demi-soupir. Depuis De ceux, la foule debout sur les gradins, se ralliant à leurs paroles fédératrices, co-récite ces chants à l’unisson ; comme pour rappeler ces vérités dérangent et cette aspiration qui brûle en chacun d’entre nous d’être des libres pensants. Ces petits bourgeois ratés seraient-ils les héritiers de Noir Désir ? De fait, ils en ont la rage et les paroles acerbes, mais surtout ce désir sombre de dire à la honte, à la mort et à la haine : « Va te faire enculer » !

Et désormais, sous cette voûte étoilée, ce ne sont plus les Nuits de Fourvière, mais les Nuits  Fauves ! La foule s’esbaudit et les musiciens recueillent tous les suffrages. Une pluie de coussins s’élance en direction de la scène, telle une sincère ovation ! Ça y est, j’ai perdu mon 2e tympan. Les paroles résonnent en écho, mais qu’importe… Ces deux groupes ont réveillé une partie de ma conscience, je ne regarderai plus mes jours de la même façon !

Charlotte

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Crédit photos :
– Breton @ Point FMR : ©2012 B. Barnéoud
– FAUVE ≠ : © Page facebook FAUVE ≠
 

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VOS COMMENTAIRES
HUM
LE 19/06/2014 À 21H32

Hum.. A l’écoute qui défend Fauve et Breton, heu.