Tijuana Panthers

Samedi soir au point éphémère. Alors qu’il fait encore grand jour sur les bords du canal Saint-Martin, nous sommes peu nombreux réunis dans la salle de concert sombre du bar des anciens docks. Plongés dans cette ambiance industrielle, le groupe Tazieff qui entame le premier set de cette soirée ne rencontre aucune difficultés à nous emmener tout droit dans le nord de l’Angleterre, quelque part entre la fin des années quatre-vingts et le début des années quatre-vingt-dix.

Tazieff

Quoique moins sourde que celle du chanteur des Joy Division, la voix grave de Christophe Moinard (chant/guitare) n’est cependant pas sans rappeler celle d’Ian Curtis. Ajoutez à cela une basse omniprésente et la comparaison devient évidente. On a parfois même l’impression qu’il y en a deux des basses, tant l’un des deux guitaristes qui composent le quatuor semble utiliser son instrument quasiment comme une basse.

Tazieff

L’écoute du set de Tazieff révèle néanmoins une multitude de références principalement ancrées dans le rock des années 90. La partie de chant m’a parfois rappelé des groupes comme Deus ou Aaron, ce groupe dont le principal tube avait été révélé par la BO du film Je vais bien, ne t’en fais pas. Sur scène, ils misent surtout sur l’intensité de leur son ou sur des montées en puissance enivrantes comme par exemple sur le titre Multiply tiré de leur album éponyme (sorti à l’été 2012) qui démarre sur une guitare grelottante posée sur une noire section rythmique pour évoluer petit à petit vers un refrain plus brillant avec des riffs de guitare à la Radiohead et finir en quasi hard rock après le break.

Tazieff

C’est seulement après ce morceau, 3ème du set, qu’ils se présenteront brièvement. Les quatre membres de Tazieff ne sont pas du genre à raconter leur vie sur scène. De ce qu’on en sait, ils ont commencé à travailler ensemble en 2010 dans un studio de répétition de Gennevilliers et c’est sans doute leur sélection en 2012 par le programme Träce du réseau 92 qui leur vaut leur succès naissant actuel.

Tazieff

Le reste du set s’enchaînera de manière fluide sur fond d’images urbaines.  Des immeubles, des autoroutes, un carrousel apparaissent projetés derrière eux en noir et blanc. Quelques titres remarquables comme My Dodgy Liver au refrain enragé ou encore A Million Why qui comprend de jolis moments où deux voix se croisent. Un groupe à ne pas rater si vous aimez le rock solide en clair-obscurs.

Tijuana Panthers

Changement de cap intégral avec les Tijuana Panthers arrivés tout droit de Long Beach, Californie. Yeah !!! Signé sur le label Innovative Leisure qui compte parmi ses protégés entre autres le surdoué Hanni El Khatib et les psychédéliques Thee Oh Sees, le trio de Los Angeles joue à ses débuts plutôt dans la cour du surf-rock, fidèle à ses origines géographiques. Avec leur dernier opus sorti en juin 2014, Wayne Interest, émergent des influences plus punk, voire new-wave, ce qui leur vaut aujourd’hui d’être parfois qualifié de groupe Beach-punk. Un chouette mélange.

Tijuana Panthers

A les regarder, le rock’n’roll ça parait très simple. Une guitare, une basse, une batterie, deux chemises à carreaux, des paroles légères qui traitent de coucher de soleil et de filles et roulez jeunesse ! Aussi décontractés que s’ils étaient à la plage, ils démarrent leur set sur deux titres de leur nouvel album, Four horsemen suivi de l’excellent Cherry Street, deux titres très « anglais » dans le style, chantés par leur batteur, Phil Shaheen, et sa voix d’adolescent énervé. Ils reprendront d’ailleurs avec talent en milieu de set un morceau des Buzzcocks, un groupe de punk-rock anglais des années 70, Everybody’s Happy Nowadays.

Tijuana Panthers

Leur set n’oublie pas de rendre hommage aussi à leur album plus garage de 2013, Semi-Sweet, dans lequel on entend davantage la voix du guitariste, le blondinet moustachu Tchad Wachtel, avec les chansons Tony’s song ou Wall Walker. Dan Michicoff, le bassiste le plus souriant de l’histoire du rock, chante lui aussi. Il intervient notamment sur la chanson Push over, une autre pépite de l’album Semi-sweet dont la mélodie a tendance à rester incrustée dans la tête des heures après l’avoir écouter. Il a un drôle de style de jeune homme bien coiffé avec sa chemise à manches courte et tient sa basse comme une guitare (l’inverse du guitariste du groupe précédent qui jouait de la basse avec sa guitare !).

Tijuana Panthers

La plus rétro de leur chanson reste Boardwalk où la voix du bassiste prend des intonations à la Elvis Presley, ponctué par les petits cris aiguës. Ne manquez pas d’écouter aussi la version studio de la chanson où les deux autres font des chœurs en scandant « Booooard boooardwalk ».  Avec des chansons certes courtes  (souvent moins de 4 minutes), les Tijuana Panthers joueront tout de même 19 morceaux pour finir sur deux chansons de leur premier album, Max Baker, sorti en 2010 et nommé d’après le nom de leur voisin qui a d’ailleurs aussi donné son nom au groupe lorsqu’il leur a offert une petite panthère en céramique.

Si ça n’était pas leur premier concert parisien, c’est cependant la première tournée française des trois Californiens : voilà qui nous laisse espérer un retour rapide dans la Capitale. On a déjà hâte !!!

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Crédit photos : ©2014 Julien Duclos. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.

 

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VOS COMMENTAIRES
SUSANNE
LE 27/06/2014 À 17H09

Plaisir de lire ce publication. Dans l’ensemble c’était une soirée bien réussite (comme les photos de Julien).