Mr-Bramwell-2

Seconde partie de notre interview fleuve d’Oddfellow’s Casino.

Tu as collaboré à plusieurs reprises avec Andrew Phillips de Grasscut. Y a-t-il beaucoup d’échanges entre les musiciens de Brighton ? Peut-on parler d’une scène « brightonnaise » ?

Oui, tout à fait. J’ai collaboré avec de nombreux musiciens depuis que je suis installé ici. J’ai effectivement participé aux albums d’Andrew, y compris le prochain qui devrait sortir en fin d’année. Simon Jones, le bassiste de Stereolab, a enregistré la batterie et la basse sur notre deuxième album, Winter Creatures. Grâce à Simon, j’ai fait la connaissance des Fujiya & Miyagi avec qui j’ai travaillé par la suite… La plupart des membres d’Oddfellow’s Casino font eux-même partie d’autres groupes. Il y a en permanence des échanges entre les musiciens, des participations aux projets des uns et des autres, tout cela forme une véritable scène.

Et si il y a vingt ans, cette scène était très influencée par le psychédélisme, la modculture, les 60’s et la britpop, aujourd’hui les styles sont beaucoup plus diversifiés. Sur certains titres de Grasscut, je peux discerner de la musique classique, façon Benjamin Britten, mélangé à une pointe de house music, d’électro des années 80 ou d’electronica d’avant-garde. Et j’adore ça ! Les groupes ne sont plus tributaires d’une mode ou d’une autre. Tout est beaucoup plus fluide !

Et justement, comment fais-tu pour travailler avec les musiciens qui t’accompagnent sur Oddfellow’s Casino ? Est-ce un travail de groupe ou es-tu une espèce de despote ?

[rires] A chaque nouvel album, je me dis que l’on va écrire les chansons tous ensemble, que le résultat sera un travail communautaire, mais cela ne se passe jamais comme ça. Pas parce que je suis un despote, mais plus par manque de temps et de disponibilité. Lorsque je m’assois pour écrire une chanson, j’ai envie d’entendre la basse. Je prends alors une basse et je me mets à jouer, ce qui me donne des idées pour la guitare et le clavier. Et ainsi de suite… Et finalement le morceau est là ! J’ai donc tendance à écrire la plupart des parties, à l’exception de la batterie et des vents. Mais je suis évidemment ouvert aux propositions des autres membres du groupe !

Le passage à la scène apporte d’ailleurs de nouvelles idées qui amène une certaine frustration. Je me dis souvent : « Pourquoi ne pas avoir enregistré le morceau comme cela ? » Mais c’est une saine frustration, elle t’oblige à réinventer le morceau avec un nombre limité de musiciens : la trompette réinterpète une partie de clavier, la flute se substitue à un moog… Cela rend les choses tellement intéressantes !

Vous n’avez jamais eu envie d’enregistrer un album live ?

Nous l’avons fait il y a quelques années. Nous avions interprété The Raven’s Empire avec un orchestre d’une cinquantaine de musiciens. Un concert incroyable que nous avions enregistré sur un seize pistes mais qui nécessiterait beaucoup de post-production avant de pouvoir le sortir. Nous avions fait un gros travail d’orchestration avec Andrew : les morceaux s’étiraient en longueur pour laisser la place aux instruments…Cependant, une fois enregistrée, tu te rends compte qu’il y a pas mal de soucis de justesse. Ce qui est acceptable sur scène ne l’est pas forcément sur disque. Mais tu fais bien de m’y faire penser, il faut vraiment que je prévois de m’en occuper ! [rires] En dehors de cela, nous n’avons pas d’autres enregistrements live. Nous avons joué l’an dernier à Rennes : je regrette que le concert n’ait pas été enregistré…

Vous avez choisi un petit label français, Microcultures, fonctionnant grâce au financement participatif, pour le lancement de The Water Between Us. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Nous avons toujours eu un bon accueil en France, que cela soit dans la presse ou sur scène. Et nous nous sommes dit qu’un label français permettrait de capitaliser sur cet attachement à notre musique. J’ai donc posté une annonce sur Facebook et un journaliste nous a conseillé de contacter Microcultures. Par ailleurs, j’ai publié la semaine dernière un livre sur mes voyages, No9 Bus to Utopia, financé grâce au crowdfunding. J’ai beaucoup aimé le principe et j’ai eu envie d’y faire également appel pour l’album.

Microcultures répondait donc à ce double objectif : nous assurer une présence en France et permettre un financement participatif. Cela dit, nous avons également un label ici à Brighton, At The Helm, qui va nous accompagner pour la distribution en Europe et aux Etats-Unis. L’idée est de les faire travailler ensemble pour avoir la meilleure visibilité possible.

Est-ce que tu peux nous dire un mot du reste du groupe ?

Bien sûr ! Paul, notre bassiste, joue dans le groupe psyché rock Bevis Frond. Dan, notre guitariste et claviériste, fait partie de The Dead Celebs, un groupe de hard rock. Jim, notre batteur, joue dans plusieurs formations de jazz. Eliza, notre chanteuse et flutiste, est une folk singer. Alistair fait également partie de plusieurs groupes dont Crayola Lectern.

C’est vraiment un bonheur de jouer avec tous ces musiciens qui viennent d’horizons différents et qui sont de bien meilleurs musiciens que je ne le suis. Je me trouve dans cette situation délicate où je suis le plus mauvais instrumentiste du groupe [rires] C’est vrai ! Lorsque je joue un nouveau morceau à Dan, il s’assoie derrières le piano après une seule écoute, reprend parfaitement ma trame en y ajoutant ses propres idées qui sont toujours excellentes…

Pour finir, à quand une tournée française ?

Malheureusement, ça n’est pas prévu pour le moment. Entre la parution de mon livre la semaine dernière et la sortie de l’album le mois dernier, je n’ai pas eu le temps de penser à d’éventuels concerts. At The Helm aimerait que l’on organise une tournée cet automne, donc il y a des chances que l’on s’y attelle d’ici un mois ou deux. J’espère vraiment que l’on pourra jouer à Paris et en France en fin d’année… Nous sommes toujours bien mieux accueillis lorsque nous tournons à l’étranger que dans notre propre pays !

Généralement, nous tournons à six, avec des trompettes, des clarinettes, des flutes, un harmonium, un moog, des claviers, des guitares, une batterie et des percussions… C’est le minimum vital pour respecter la complexité des morceaux sur scène, mais cela demande toute une logistique pour pouvoir prendre la route tous ensemble.

—–

Merci à David pour sa disponibilité et à Jean-Charles de Microcultures d’avoir rendu cette interview possible.

 

Tags :

VOS COMMENTAIRES
Les commentaires sont fermés pour ce billet