Phox @ Le Pop Up du Label

Il ne vous aura sûrement pas échappé que nous sommes arrivés à cette période bénie des enseignes de grande distribution et pas forcément très appréciée par les enfants ni par les enseignants : la « rentrée ». Chez à l’écoute, on aime l’école buissonnière et les chemins de travers. Cependant il faut vous avouer que l’on salivait un peu à l’idée de cette rentrée, car elle annonçait notre première rencontre officielle avec l’un de nos coups de cœur de cette année, Phox et leur melting pot de folk, soft-rock et soul.

Juniore

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’assister à un concert en se tenant côte à côte avec un grand écrivain français, Prix Nobel de littérature de surcroît. En effet, les Juniore, jeune quintette 100% féminin made in France, bénéficiaient d’un auditeur de choix en la personne de Jean-Marie Gustave Le Clézio. Aime-t-il l’énergie, la nervosité, la tension dégagées par leur surf-rock marqué au fer rouge par les années 60 (guitare électrique pour la réverb, guitare acoustique pour la mélodie, et claviers pour le reste) ? Ou leurs textes brodés autour des affres sentimentaux des jeunes filles en fleur ?

Juniore

Les Juniore ont l’air d’avoir la tête sur les épaules et de ne pas chercher à attirer l’attention des autres en singeant désespérément de vieux modèles. Dommage que la voix évanescente de la chanteuse se retrouvât noyée par les instruments. Dommage également que les Juniore aient choisi de rabâcher leurs accords au lieu d’étoffer leur registre musical. On aurait aimé une certaine prise de risque, comme elles ont su le montrer à la fin du set avec des chansons plus structurées, des mélodies plus claires.

Cher JMG, nous vous vouons une admiration sans borne, et nos phrases vont vous paraître bien pauvres au regard de votre style. Mais permettez-nous de nous quitter bons amis et de rester circonspects sur vos nouvelles protégées.

Phox

Heureusement l’amertume n’a qu’un temps et en montant sur scène pour faire résonner les premières notes de 1936, les Phox ont tout de suite amené de l’apaisement. Une montée chromatique en polyphonie cédant la place à un folk léger, le set n’aurait pu commencer de meilleure façon. Mais Monica Martin et sa bande ne sont pas du genre à se laisser labelliser comme des poulets élevés en batterie et à se cantonner à un genre musical. Le sextuor sait pratiquer l’art des courants d’air et de la musique cultivée en liberté.

Phox @ Le Pop Up du Label

Sur Leisure, ballade soul à la mélodie claire-obscure, Monica fait merveille de sa voix gracile. Visiblement heureux d’être à Paris, les Phox se confondent en remerciements pour la foule présente, et savent jouer sur la corde sensible des Français en louant notre gastronomie. Mais on sent chez eux une sincérité non feinte, à l’image de leurs chansons qui respirent le bonheur de vivre. Comme sur Evil avec les vocalises de Monica secondée par le claviériste et le bassiste, où bugle transforme du tout au tout un titre folk en un joli moment de pop de chambre.

Phox @ Le Pop Up du Label

Phox trompe son monde sur Satyr And The Faun en calmant le jeu, là où l’on pensait qu’ils allaient accélérer et passer en mode country façon Mumford & Sons, ou sur Noble Heart avec un clavier à la limite des arpèges mozartiens, une guitare électrique sobre et une guitare acoustique qui prend le solo avant de laisser la place au bugle pour passer encore la vitesse supérieure. Alors que la chaleur monte d’un cran sur la toute petite scène du Pop-Up, Monica emporte définitivement l’adhésion de la salle – si elle avait encore un doute – en craignant que son maquillage ne donne des signes de fatigue et de ressembler à Jabba the Hutt.

Phox @ Le Pop Up du Label

Le groupe montre alors la vraie spécificité de son talent en enchaînant avec Kingfisher et ses petits trilles : chaque instrument joue une partie qui n’aurait que peu de sens si elle n’était pas rejointe par les autres. Ce système de composition en couches permet de pousser vers les cimes la voix enchanteresse de Monica. Le groupe amorcera alors la descente vers la fin du concert avec le titre Slow Motion, petite bombinette à l’optimisme ravageur et véritable single de leur album. Pour finir, Monica s’emparera d’un ukulélé pour chanter en solo Calico Man et donner quelques secondes de répit à ses compagnons avant de finir en beauté sur Raspberry Seed.

Répondant à toutes nos attentes, Phox est bien le représentant que l’on attendait d’une melting pop lumineuse et rafraîchissante comme le soleil du matin. Les rater lors de leur retour à Paris en novembre serait un crime. Et l’on ne peut que souhaiter avoir leur nouvel album dans un futur pas trop lointain.

Setlist :

1936 / Leisure / Evil / Satyr And The Faun / Noble Heart / Kingfisher / Slow Motion / Blu / Calico Man / Raspberry Seed

Bonus

On vous invite à regarder la session réalisée par l’ami Sébastien du Bruit des Graviers : sublime !

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Crédit photos : ©2014 B. Barnéoud. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici
 

 

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