Depuis que les amis du Café de la Danse ont lancé il y a quatre ans l’idée d’un petit festival au charmant nom d’Eldorado Music Festival, on a vu défiler dans cette belle salle quantité de groupes participant au renouveau du folk de ces dernières années : Ron Sexsmith, Stranded Horse, Swann, Peggy Sue, Laura Marling, Warhaus, Uncovered QOTSA… Pour cette année, l’équipe du Café de la Danse a encore choisi une programmation éclectique, mêlant quelques nouvelles têtes du folk à des noms plus électriques. C’est ainsi qu’après une première date dédiée aux déflagrations sonores du label Born Bad, cette deuxième soirée du festival permettait de revenir aux basiques avec les Français de Coming Soon et les impeccables New-Yorkais de Woods.

Coming Soon

Ils ont bien changé, nos Coming Soon, depuis leurs débuts. Le batteur Joe Bear Creek avait à peine 15 ans et passait pour un petit Mozart du poum-poum-tchak. Les autres membres n’étaient guère plus âgés, mais on sentait bien que ces petits nouveaux venus d’Annecy avaient un talent particulier.

Quand ils montent sur scène ce soir, exit les stetsons et l’ambiance folk du premier album ! Place aux t-shirts délavés hérités des raves des années 90. Venus défendre leur nouvel album Tiger Meets Lion aux sonorités pop et dansantes, les Coming Soon débutent bille en tête avec Santa Monica, petite bombe énergétique.

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Enchaînant avec le morceau-titre de leur LP Tiger Meets Lion (très marqué années 80 avec ses guitares fuzzées), le chanteur Howard Hugues, 2 mètres sous la toise, tient à peine en place : comme un lion guette les antilopes, il commence déjà à faire le tour de la fosse et à aller chasser les spectateurs collés à leur siège. Ceux-ci commencent un peu à se dérider et le groupe lance The Night Stephanie Died. On se surprend alors à penser que ce mélange de guitares en boucles, de nappes de synthés et de basse lourde commence étrangement à faire des gars d’Annecy les hérauts d’un certain rock prog des années 2010, confirmant l’énorme appétit et la curiosité de ces musiciens touche-à-tout que rien ne semble arrêter.

Le groupe enfonce le clou dans Terrella, un titre où la basse rebondissante de Billy Jet Pilot impose un rythme infernal aux guitares, soutenues par des chœurs hululant. Le vrai moment émouvant du set viendra alors sans prévenir d’une reprise glaçante et aérienne du tout nouveau single de Leonard Cohen, Almost Like The Blues. Pas impressionnés pour deux ronds, les Frenchies s’attaquent avec brio à une chanson programmée en radio depuis quelques jours à peine et en font la bande-son parfaite d’un film de Tim Burton avec ces guitares désarticulées, cette batterie pesante et cette basse implacable.

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Après un nouveau titre instrumental (Silent World), les Coming Soon abordent la dernière partie de leur set tout schuss, comme si tout ce qui avait précédé n’était qu’une montée de cordée pour arriver à un moment de glisse hédoniste. Gonflé à bloc, le groupe se lance avec LWL, autre titre du nouvel album, dans une pop enivrante en passant la voix de Hugues au filtre auto-tune. Il faut bien reconnaître qu’avec ce petit gadget, le chanteur gagne un supplément de vitalité loin d’être déplaisant, et participe encore plus à l’humeur dansante qui anime les Coming Soon ce soir.

Enfin, après un titre du guitariste Alex figurant sur son projet solo, Step Into The Light, le groupe conclut avec Vermilion Sands, titre effervescent avec un petit arrière-goût de Depeche Mode pas désagréable, qui achève le set en beauté. Les Savoyards ne seront probablement jamais aussi flamboyants sur scène qu’un groupe qui écrit des tubes au kilomètre, comme les Two Door Cinema Club, par exemple. Mais ils prouvent, disque après disque, que leur talent protéiforme peut s’autoriser de grandes choses, et c’est bien ce qui fait leur charme.

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Setlist :

Santa Monica / Tiger Meets Lion / The Night Stephanie Died / Terrella / Game / Almost Like The Blues (Leonard Cohen) / Silent World / LWL / Step Into The Light / Vermilion Sands

Woods

Est-ce parce que la mise en place de leurs instruments sur scène a pris plus de temps qu’à l’accoutumée que les Woods ont paru un peu crispés au moment de débuter ? Habituellement d’une grande ponctualité, le Café de la Danse avait exceptionnellement ouvert en retard. En outre, le plateau avait dû être intégralement changé et remonté entre les deux groupes, occasionnant une petite grogne dans les rangs des fans de folk flower power.

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De fait, Jeremy Earl et ses comparses avaient la mâchoire un peu serrée en montant sur scène, et n’ont quasiment pas décoché un mot durant toute leur prestation. Mais le public venu en masse a su se détendre sitôt les premières notes retenties. Sortant leur 6e album déjà, With Light And With Love, les Woods sont probablement l’un des groupes les plus prolifiques de ces dernières années, qui plus est dans un registre folk plutôt embouteillé comme l’A6 un matin aux abords de Paris.

Mais la grande force des Woods, c’est le renouvellement dans la continuité. A l’instar de leurs modèles Crosby, Stills Nash & Young, Jeremy Earl et Jarvis Taveniere ont un talent inouï pour trousser des mélodies d’une grande fluidité sans jamais rabâcher d’une fois sur l’autre. Le set comprendra donc de magnifiques perles comme Moving To The Left, New Light et Leaves Like Glass. Ce sont également des musiciens au talent exceptionnel, comme ils ont pu le montrer sur le morceau-titre du nouvel album.

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Avec son t-shirt un peu troué et d’une banalité confondante, son pantalon de toile basique, ses lunettes et sa barbe fleurie, Earl a tout l’air du hippie descendu du plateau du Larzac. Mais en le voyant en tongs actionner sa pédale wah-wah et faire de sa guitare électro-acoustique une arme de destruction massive, il devient bien plus que cela et le public ne retient pas sa joie. Les autres membres du groupe ne sont évidemment pas en reste.

Taveniere fait feu de tout bois sur sa Gretsch, Neveu joue les élèves modèles derrière ses fûts tout en manœuvrant parfaitement les changements d’ambiance. Enfin, le remplaçant du prodige Kevin Morby – désormais parti sur sa carrière solo – donne une assise incroyable grâce à sa basse lourde.

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Le groupe assurera le service minimum et ne donnera pas de rappel mais nous laissera avec des étoiles plein les yeux, comme sur Shining en se lançant dans une intro digne des meilleurs moments du hard des années 70. Du hard pour introduire du folk ? Oui, les Woods sont décidément les derniers héritiers de la grande tradition du rock hybride pratiqué par les CSNY, Neil Young & Crazy Horse ou les Creedence Clearwater Revival, qui n’ont engendré que des chefs d’œuvre du rock.

Un jour, Woods sera dans cette constellation, vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus.

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Crédits photos : ©2014 Rory O’Connor

 

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