Chez à l’écoute, vous commencez à nous connaître, on aime bien les artistes à part. Peut-être parce qu’ils ont les coudées plus franches pour créer en toute liberté la musique qu’ils veulent ? La France regorge de talents appartenant à cette scène parallèle, que nous avons pu rencontrer au fur et à mesure de nos pérégrinations. Les 49 Swimming Pools sont de ceux-là, eux qui se qualifient non sans humour de « groupe aux super chansons qui ne passent jamais à la radio ».

Lors de l’édition 2013 de l’Eldorado Music Festival au Café de la Danse, les Ligériens nous avaient fait forte impression avec d’une prestation dense, mêlant savamment mélodies riches et rythmique tantôt musclée, tantôt aérienne. Et lorsque nous leur avions proposé de participer à Vauxhall And Us, ils nous avaient répondu oui sans hésiter, alors qu’ils étaient en plein enregistrement de leur nouvel album. Rien que pour cela, nous aurions amèrement regretté de ne pouvoir assister à ce concert de lancement de Songs Of Popular Appeals.

Au cours de ce concert qui verra défiler la plupart des titres du nouvel album et une poignée de chansons plus anciennes, le public des Trois Baudets aura également le plaisir de réentendre des chansons en rodage live depuis plusieurs mois. « Shiver Shiver », « Diego – Half-Man Half-Horse », « I Eat Your Fire »… D’ailleurs le set débutera avec le radieux « The Bright Light (She’s The Only) » – tout un symbole pour le groupe qui montrera tout au long de la soirée une énorme envie de s’ouvrir au public.

Rapidement, Emmanuel Tellier trouve sa place de Monsieur Loyal. Evidemment, la configuration du concert quasiment en famille aidait un peu, mais quel chemin parcouru depuis le 2e album et la première partie de The Apartments il y a près de deux ans ! Le groupe enchaîne alors avec « Oceans », son introduction en chausse-trappe, sa condensation de trois thèmes musicaux en une chanson, les roulements de caisse claire de Fabien, et l’énergie chorale qu’elle dégage. Le quatuor s’en servira d’ailleurs en conclusion du set lors de l’expérience de collective singing qui sera filmée.

Détendu et disert, Emmanuel multiplie désormais ses interventions, racontant de petites blagues sur ses coreligionnaires. Il amène ainsi le premier vrai single de l’album, « I’m The Driver », qui a le charme des parfaites chansons de rock indé, de Prefab Sprout à Blur, avec sa basse moelleuse et sa partie de guitare cristalline. Après un passage par l’EP disponible en bonus dans l’album (« Lovers »), place à la passe d’armes entre le clavier et la guitare sur le rythme ternaire de « Mary Queen Of Scots ». Toujours aussi chirurgical, Fabien gifle ses cymbales et réussit à garder ses frappes légères. Puis ils lâchent la petite bombinette « A Notebook At Random » et son refrain d’une tristesse insondable sur la séduction perdue. Etienne tient son riff de guitare bien harnaché, comme un pur-sang qui rue dans les brancards mais ne rechigne pas à se laisser faire.

Pour calmer un peu le jeu, les « Piscines » passeront à la douceur de « Shiver Shiver », petite valse triste où Fabien remplace la batterie par l’accordéon, puis à « Train And Bathers », posé par les accords fantomatiques d’Etienne à la guitare. On arrive au milieu du set est c’est le moment que le groupe choisit pour sortir de sa manche la surprise de la soirée, car ce n’est pas un album que le quatuor a enregistré mais a priori deux, les sessions de Songs Of Popular Appeal s’étant avérées fructueuses. « Keys In A Hole » s’inscrit dans le sillon du rock mélodieux du quatuor, qui poursuit la découverte de son nouvel album avec « From The Rooftops », miracle de composition pop languide, et « I Eat Your Fire », où Samuel et Etienne jouent aux montagnes russes entre les montées et les descentes sur leurs Fender respectives.

Sans prendre plus de temps, le groupe revient à l’un de ses titres les plus entraînants présents sur The Wonderful Life And Death Of Tim Lester Zimbo : « Automatic Love », qui sera couplé à un extrait du nouvel album, « All Metal And Glass, This City Stands ». Le groupe prouve ainsi à ceux qui en doutaient encore que son amour des mélodies limpides n’empêche pas de bâtir des structures rythmiques aussi ébouriffantes que le galop d’un cheval d’Anatolie. Enfin, en guise de conclusion après un repos bien mérité, le groupe reviendra à son précédent album sur « Is It A Blessing Or A Curse ? » avant l’autre single du nouvel album, « Diego – Half-Man Half-Horse », titre préféré du bassiste Samuel, aux faux airs hispanisants mais véritable cavalcade qui donne une irrépressible envie de taper du pied.

Après une courte pause, le groupe reviendra pour un rappel calme, tranchant littéralement avec l’ambiance électrique des chansons précédentes. A la faveur de ce nouvel album, les 49 ont ouvert en grand les fenêtres de leur setlist et laissé l’air frais entrer. A quelques exceptions près, il est vrai que le concert a surtout comporté de nouveaux titres, c’est pour cela qu’Emmanuel semble particulièrement heureux de lancer l’un des titres du premier album, « The Goodbye Song », léger comme une bulle de savon. « Snow Grass Apple » viendra compléter le tout avec ses notes de guitare en suspension, à la façon du « Blackbird » des Beatles.

Puis, comme un retour à leur période de prédilection, et parce que « c’est toujours bien de finir par une reprise », les quatre membres feront honneur à l’un des parangons de la pop des années 80, Rod Stewart. Entre leurs mains, son plus grand hit, « Do You Think I’m Sexy », revêt une mélancolie qu’on avait du mal à percevoir dans sa version testostéronée d’origine. Muni de son accordéon, Fabien transforme la chanson du tout au tout, avec sa phrase mélodique au son si triste. Et si finalement les 49 Swimming Pools était le plus français des groupes biberonnés au rock anglo-saxon, se posant dans la lignée des Bashung et Higelin ?

Pour conclure cette soirée sur un air de fête, les 49 Swimming Pools invitent le public à participer à une version collective de leur titre « Oceans ». Faisant de la chère Nathalie Réaux (Pagan Poetry) la professeur de chant d’un soir des Trois Baudets, le groupe rassure les participants pour que leurs voix se désengorgent, et livrent une belle version plein d’entrain de cette chanson aux multiples facettes. La salle mettra peu de temps à se chauffer grâce à l’enthousiasme débordant des musiciens, qui ne se seront pas économisés tout au long de cette soirée.

Cette version se retrouvera très bientôt dans une vidéo que le groupe rendra disponible. En attendant, on sort de la salle avec le sentiment d’avoir assisté à une prestation solide de bout en bout, encore une fois dense, variée mais avec un vrai maître-mot pour éviter l’empilage sonore vain : la recherche d’une mélodie claire, de mots qui claquent. Le groupe s’est choisi une sacrée boussole, qui demande une grande exigence. Mais ils savent qu’ils ont choisi la bonne voie.

Setlist :

The Bright Light (She’s The Only) / Oceans / I’m The Driver / Lovers / Mary Queen Of Scots / A Notebook At Random / Shiver Shiver / Train And Bathers / Whisper In A Cloud / Keys In A Hole / From The Rooftops / I Eat Your Fire / Automatic Love + All Metal And Glass, This City Stands / Is It A Blessing Or A Curse ? / Diego – Half-Man Half-Horse / The Goodbye Song / Snow Grass Apple / Do You Think I’m Sexy (Rod Stewart) / Oceans – Collective

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Crédit photos : ©2014 Elian Chrebor. Merci beaucoup à Elian d’avoir gentiment « prêté » ses très belles photos pour illustrer notre report. 
 

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