Kishi Bashi @ Point FMR

à l’écoute aime Kishi Bashi. Son premier concert parisien au Nouveau Casino nous avait enchanté. Nous avions adoré son second album Lighght sorti en mai dernier chez Joyful Noise Recordings. C’est donc avec une grande impatience que nous attendions sa venue le 23 octobre au Point Ephémère.

Mais que de péripéties avant de monter sur scène ! Nous avons bien cru que le concert allait être annulé. En effet, alors que nous nous apprêtions à l’interviewer en fin de journée, nous apprenons que la rencontre ne pourra avoir lieu car le groupe est bloqué à Bruxelles… au commissariat de police ! Le matin même, alors qu’ils prenaient un (mauvais) petit-déjeuner dans un bar quelconque, leur van a été braqué et dévalisé. Heureusement, dans leur précipitation, les malfrats ont oublié le violon de Kishi Bashi et le banjo de Tall Tall Tree qui l’accompagne en tournée.

Légèrement en retard, choqué mais très professionnel, le groupe assurera néanmoins sa date parisienne, pour notre plus grand bonheur.

Tall Tall Tree

Tall Tall Tree @ Point FMR

Je l’avais déjà repéré sur certaines vidéo live de Kishi Bashi, ce joueur de banjo complètement barré. Mais je ne m’attendais pas à le découvrir seul sur scène en première partie, ne sachant pas qu’il avait également un projet bien à lui : Tall Tall Tree. Difficile de résumer un set aussi éclectique et original. En tout cas, oubliez vos préjugés sur le banjo, Mike Savino le métamorphose au gré de ses envies. Tantôt violon, il le fait vibrer avec un archer, tantôt darbouka ou percus, il en fait résonner la caisse de la paume de sa main ou de ses doigts agiles, tantôt guitare, il l’emporte dans des solos endiablés. Magie, l’instrument s’illumine même de temps en temps. Un signe de contentement ? On serait porté à le croire tant il prend vie sous sa direction.

Beaty Heart

Beaty Heart @ Point FMR

Beaty Heart en revanche, était bien annoncé comme guest officielle de Kishi Bashi. Et pourtant… peu de choses en commun avec l’artiste que nous sommes venus applaudir. A la fois convenu et original, le groupe mêle sonorités pop et electro avec un fond reggea-dub lancinant et des rythmes hawaïens en mode « sortez vos ukulélé et vos colliers de fleurs ». Ils ont la même dégaine que le groupe Breton (le jeu de scène du clavier est particulièrement étonnant de ce point de vue) et de jolis minois capables de rassembler des hordes de midinettes. Leur set fut tout à fait correct, ils ont fait preuve d’un dynamise communicatif et n’ont pas manqué de remercier chaleureusement le public parisien. Pourtant, ils m’ont laissée de marbre. Je dois avoir passé l’âge.

Kishi Bashi

Kishi Bashi @ Point FMR

Enfin, celui que nous attendions de pied ferme monte sur scène vêtu de son plus beau costume : son sourire radieux (mais pas seulement, rassurez-vous) ! Il est accompagné de Tall Tall Tree au banjo, d’un batteur et d’un clavier.

Contrairement à son premier concert parisien, plutôt intimiste, le public s’est cette fois-ci déplacé en nombre. Kishi s’en réjouit et plaisante en demandant à ceux présents au Nouveau Casino de lever la main. Nous étions quelques uns ! Preuve que Kishi est un de ces artistes que l’on oublie pas de si tôt et de sa personnalité particulièrement attachante.

Kishi Bashi @ Point FMR

Fausse alerte cependant, quelques secondes après leur belle entrée, la balance doit reprendre. A sa décharge, arrivé bien plus tard que prévu à Paris, le groupe n’avait eu que très peu de temps pour faire les réglages son avant le concert. « One-two-one-two, check », le show peut enfin démarrer avec Philosophize in it ! Chemicalize with it !, premier single de Lighght que Kishi rode sur scène depuis sa précédente tournée. Explosion de joie dans le public qui ne faiblira pas jusqu’à la dernière note. L’ambiance est à la fête.

Quelques représentantes de l’un de ses fans clubs américains ont même fait le voyage jusqu’à Paris pour investir les premiers rangs de la scène. Quand Kishi les a gratifiées d’un serrement de pince, j’ai bien cru que les demoiselles allaient s’évanouir. Il n’en a pas l’air comme ça sous ses airs d’ange, mais Kishi est un tombeur !

Kishi Bashi @ Point FMR

Le groupe enchaîne alors les titres du nouvel album en les agrémentants de moultes improvisations. Sur Carry on Phenomenon par exemple, la batterie s’emballe puis s’arrête pour laisser place à un intermède a capella à quatre voix. Sur Atticus, In the desert, seul morceau du premier album joué lors de cette première partie, la complicité entre Kishi et Mike est frappante et chacun renchérit, presque en mode « battle ». The ballad of Mister Steak, morceau le plus drôle de l’album Lighght, fait son effet et la salle entière se marre à écouter Kishi tenter de prononcer le mot « boeuf » en français.

Puis, le groupe sort de scène laissant le violoniste seul face à la salle. Le moment est venu pour lui d’interpréter des morceaux de son premier opus comme Manchester ou I Am the Antichrist to You avec beaucoup de douceur. La fête reprend ensuite avec Bright Withes et ses phrasés de human beat box sur lesquels Kishi Bashi excelle. Le concert s’achève avec It All Began With a Burst, sans qu’à un seul moment, s’il ne nous l’avait dit lui-même, nous aurions pu soupçonner la rudesse de la journée.

Kishi Bashi @ Point FMR

Une très belle énergie, beaucoup de générosité et de gentillesse, du talent à foison et un professionnalisme à tout épreuve : à l’écoute aime décidément Kishi Bashi.

Bonus : Kishi Bashi, l’interview !

Vous l’avez peut-être déjà remarqué, mais nous ne lâchons pas facilement l’affaire chez à l’écoute ! L’interview de l’après-midi ayant été annulée, nous n’avons pas hésité, BeB et moi-même, à aller taper un brin de causette avec les artistes qui ont rejoint le public à l’extérieur de la salle. Interview bonus de Kishi Bashi donc !

Nous savons que tu as débuté en tant que musicien classique, commet es-tu passé à la musique pop ?

Kishi Bashi : Je viens en effet du classique et du jazz mais tout s’est fait très naturellement. Je n’y ai jamais vraiment pensé en fait, les choses me viennent sans trop y réfléchir quand je compose un morceau.

Comment travailles-tu tes morceaux et comment les adaptes-tu à la scène ?

Je commence par improviser au violon, je crée des boucles puis j’essaie plusieurs sons, plusieurs effets par-dessus selon l’inspiration du moment. Ensuite, je pose des lignes de chant sur le résultat obtenu.

En studio, je peux prendre tout le temps nécessaire pour faire quelque chose de parfait et j’aime beaucoup cela. Pour adapter mes morceaux à la scène, je dois obligatoirement les retravailler et ce travail est très différent selon que je suis accompagné par un groupe ou non.

Kishi Bashi @ Point FMR

J’aime (Diotime) tout particulièrement le morceau Fantasia du dernier album, est-ce qu’il t’arrive de le jouer sur scène ?

Non, je ne l’ai jamais adapté à la scène encore. J’aimerais beaucoup le faire mais ce sera certainement accompagné d’un orchestre. Je suis justement en train de travailler à des arrangements avec un orchestre complet.

Où puises-tu toute l’énergie que tu transmets sur scène ? Même un jour difficile comme aujourd’hui, tu resplendis et dégages beaucoup de bonne humeur, comment fais-tu ?

Je consomme des boissons énergisantes (rires) et surtout, c’est mon boulot ! Je suis quelqu’un de très professionnel et mon métier est de distraire les gens donc si je laisse transparaître ma fatigue sur scène, le résultat sera nul, forcément. Je respecte mon public, les gens paient pour me voir et je veux leur donner le meilleur de moi-même.

Tes morceaux sont généralement très bien écrits. Où puises-tu l’inspiration de tes textes ?

Merci mais je ne me considère pas comme un bon écrivain. J’aime beaucoup la poésie mais je suis avant tout un musicien. Les mots me viennent après la musique. Un peu comme une éponge, j’absorbe puis je retranscris ce que j’ai vécu, mes émotions.

Merci Kishi !

—–

Crédit photos : ©2014 Cécile Debise. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.  

 

Tags :

VOS COMMENTAIRES
Les commentaires sont fermés pour ce billet