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Le genre du songwriter a vraiment retrouvé un souffle nouveau depuis une quinzaine d’années, au point que chaque jour qui passe nous amène de nouveaux hérauts plus ou moins méritants. Mais il faut bien avouer que Josh Mease, alias Lapland, emporte rapidement les suffrages. Car si une première partie seul en scène est l’exercice casse-gueule par excellence, Lapland le surmonte avec un certain talent.

Lapland

On pourrait arguer que les chanteurs-compositeurs d’aujourd’hui savent avant tout se servir d’une loop station et masquent ainsi un certain flottement dans leurs œuvres. A contrario, Lapland s’appuie sur des compositions tour à tour mélodieuses ou aériennes. Quand il lance par exemple Where Did It Go ? et son atmosphère lancinante comme des vagues venant s’échouer sur le sable, c’est tout le Café de la Danse qui bouge doucement la tête et danse en rêve.

©Lapland

Sur Overboard, il lui suffit de trois notes pour convoquer la douceur printanière et chasser ce début d’automne humide. Parlons aussi de sa voix : Josh Mease possède une tessiture finalement moyenne, mais d’une douceur absolue. Quand il invite ses amies les chanteuses de Lucius, Jess et Holly, à venir le rejoindre le temps d’un Aeroplane délicieusement léger, le public ne résiste pas au plaisir de se laisser bercer.

A rebours de toute sucrerie indigeste, Lapland sait aussi changer de braquet, comme sur Metal Lungs et sa ligne de Gibson évoquant les grands westerns en technicolor. Lapland s’évanouira donc après une poignée de titres et une belle acclamation de l’assistance. C’est toujours un crève-cœur de voir partir des artistes aussi attachants, mais désormais nous savons que sa route recroisera la nôtre très bientôt. Pour patienter, nous relirons l’interview qu’il nous a accordée en écoutant son magnifique album éponyme.

Lucius

La voilà, la vraie sensation indie-folk de l’année ! Depuis leur apparition sur le premier album de San Fermin (ah, leur interprétation vibrante et magique de Sonsick !) et leur passage à la Flèche d’Or en avril dernier, les Lucius sont devenus le groupe à suivre avec son redoutable duo de chanteuses aux harmonies vocales enchanteresses. Mais Lucius ce n’est pas qu’un tremplin pour deux chanteuses, c’est un groupe à part entière, avec cinq musiciens de haut niveau, des hommes assurant les chœurs avec grâce, une présentation physique soignée et une énergie canalisée prête à exploser sur les percussions.

A ce titre, leur montée sur scène est particulièrement éloquente, le groupe se déchaînant sur Genevieve en finissant avec un déluge de timbales. Avec cette guitare acide qui rue dans les brancards comme un pur-sang d’Anatolie et cette cavalcade rythmique, le choix peut paraître curieux tant on connaît le soin que le groupe apporte à ses mélodies cristallines. C’est que les Lucius ne dévoilent leur charme qu’à ceux qui savent patienter, mais l’attente sera heureusement de courte durée.

Pias Nite @ La Flèche d'Or -  2014.04.04

Tout de rouge vêtues, coiffées au carré comme les filles du Crazy, Jess et Holly enchevêtrent leurs voix et exhortent le public du Café de la Danse à se réveiller et à leur montrer de l’enthousiasme. De leur côté Dan, Andrew et Peter en boots marron, jean et haut noir lancent leurs riffs tranchants et déroulent leurs titres (Wildewoman, Tempest, Go Home). Les sirènes de Brooklyn envoûtent alors totalement la salle qui peu à peu manifeste clairement son plaisir d’avoir le groupe pour elle seule. Certes, le Café de la Danse contient 500 personnes, mais on éprouve une fois de plus dans cette belle salle un sentiment d’intimité avec les artistes sur scène.

Pour renforcer encore cette atmosphère chaleureuse et complice, les deux chanteuses s’exilent sur le côté droit de la scène et partage un micro sur pied pendant que les garçons levent le pied sur les parties instrumentales. Comme on l’envie, ce micro hexagonal, semblable à ceux que l’on trouvait dans les studios et sur scène dans les années 50 ! Car Holly et Jess vont lui susurrer l’une en face de l’autre les paroles de Monsters et Wonderful (une reprise des My Morning Jacket), uniquement accompagnées des entrelacs d’Andrew à la guitare et des hululements de Dan.

Pias Nite @ La Flèche d'Or -  2014.04.04

Ce petit moment de grâce est la parfaite transition pour donner un dernier coup d’accélérateur et inviter Lapland à venir rejoindre le groupe. Ils interprètent ensemble les deux titres les plus pop de l’album : Until We Get There qui se termine sur un passage instrumental presque psyché avant de se transformer en How Loud Your Heart Gets avec sa magnifique montée en puissance.

Le set s’achève en apothéose avec Turn It Around, magnifique bombinette qui aura définitivement marqué cet été 2014. S’éclipsant un court instant, les Lucius reviennent rapidement au milieu de la fosse pour rappeler tout ce qu’il a fallu de travail acharné de leur côté pour en arriver à leur succès d’aujourd’hui, et remercier leur public chaque année plus nombreux.

Ils se lancent alors dans deux titres en acoustique, dont une magnifique reprise du Strangers des Kinks, avec dans les voix de Jess, Jolly et Andrew une légèreté déconcertante après une bonne heure de concert. Achevant ainsi en beauté une soirée magnifique, les Lucius ne donneront au public qu’un seul vrai regret à nourrir : qu’ils n’aient qu’un seul album à leur actif… La patience est donc de mise jusqu’au prochain enregistrement, mais l’attente est déjà trop longue.

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Crédit photos :
Lucius @ La Flèche d’Or : ©2014 Julien Duclos. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.
Lapland @ Café de la Danse : ©2014 Lapland (photo instagram)
 

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