Fyfe, l’interview (1/2) 

Publié par le 31 décembre 2014

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Paul Dixon fait partie de ces jeunes gens dont la créativité n’a d’égale que la précocité. Signé à 19 ans par Universal sous le nom de David’s Lyre, remercié deux ans plus tard, revenu en 2014 avec un nouveau projet sous le pseudo Fyfe, l’Anglais a dans ses cartons un album à paraître en mars 2015 qui s’annonce déjà comme l’un des événements de la nouvelle année. Autant de bonnes raisons pour rencontrer un artiste sensible, accueillant et qui semble parfaitement savoir où il veut aller…

Première question. Facile. Qui est Fyfe ?

Paul Dixon : Bonne question ! Ce qui est sûr tout d’abord, c’est que ce n’est pas moi. Fyfe est le nom d’un projet. Un nom qui englobe toutes mes productions actuelles.

Une sorte d’alter ego ?

Oui et non… Je ne joue pas un rôle, je n’essaie pas d’être un autre. C’est plutôt l’expression d’une d’écriture, d’une créativité. J’aime créer différents styles de musique, passer d’une histoire à l’autre. Si je me produisais sous mon vrai nom, Paul, j’ai le sentiment que les gens me feraient entrer dans une case et qu’ils réagiraient plutôt mal à d’autres projets qui s’écarteraient de leur première impression.

Tu pourrais donc revenir à ton premier nom de scène, David’s Lyre ?

Dans l’absolu pourquoi pas. Mais je n’en ai pas l’intention pour l’instant. J’aime vraiment ce que je fais avec Fyfe, j’ai l’impression qu’il y a encore pas mal d’histoires à raconter avec ce pseudonyme. Je suis à l’aise avec ce format, tout ce que j’écris ne parle pas nécessairement de moi, donc ça fonctionne mieux avec un pseudo comme David’s Lyre ou Fyfe. Si je pensais que le public me voyait à la fois comme le narrateur et le personnage, je serais moins à l’aise.

Peut-être qu’un jour auras-tu envie d’écrire à la première personne…

Bien sûr… c’est déjà le cas en fait. Mon futur album parle aussi bien d’expériences vécues, de choses que j’ai observées chez des amis ou des personnes croisées brièvement, mais également de scénarios inventés de A à Z. Écrire sous un pseudonyme me permet de faire plus facilement ce mélange que si j’écrivais sous mon nom.

Repartons un peu dans le passé : peux-tu nous dire comment tu as commencé la musique ?

Quand j’avais cinq ans mes parents m’ont forcé à faire du violon. Ils pensaient que c’était important pour mon éducation. Et ils avaient raison, mais j’ai détesté parce qu’ils ne m’ont pas laissé le choix. J’ai aussi appris le piano mais j’ai assez vite laissé tomber. Le violon m’a poursuivi jusqu’à l’âge de dix-huit ou dix-neuf ans… Pour ce qui est de la musique plus pop, j’ai commencé à jouer de la guitare vers onze ou douze ans car j’étais jaloux de mon grand frère qui était super doué.

Quelles étaient tes influences à cette époque ?

La radio, la télé. À onze ans, tu regardes des programmes pour ado, donc des trucs très grand public. Mon frère a alors décidé de m’acheter des disques parce que ça l’énervait de me voir écouter autant de médiocrité. Marvin Gaye, Jeff Buckley Lauryn Hill. C’était génial ! Je les écoutais littéralement en boucle. Les Beatles aussi, bien sûr. La base d’une éducation musical pop « classique ». Je ne pense pas que seul je serais allé vers ces artistes, j’avais besoin que mon frère m’aiguille.

Il a été une sorte de guide. Je comprends. J’ai vécu la même chose avec mon frère.

Oui, je lui en suis très reconnaissant.

Quand ou comment as-tu commencé à écrire des chansons ?

J’ai toujours chanté. Quand j’avais six ou sept ans, mon instituteur a essayé de convaincre mes parents de m’inscrire à la chorale. J’avais une voix aigue, un timbre assez recherché. J’aurais pu décrocher une bourse d’études mais mes parents n’ont pas voulu, je pense qu’ils voulaient que j’aie une vie normale. C’est très exigent, une chorale. Mais je chantais tout le temps, à l’école, à l’église, pour le plaisir. La guitare est donc venue très naturellement.

Au début, je voulais juste chanter mes chansons préférées, essayer des trucs… et puis vers douze ans, j’ai commencé à tester mes premiers riffs, à les faire écouter à mes amis. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai écrit ma première « vraie » chanson.

Tu avais un groupe ?

David mon batteur, on est amis depuis qu’on a 10 ans. On a joué dans des dizaines de groupes différents. Le samedi, au lieu de jouer à la console ou au football, on jouait de la batterie et de la guitare. Ça nous a bien aidé.

Quand as-tu su que la musique serait ton métier ?

Je n’y ai jamais pensé. J’aimais étudier. Je suis allé à l’université pour étudier l’économie. Mais je jouais toujours en parallèle. Et puis il y a quatre ou cinq ans, j’ai décroché un contrat chez Universal sous le nom de David’s Lyre. J’ai dû faire un choix, je ne pouvais pas continuer les deux. Il fallait que je me concentre sur un seul projet pour en tirer le meilleur. Les études ou la musique. J’ai opté pour la musique. Je me suis dit que je pourrais toujours retourner à la fac, mais qu’une carrière musicale, c’était un truc à vivre tant que j’étais jeune.

Être signé sur une major, ça a été une expérience fabuleuse. Bien sûr elle s’est terminée comme dans 95% des cas : ils ont fini par résigner mon contrat. Mais c’était génial, ça en valait la peine. C’était comme d’aller à la fac, mais à la fac de l’industrie musicale. Ça m’a aidé, ça m’aide encore.

Ce n’était pas trop, trop vite ?

Non, je ne crois pas que ça m’ait abîmé comme artiste ou comme personne. Le label a été sympa, ils m’ont laissé être créatif, ce qui n’est pas toujours le cas. J’y suis resté à peine deux ans, le pire c’est quand ça s’éternise. Mais ils ont décidé que ça ne marchait pas suffisamment et ils m’ont lâché. C’était la meilleure issue pour moi : ils ont dépensé de l’argent pour me perfectionner et puis rapidement je me suis retrouvé libre. Pour moi, c’était tout simplement des études gratuites !

L’expérience n’a pas affecté tes ambitions musicales ?

Non. Bien sûr ça m’a changé, mais comme n’importe quelle chose qui nous arrive nous change.

Est-ce la raison pour laquelle tu as changé de nom de scène ?

Non, pas vraiment. Je voulais clairement dissocier les projets et puis ce que je fais maintenant est très différent, c’est plus simple, plus électro. David’s Lyre c’était dense, il se passait beaucoup de choses en même temps, c’était compliqué, avec une grande variété de paysages sonores. Fyfe est différent, plus simple.

Je trouve le projet Fyfe pourtant musicalement très riche. Entre l’épure et la sophistication, comme sur Saint Tropez par exemple.

De mon point de vue, le son est plus direct. Et je communique de façon plus raffinée. Les moments calmes annoncent la tempête. Il y a une logique. Un effet de surprise. Puis retour au calme. À l’époque de David’s Lyre, je n’avais pas ces capacités. J’avais dix-neuf ans, j’écrivais différemment. Avec Fyfe, la production et les arrangements racontent à eux seuls une histoire fondée sur l’émotion.

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Crédit photo Fyfe @ Café de la Danse : ©2014 B. Barnéoud.

 

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