Fyfe, l’interview (2/2) 

Publié par le 1 janvier 2015

Fyfe-Cafe-de-la-Danse

Suite de l’interview de Fyfe dont le premier album, Control, sortira le 9 mars 2015.

Comment travailles-tu ? Tu écris d’abord les paroles ou la musique ?

Cela peut commencer par un beat, une ligne de guitare, une ligne mélodique dans ma tête. C’est très rare que les paroles viennent en premier. L’inspiration me vient souvent en écoutant la production d’autres artistes, particulièrement des albums de hip-hop dont je suis très fan. Je crée un beat et je me dis : « Ce beat est cool : je vais essayer de poser ma voix là-dessus ! »

Ca me fait penser à Son Lux dont le son est à la fois organique et électronique, comme toi, avec les beats au centre de tout.

J’aime que les beats soient vraiment forts, bruts. Peut-être que certaines personnes n’apprécient pas car ce n’est pas comme ça qu’on mixe normalement mais c’est ma vision pour ce projet. Ils ne sont pas aussi forts que chez Kanye West, chez qui le beat supplante tout le reste. Non, ils sont partie intégrante des sons de l’album, des sons électroniques. Pour les sons organiques c’est plus varié, ça peut être des cuivres ou autre chose. Pour moi c’est ça le son de Fyfe.

Il y a pas mal de jeunes artistes masculins actuellement qui font de l’excellente musique actuellement : Pale Seas, Douglas Dare, Perfume Genius. Des musiciens talentueux et sensibles. Des artistes à fleure de peau, qui donnent des frissons. Te retrouves-tu dans cette description ?

Je vais sûrement avoir l’air arrogant mais j’essaye de ne pas trop écouter les autres. Je reste dans mon petit monde, j’essaye de créer mes propres paysages sonores. Si je me laissais aller à écouter d’autres artistes, je me perdrais. Cela dit, maintenant que mon premier album est terminé, j’écoute de plus en plus de choses, je suis disponible à la découverte d’autres musiciens…

Pour revenir à ta question, nous vivons actuellement une période vraiment excitante. Tout le monde a la possibilité de faire de la musique chez lui : plus besoin de studio, un ordinateur portable suffit. Il est simple de produire une musique personnelle, intime, fondée sur l’émotion. Ces gens dont tu me parles sont probablement assez timides, introvertis. Si tu les mettais dans une pièce au milieu de plein de gens, ils n’exprimeraient pas leurs sentiments, ce ne serait pas les stars de la fête, à danser, chanter. Mais s’ils sont dans une situation de confiance, seuls ou en compagnie d’une personne avec qui ils se sentent bien, alors ils peuvent devenir quelqu’un, pas une star ou alors un nouveau genre de star.

Qu’est-ce que tu ressens maintenant que tu as fini ton premier album ?

J’ai envie de me mettre au second [Rires] C’est difficile pour un artiste de rester inactif. Parfois c’est comme mettre au monde un bébé : on pense déjà au suivant alors que personne n’a encore vu le premier…

Tu n’as pas envie de monter sur scène pour le présenter ?

J’aime bien la scène mais ma passion c’est le studio. Cela dit, j’ai hâte de faire la tournée en tant que tête d’affiche. On a déjà tourné un peu en Europe et les gens commencent à connaître les chansons, c’est fou. Avec l’album, ils vont pouvoir l’écouter pendant quelques semaines et venir le voir joué sur scène. C’est assez unique pour un chanteur, on crée quelque chose et le public réagit directement, face à vous. Cette interaction est incroyable. J’ai hâte de vivre ça.

Comment avez-vous préparé la transposition scénique des morceaux ?

On y travaille encore en fait. Ça change constamment, on cherche les meilleures solutions. Je ne suis pas Beyoncé, le budget n’est pas illimité. On essaye de trouver la meilleure solution au meilleur prix. Pour l’instant, ça veut dire n’être que deux sur scène. On a mis beaucoup de temps pour maîtriser le programme qu’on utilise sur scène. David qui a l’habitude de jouer avec une batterie acoustique a dû prendre l’habitude d’utiliser des pads pour le live. Cela fait 18 mois que l’on tourne, donc ça va mieux aujourd’hui, mais les débuts ont été difficiles.

Est-ce que vous laissez un peu de place à l’improvisation ?

Tout à l’heure, nous avons parlé des beats… Pour moi, les deux choses les plus importantes sont le rythme et la voix. Le reste, la guitare, les cuivres, les pads, compose la texture sonore qui accompagne la chanson. La voix, ma voix est un des éléments majeurs du set, c’est elle qui véhicule l’expression par ses inflexions, ses humeurs. Elle apporte la touche d’humanité qui évite à l’ensemble d’être trop rigide.

Sur scène, on n’a pas l’impression d’écouter simplement l’EP, donc c’est réussi. Quelle place laisses-tu à la liberté ?

Aucune ! [Rires] Tout est programmé. Fyfe ne peut être une jamming session de 10 minutes. Tout y est précis, chaque son que vous entendez a été réfléchi. Ça a plus de sens que le public écoute à la virgule près ce qui a été mis en place plutôt que de s’embarquer pour un voyage musical impromptu qui a une chance sur deux d’être merdique. En tout cas, c’est comme ça que l’on voit les choses pour Fyfe. Parfois quand on a un peu plus de temps sur scène, il m’arrive de jouer certains morceaux à la guitare, sans rythmique et là je peux improviser un peu.

Tu as une signature visuelle sur l’EP, dans les vidéos. Tu vas essayer de la reproduire sur scène ?

On aimerait bien mais c’est trop cher. On reste simple, c’est comme du noir et blanc, pas d’artifice. On préfère ne rien faire que de faire les choses à moitié. Si on ne peut pas faire le maximum, on ne le fait pas.

Et ce serait quoi le « maximum » ?

Un jeu de lumières, sobre, mais qui créerait un mouvement, qui accompagnerait la performance. On essaye d’être assez dynamique sur scène, on danse, mais un jeu de lumière ce serait sympa.

Et si vous deviez choisir entre un show extrêmement visuel ou jouer accompagner d’un orchestre symphonique ?

J’adorerais jouer avec un orchestre, c’est mon rêve. Comme quand j’étais gamin. Je pourrais payer pour jouer avec un orchestre. Ce serait génial. Lorsque c’est bien fait, ça peut être incroyable. Certains groupes l’ont fait de façons gratuites, comme un gimmick mais si vous avez déjà une dimension orchestrale dans votre musique, jouer avec un orchestre peut être l’occasion de sublimer votre musique.

Pareil pour l’utilisation de la vidéo sur scène. Il y a deux ans, c’était la mode à Londres. Les groupes n’avaient pas de lumière mais des vidéoprojecteurs projetant des images sur leur peau. C’était sympa mais maintenant tout le monde l’a fait.

Vous avez tourné partout en Europe avec SOHN en début d’année. Comment l’avez-vous vécu ?

Nous ne savions pas à quoi nous attendre. Allions-nous jouer devant des publics de dix personnes ou plus ? Finalement, chaque soir nous nous retrouvions devant plusieurs centaines de spectateurs, ce qui représentait à l’époque une très belle exposition pour Fyfe ! Et partout en Europe, nous avons été très bien accueillis. Les gens sont sympas, le public, les gérants des salles. On a adoré. Au Royaume-Uni, les gens ne sont pas aussi respectueux.

Tu n’es pas le premier à me dire ça. Peut-être avez-vous trop d’artistes talentueux… Qu’avez-vous pensé des différents publics devant lesquels vous avez joué ?

D’un pays à l’autre le public est différent. Dans certains pays, les gens restent calmes pendant presque tout le concert et se déchaînent à la fin, ailleurs le public est à fond dès les premiers titres et danse non-stop. En Italie, par exemple, mais il faut dire qu’on jouait tard et les gens aveint sûrement déjà pas mal picolé. Je suis impatient de vivre la suite de l’aventure Fyfe : la sortie de l’album en mars, la tournée UK dans la foulé, puis l’Europe.

Tournée en tête d’affiche donc…

Oui, et après ce sera la saison des festivals, pendant quatre mois. On n’en a fait qu’un ou deux l’an dernier, ça devrait être sympa.

On a pas mal de beaux festivals en France. J’espère que l’on vous y verra !

Je vais en mettre mon tourneur sur le coup [Rires].

J’ai également déjà commencé à écrire le prochain album parce que si j’attends la fin de la tournée pour m’y mettre et qu’on me dit : « C’est pour quand la suite ?» en ne me laissant qu’un mois pour l’écrire, je le vivrai comme un véritable cauchemar.

Tu n’as pas envie de faire patienter un peu le public ?

Non, je ne suis pas créatif sous pression. Je suis plus créatif quand je suis relax, que je vis ma vie de tous les jours. Si je sens que les gens attendent mes quinze nouvelles chansons, je ne serai pas bon.

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Merci à Boris pour la retranscription et à Michele d’avoir rendu possible cette rencontre !

Crédit photo Fyfe @ Café de la Danse : ©2014 B. Barnéoud.

 

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