Low Roar @ Point FMR - 30/01/15

Il y a vingt ans, quand vous parliez de l’Islande, vos interlocuteurs vous regardaient d’un air vaguement inquiet et se demandaient s’il ne fallait pas prévoir un passage en chambre capitonnée. Björk commençait sa carrière post-Sugarcubes, les Gus Gus réchauffaient un peu l’atmosphère, mais dans l’ensemble la création artistique restait méconnue. Aujourd’hui la scène musicale de la petite île bout de tous côtés, au point que l’on s’arrache des places pour des artistes qui ne passent sur aucune radio mais heureusement ont fait le bonheur des têtes chercheuses de la blogosphère – dont vos serviteurs d’à l’écoute.

Rökkurró

Nous verrons donc au cours de cette petite soirée deux visages bien distincts de la musique islandaise. De son côté, le sextuor de Rökkurró est le représentant du versant le plus pop. Les choses commençaient d’ailleurs pas mal avec une introduction aérienne par une paire basse-batterie inspirée et un rythme martial imprimé par le guitariste et la claviériste aux toms. La voix gracile de la chanteuse Hildur emportait le tout tranquillement, sans forcer. Le groupe a sorti un album en islandais et un en anglais, histoire de voir ailleurs s’ils y étaient, et alternaient donc les titres dans les deux langues.

Rökkurró

Si d’aucuns ont vite été agacés par les mimiques de la chanteuse accompagnant ses vocalises par d’incessants mouvements de mains, d’autres ont senti s’installer peu à peu le ronronnement de l’ennui. Pour agréables qu’elles soient, les chansons du groupe manquaient quelque peu de relief et d’identité pour bien marquer les esprits. A part quelques riffs de guitare bien placés, les Rökkurró ne sont pas encore les Kent islandais, mais ils ont le temps, et nous devrions les revoir bientôt.

Low Roar

Avec la venue sur scène de Low Roar, l’ambiance changeait du tout au tout. Car le trio est loin des formats musicaux classiques et représente un aspect plus libre de la musique islandaise. Sûrement parce que son leader Ryan n’est Islandais que d’adoption et a poursuivi une première carrière dans son pays d’origine : les Etats-Unis.

Low Roar

Low Roar entame à peine le set qu’on se sent tout de suite porté dans cette petite île incroyable, fruit du déchaînement des éléments naturels entre plages de roches volcaniques, geysers capricieux, étendues de soufre mordoriennes, déserts noirs à perte de vue. La musique de Low Roar ressemble à tout cela, faite de ruptures rythmiques, de grandes nappes aux claviers, et par-dessus une voix claire et limpide, qui joue sur des effets d’écho. Le groupe n’a pas peur de perdre son auditoire et n’a pas manqué de courage en se lançant dès le début du set dans une bonne demi-heure de musique ininterrompue. Sage, le public du Point Ephémère s’est laissé faire sans sourciller pour mieux applaudir une fois la plage musicale achevée.

Low Roar

Entremêlant ses deux albums, le trio a soufflé le chaud et le froid et prouvé que sa musique était l’exact reflet de son nom, toute en « rugissements sourds », presque cachés par les brumes des guitares et des synthés. Le set finira par deux titres à la guitare acoustique, dont une histoire de rupture inédite en studio (et qui le restera) qui fut aussi l’un des points de départ de l’aventure Low Roar. Une manière pour le groupe de bien boucler en revenant aux origines.

Coup de cœur unanime de l’équipe d’à l’écoute, on espère revoir Low Roar rapidement après cette mini-tournée française qui a pu confirmer le grand talent d’un groupe inconnu de nos médias traditionnels.

Low Roar

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Crédit photos : ©2015 B. Barnéoud. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.

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