On a commencé à parler de lui il y a maintenant une petite dizaine d’années. La critique a d’ailleurs été rapidement bienveillante avec Joseph d’Anvers, l’adoubant comme le fils spirituel qu’on n’attendait plus du grand Alain B. Plutôt remarqué au début, on avait le sentiment qu’il s’était fait discret ces derniers temps. Et voilà qu’il repart sur les routes à la faveur d’un nouvel album tranchant et harmonieux comme il sait les concocter. Il ne fallait donc pas rater cette première date parisienne sold-out de Joseph d’Anvers. A plus forte raison quand sa première partie était assurée par Swann, la chouchoute de l’équipe d’à l’écoute.

Swann

On l’avait trouvée merveilleuse sur cette même scène du Café de la Danse lors de sa prestation à l’Eldorado Music Festival en 2013, puis Swann nous avait paru un ton en dessous lors de son passage à la Flèche d’Or en octobre dernier. Mais la perspective de son nouvel album – bientôt enregistré au Pays de Galles – a dû lui donner un coup de fouet car elle rayonnera tout au long de sa prestation du soir.

Dans sa robe lamée, Chloé Lenique ne roule toujours pas des mécaniques, mais préfère interpréter doucement ses chansons d’amour triste de sa voix grave. Flanquée de son inséparable Stephen Munson pour l’accompagner à la guitare acoustique et aux chœurs, Swann pioche dans les titres de son premier album. Si son single Angel Of Death à la mélancolie noire (« Love is easy to break, love is easy to take ») nous donne autant de frissons, c’est parce que la chanteuse est la seule à autant appuyer sur ses consonnes dentales et gutturales pour les faire claquer comme des coups de fouet sur une ligne de guitare sobre et apaisante.

D’abord attentiste, le public du Café de la Danse s’éveille, envoûté par la chanteuse qui enchaîne avec une reprise d’un titre tout aussi amer de Pierre Bachelet : Emmanuelle. Touchée par les acclamations du public, Swann est bien moins renfermée qu’en octobre, elle semble au contraire plus sûre d’elle, prend le temps de remercier les applaudissements et de présenter ses chansons. Les choses s’emballeront un peu avec Something Special, Swann lâchant des riffs plus sauvages sur sa Fender Jaguar pendant que Stephen empile les chœurs pour muscler le son. Swann finira en solo sur Lovely Girl, petite ritournelle aux accents printaniers.

Avec ce programme allégé, Chloé a encore séduit ceux qui ne la connaissaient pas encore et donné les signes les plus prometteurs que cette année sera celle de son grand retour.

Setlist :
Show Me Your Love / Love Song #1 / Angel Of Death / Emmanuelle / Loneliness / Something Special / Lovely Girl

Joseph d’Anvers

Imaginons qu’on fasse un bond en arrière d’une quinzaine d’années, quand la mode n’était pas au retour des années 70 ou 80, mais à un rock français hardi, écrit dans la langue de Molière. Et c’est bien ce que propose l’ami Joseph d’Anvers, auteur de quatre albums à son nom et également compositeur pour d’autres voix. Avec lui, pas question de boîtes à rythmes ou de sons synthétiques, le rock sort des tripes et ne tergiverse pas.

Après la montée sur scène sur fond de cordes voluptueuses, l’entrée en matière se fait frontalement avec Petite, une supplique amoureuse douce-amère. Quatre accords et quelques moulinets à la guitare suffisent à Joseph et ses compagnons pour lancer l’ambiance du set. Ce soir, on se sentira définitivement plus proches d’une urgence héritée de Miossec ou de nos chouchous Elista que de la pop onirique de Florent Marchet ou de la luxuriance de Fránçois & The Atlas Mountains.

Empreint d’un esprit classique jusqu’au bout des médiators, Jo présente les titres de son nouvel album Les Matins blancs et alterne avec ses précédentes parutions. En digne héritier de la grande tradition du rock né sous nos latitudes, il parle de femmes évanescentes (Sally, Les Amants), d’avenir à deux (Ma peau va te plaire) ou d’amours déçues (Avant les adieux), de coups à boire dans les bars, de nuits fauves et de lendemains difficiles.

Batterie tour-à-tour sèche ou épileptique, basse lourde, larsens à la guitare : ce format ultra vu et revu en live prend soudainement un coup de jeune quand il passe entre les mains du chanteur du quartier Anvers. Car on sent que celui qui a quitté son label pour prendre les chemins de traverse s’est bien entouré avec ses frères d’armes Dominique A, Miossec et Lescop pour ses nouvelles chansons, et retrouvé une belle envie d’en découdre. Maintenant cet esprit sur scène, Jo la joue collectif en invitant au chant tantôt Marie Herbaut (Marie, Surexposé), tantôt The Rodeo (Radio 1), ou en laissant le guitariste Cédric La Roux se déchaîner sur sa Thunderbird.

Et le public, déjà acquis à la cause, a su parfaitement se glisser dans cette ambiance old school qu’on perçoit moins aujourd’hui. Joseph d’Anvers est bien le dernier représentant de cette frange, et rien que pour cela on ne le remerciera jamais assez.

Setlist :
Petite / Sally / Tremble / Le Funambule / Les Amours clandestines / Marie / Surexposé / Sweet 16 / Histoire de Johnny S. / La Vie à présent / Avant les adieux / Kids / Entre mes mains / Radio 1 / Ma peau va te plaire / La Nuit je t’aime quand même / Les Amants / Las Vegas / Rappel : Regarde les hommes tomber

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