Baden Baden

Qui a dit que la pop française se portait mal ? Il n’y a rien de plus faux, tant les artistes de l’Hexagone ont su s’imposer ces dernières années, qui en anglais, qui dans la langue de Molière, entre pop dansante, électro, new wave, prog, psyché… La meilleure preuve en est la notoriété d’un groupe comme Baden Baden qui réussit à remplir un Café de la Danse en deux jours pour fêter la sortie de son nouvel album Mille Éclairs. Après Joseph d’Anvers quelques jours plus tôt dans la même salle, il ne fallait pas rater un nouvel événement marquant la vitalité de la scène bleu blanc rouge.

Unibox

Quelques mots rapides tout d’abord sur Unibox, quintette chargé d’assurer la première partie. Le groupe est couvé par Le Périscope, producteur de ce concert, et l’on sent que les oisillons ont encore du chemin à parcourir avant de quitter le nid. Sur la forme, les jeunes musiciens sont stables – voire un peu sclérosés – sur une même ligne. Ils s’organisent autour d’un couple pour le chant, qui ne pose pas de mélodie sur ses paroles mais les scande, reproduisant ainsi une méthode particulièrement à la mode.

Las, les textes sonnent justement un peu creux, n’abordant que des thèmes archi rebattus (amitiés, absences, doutes). Pour les mélodies, heureusement, Unibox joue la carte d’une certaine fraîcheur en se reposant sur un maillage intéressant entre la Telecaster et la slide ou la mandoline. Mais il va leur falloir encore du temps et du travail pour passer à la vitesse supérieure. Ils ont la jeunesse, à eux de l’exploiter.

Baden Baden

Lorsque Baden Baden monte sur scène, c’est tout le Café de la Danse qui se libère d’une attente de trois ans depuis le précédent album des Parisiens – et d’une première partie un peu légère. Le groupe est désormais l’un des fleurons de la pop et son public a hâte de voir ce que donnent ses nouvelles chansons sur scène. Fidèles à leur légendaire discrétion, ils commenceront d’ailleurs sans un mot avec les premiers titres de Mille Éclairs : L’échappée et sa folle cavalcade, Ici à la guitare cristalline.

Une fois les doigts dérouillés et le trac évacué, le chanteur Eric Javelle sortira de sa réserve pour remercier le public, particulièrement bruyant et enthousiaste. Baden Baden lancera alors le single Plongé dans le bruit, synthèse de ce que le groupe sait faire de mieux : mélodie limpide en avant aux guitares, section rythmique dynamique, luxuriance des paroles qui font s’entrechoquer des thèmes analogiques (ici, le son et la matière, les couleurs et le corps). La voix claire de Javelle tire l’ensemble vers le haut, tentant ainsi d’atteindre une poésie totale entre ses mots et la musique.

Très statiques eux aussi derrière leurs micros, les Baden Baden ne sont pas des bêtes de scène, loin de là. Mais en artisans qui ont su bosser pour atteindre leur niveau actuel, ils laissent leur musique parler pour eux et envahir l’espace. C’est d’ailleurs là que l’on sent une vraie différence entre les titres plus éclatés du premier album (Evidemment, 78) et les nouvelles chansons plus homogènes (Dis-leur et l’envolée magique de A tes côtés).

Peu diserts, les Baden Baden déroulent leurs chansons quasiment sans s’interrompre, parfois même sans chanter ou presque, se servant d’extraits de films par exemple sur Criminel, déclaration d’amour totalement folle. Outre l’immobilité physique sur scène, on notera quand même deux écueils dans le set du groupe : d’abord, avec seulement deux albums dans les pattes, la prestation s’arrête forcément un peu rapidement, malgré l’étirement des chansons par la présence de la trompette et le talent des musiciens. Ensuite on constate une certaine redite dans les thèmes du nouvel album (les textes de L’échappée ressemblant un peu trop à A tes côtés), particulièrement gênante alors que le set est ramassé.

Mais heureusement les Parisiens avaient gardé quelques atouts dans leur manche. En héritiers de la grande tradition pop hexagonale, ils ont forcément commencé leur carrière en usant leurs doigts sur des reprises des grands parrains. C’est pour cela que leur version du Courage des oiseaux de Dominique A est particulièrement réussie : rythme ralenti à la limite du trip-hop, guitare cristalline, basse syncopée. Ils interpréteront ensuite deux de leurs toutes premières chansons : Anyone, parfait single pop de l’album précédent Coline que n’aurait pas renié Badly Drawn Boy, et The Book, air folk d’une simplicité désarmante bien qu’ils ne l’aient pas joué depuis longtemps en live. C’est là que l’on voit combien l’essence du groupe était déjà présente et combien elle a progressé vers une recherche d’esthétisme, preuve que le groupe ne se contente pas de faire des chansons au kilomètre mais s’est engagé dans une démarche artistique authentique.

Setlist :
L’échappée / Ici / Plongé dans le bruit / Evidemment / Last Song / 78 / Je sais je vais / Dis-leur / A tes côtés / Criminel / Hivers / L’Elégance avec / Rappel 1 : Le Courage des oiseaux (Dominique A) + Anyone / Rappel 2 : The Book

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