we are match

On connaissait le Café de la Danse en refuge des plus beaux noms du folk actuel, mais cette année l’équipe semble décidée à ajouter une corde à son arc en accueillant la fine fleur de la scène française. Et elle ne fait pas les choses à moitié, puisque chaque concert du genre est complet. Après Joseph d’Anvers et Baden Baden, place à la toute jeune garde avec Radio Elvis et les chatons de We Are Match, deux formations qui n’ont que trois ans d’âge. Des bébés, certes, mais surtout de sacrés pyromanes tout à fait capables d’enflammer les salles sur leur passage.

Radio Elvis

Depuis que leur premier EP Juste avant la ruée est sorti, les Radio Elvis sont partout, dans les médias comme en live, écumant les scènes françaises et programmés dans plusieurs festivals cette année. Il était donc légitime de les retrouver en ouverture de cette nouvelle soirée du Fair et l’on comprend très vite pourquoi leur succès grandit de jour en jour. Il y a avant tout les mélodies, amples, nerveuses, d’une beauté ténébreuse, qui vous courent le long de l’échine. Il y a aussi l’attitude sur scène, les riffs précis de Manu Ralambo à la guitare (La Traversée), les gifles et les coups de maillets redoutables de Colin Russeil à la batterie (Demande à la poussière).

De son côté, Pierre Guénard, partie de guitare tranchante et voix abrasive, se dresse tel un athlète prêt à prendre sa course d’élan, muscles tendus, une jambe devant pour l’appui. La comparaison avec Cantat est évidente et a déjà fait la réputation du chanteur. Surtout quand on se penche sur leurs textes, de longs poèmes éveillés (Bleu nuit), proches de l’écriture symboliste chère aux Noir Désir ou du travail de notre langue qui a animé l’œuvre du grand Bashung ou celle de Thiéfaine. D’aucuns seront un peu circonspects face à cette haute lignée, et préféreront attendre de voir Radio Elvis évoluer avec le temps pour que l’étincelle ne soit pas qu’un feu de paille.

Mais il aurait été dommage de bouder notre plaisir de voir ce jeune trio maîtrisant désormais ses moyens, capable de jouer un set étoffé avec bien entendu les extraits de l’EP mais également quelques nouveaux titres tout aussi fiévreux et poétiques (Au loin les pyramides). Le groupe offrira également deux reprises, déjà interprétées pour les besoins de l’émission « Monte le son » (France 4) : si Haïti semblait un peu sage par rapport à la version d’origine d’Arcade Fire, en revanche Cargo de nuit a été une révélation. Passant le tube d’Axel Bauer en mode majeur et enlevant la boîte à rythmes, le trio transforme la mélodie poisseuse d’origine en une magnifique invitation à danser.

A force de lire et de s’inspirer de certains grands bourlingueurs comme London ou Saint-Ex, le groupe s’est jusqu’ici construit comme une fenêtre sur l’ailleurs, une envie permanente de voyager. Nul doute qu’on ne restera pas en cale sèche avec eux et que le périple ne fait que commencer.

Setlist :
Caravansérail / La Traversée / La Route / Demande à la poussière / Brésil / Le Continent / Au loin les pyramides / Bleu nuit / Haïti (Arcade Fire) / Goliath / Rappel : Elle partira comme elle est venue + Cargo de nuit (Axel Bauer)

We Are Match

Les We Are Match, eux non plus, ne sont pas du genre à se précipiter. A la sortie de leur premier EP Relizane, ils avaient été rapidement consacrés comme les nouveaux champions d’une électro-pop racée et sensuelle. Depuis, le groupe a beaucoup tourné et a souhaité prendre son temps l’année dernière pour entrer en studio dans les meilleures conditions possibles afin de livrer leur premier LP (annoncé pour septembre 2015). Silencieux depuis leur dernier passage à l’église St-Eustache à Paris, le groupe a astucieusement lâché il y a quelques semaines leur nouveau single Speaking Machines, une petite bombe d’électro sombre.

Alors on attendait évidemment beaucoup de leur retour sur scène après près d’un an d’absence. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le quintette n’a rien perdu de sa force de frappe. Ni de son sens collectif, puisque les We Are Match sont l’un des rares groupes à avoir recours de manière systématique aux harmonies vocales. C’est ce son si particulier qui emmène leurs chansons au-dessus de celles de groupes frayant dans les mêmes eaux. Le temps de reprendre ses marques sur scène, le groupe montera en puissance au fur et à mesure du set, démarrant avec des titres tout nouveaux comme Over The Sea ou Old Chimneys, qui montrent que le groupe a gagné en maturité pour exposer des lignes mélodiques aussi touffues.

Parallèlement, ils ont su garder le groove magique du premier EP (Animals, Mohawk), enfonçant évidemment le clou lors de l’enchaînement parfait entre l’ancien single, l’irrésistible Violet, et le nouveau, Speaking Machines. Souriants et appliqués, les musiciens donnent l’impression d’avoir sérieusement travaillé, alternant les ruptures de rythme bien amenées par le maître d’œuvre Jim, bien calé en fond de scène derrière sa batterie, qui passera des syncopes sur les toms aux uppercuts sur la caisse claire.

Au mini-Moog, Aurélien entrelacera ses parties de clavier-basse lourdes et graves avec les nappes atmosphériques de Gwenaël au synthé. Elargissant la palette sonore, Simon troquera ses douces parties de chant pour les rugissements de la trompette. Enfin François, avec sa voix si particulière à la fois pincée et fragile, tissera les délicats arpèges à la guitare acoustique mais saura envoyer du bois en prenant en main la basse et ses notes furieuses, avec larsen à la clé.

Le rappel sera à l’image de tout le set, puisque le groupe passera de la sérénité de Radical au déferlement sonore de Dying Kings. Particulièrement heureux d’être sur scène, généreux – presque même un peu trop, We Are Match entame ainsi une tournée qui devrait conforter sa notoriété avec la parution du premier album. Attendu avec impatience, il sera l’occasion de prouver que les chatons sont bien les rois de la nouvelle French Touch.

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