Café de la Danse - 04/05/15

Après l’interview qu’il nous avait accordée il y a quelques semaines, on s’attendait à un concert de Villagers feutré, douillet, bercé par la harpe. Du pur folk, quoi. Mais Conor O’Brien a plus d’un tour dans son sac et c’est un set musclé dont les Villagers ont régalé le public du Café de la Danse le lundi 04 mai 2015.

Jain

Pour chauffer la salle, une première partie pêchue, Jain, sorte de Lilly Allen faisant du ragamuffin. Seule sur scène avec sa machine à beats et sa guitare, elle déborde d’énergie et sollicite à plusieurs reprises la foule qui se prête gentiment au jeu. La demoiselle s’éclipse après 8 titres somme toute assez répétitifs mais très dynamisants.

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Villagers

Les choses sérieuses commencent avec l’entrée sur scène de Conor 0’Brien et son groupe. Le concert débute tout en douceur, comme on s’y attendait. Mais le 3e titre, Dawning, marque le tournant vers un set survolté. Après les premiers accords de harpe et de cymbales en sourdine, le rythme s’accélère, lentement mais sûrement. Se défiant des variations instrumentales et rythmiques, la voix de Conor 0’Brien reste elle d’une pureté absolue. Et elle le restera tout au long du concert, portant à bout de bras toutes les nuances des textes éminemment personnels mais jamais impudiques car finement écrits. Devant la difficulté à rendre compte d’un concert aux multiples facettes, et pour t’éviter, cher lecteur, une chronique interminable, je me suis imposé de me concentrer sur trois temps forts de la soirée.

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La chanson d’amour absolue

Quand Conor O’Brien chante à moins de 3 mètres de vous Everything I Am Is Yours, difficile de ne pas avoir les genoux qui tremblent. En deux mots, il s’agit d’une déclaration d’amour dans laquelle l’auteur ne cache pas ses failles mais fait preuve au contraire d’une sincérité désarmante. Les paroles sont une subtile réécriture des formules de mariage, se détachant du côté contractuel et figé pour se recentrer sur l’intime et le don de soi. « In sickness and in health, in the darkness and the light, I give you every sigh » Le pathos est évité grâce aux accords rapides, encore un peu plus que sur l’album, et aux arrangements revus pour la scène. La batterie remplace le piano et explose dans un final qui décuple la force de frappe du titre mais coupe court à toute effusion.

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L’acmé du concert

Vers la fin du concert, l’enchaînement de Hot Scary Summer et Little Bigot est une véritable claque. La bigoterie est un thème cher à Villagers. Conor O’Brien introduit Hot Scary Summer, bouleversante, comme « A song about love, the end of love, bigotry, hatred ». Comme sur la plupart des titres du dernier album joués ce soir, le rythme et l’intensité sont sérieusement accélérés. Une fois de plus, l’impact du texte n’en est que plus fort.

Sur Little Bigot, toute la rage, qui restait contenue sur disque, explose. Après le début et des paroles caressantes, le ton monte de façon prodigieuse pour faire claquer ces mots : « Throw that hatred on the fire, throw it on the fire ». À la fin du titre, Conor semble vidé et se frotte les doigts de douleur. Rien d’étonnant, vu la force avec laquelle il a gratté les cordes de sa guitare. Ha-llu-ci-nant.

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Le rappel

Difficile de dire que le groupe a gardé le meilleur pour la fin, mais quand même… Le public reconnaît Becoming a Jackal dès les premiers accords et laisse éclater sa joie. Il se transforme en un immense chœur improvisé et murmure religieusement les paroles, du début à la fin, redoublant d’entrain sur le refrain : « I was a dreamer, staring at windows… » Un magnifique moment de communion entre un groupe et son public.

Dernier titre de la soirée, le savamment retardé Courage, qui a tout à fait sa place en guise de conclusion, le titre proposant un regard en arrière sur le long parcours qui permet d’arriver à trouver le fameux courage. « It took a little time to get where I wanted » Encore une belle histoire d’introspection, une leçon d’honnêteté, de songwriting et de performance.

Un concert mémorable, d’une force rare. Il ne me reste plus, cher lecteur, qu’à t’enjoindre à enfourcher ton vélo, ton cheval, ton easyjet pour aller voir Villagers dès qu’ils passent près (ou loin) de chez toi…

Set list :

Darling Arithmetic / Set the Tigers Free / Dawning on Me / Nothing Arrived / So Naïve / No One to Blame / That Day / Everything I Am / Memoir / My Lighthouse / The Soul Serene / Hot Scary Summer / Little Bigot / The Waves / Ship of Promises (Solo) / Rappel : Jackal (Solo) + Pieces + Courage

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Crédit photos : ©2015 B. Barnéoud.

 

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