Bien, jeunes filles, jeunes gens, il est temps de prendre place, je vous prie. Monsieur Cornell, lâchez cette bouteille, ce liquide à la couleur dorée me paraît plus que suspect. Non, Mademoiselle Harrison, si cette bouteille est dans une poubelle ce n’est pas pour aller la repêcher. Mais enfin, qu’est-ce que vous avez dans la tête ? C’est parce que c’est un cours de rattrapage estival, vous avez décidé de faire n’importe quoi, c’est ça ? Eh bien c’est raté, filez vous asseoir. Aujourd’hui, j’ai demandé au plus populaire de vos camarades, Monsieur Grohl, de nous faire un exposé sur son TD de géographie américaine mené pendant plusieurs mois. Et après lui ce sera au tour de Monsieur Corgan, qui a, lui, achevé un TD de construction sonore. Monsieur Grohl, à vous de commencer !

– Dave ! Dave ! Dave ! Dave ! Dave !

– Allons un peu de silence, sinon je vous colle sur le Winterreise de Schubert ! Ah tout de suite vous faites moins les malins, hein ? A vous, Monsieur Grohl.

– Ouais, bon, ben, voilà, hin hin, on avait 8 chansons, on voulait jouer super fort sur nos guitares, et taper comme des oufs sur la batterie, ouais et puis euh, ben on s’est dit qu’on voulait visiter une ville pendant nos vacances, mais on arrivait pas à se décider sur l’endroit qu’on voulait voir, hin hin, alors on s’est dit qu’on allait visiter autant de villes qu’on avait de chansons, quoi, comme ça on aurait pas à départager ! Hin hin hin !

– Ouaaaaaaaaaaais ! Dave ! Dave ! Dave ! Dave !

– Calmez-vous un peu, bande de jeunes écervelés ! Vous trouvez qu’il a été assez long ? Il n’y a guère que vous, Monsieur De la Rocha, pour être encore plus mutique. Alors reprenons au début et d’abord dites-nous qui est ce « on », Monsieur Grohl, et où vous êtes allés.

– Ah ouais, ouais, ben c’est Mendel, Shiflett, Hawkinset Smear qui voulait juste faire du bruit avec sa guitare, hin hin hin ! Et puis ben on est allés à Chicago, Arlington, Austin, Nashville, New York, Seattle, Joshua Tree et La Nouvelle Orléans.

– D’accord mais pourquoi précisément ces villes ? Vous ne pouviez pas choisir plus près, ou rester dans un seul endroit ?

– Ben non M’sieur, c’est qu’est-ce que je vous disais, en fait on avait 8 chansons, et on voulait aller dans d’autres studios que celui qu’on connaît, rencontrer d’autres gens, quoi, travailler chaque titre avec une équipe spécifique au studio, et puis trouver un son unique à chaque fois. On en a profité pour inviter des copains à chanter ou à jouer avec nous. Et puis on a pu voir les plus beaux studios d’Amérique, c’était ouf !

– Je comprends, et d’où vous est venue cette idée ?

– Ben c’est à cause de vous, en fait, M’sieur, quand vous m’aviez demandé de faire un travail d’intérêt général pour compenser les fois où j’avais séché, quoi. On était allés au studio Sound City pour faire un peu de ménage, hin hin hin, et puis ça m’avait tellement plu qu’on avait décidé avec les copains de faire tout un album là-bas pour fêter la fin. Y’avait même Tatie Nicks et Tonton McCartney, ouais.

– Eh bien je suis ravi de voir que je vous ai été utile, Monsieur Grohl. J’ai presque l’impression d’être le semeur de Victor Hugo. Alors à part mettre les amplis à fond et taper fort sur la batterie, qu’avez-vous eu envie d’exprimer dans Sonic Highways ? Pour ma part, je trouve votre ouverture Something From Nothing typique de votre style avec un début plutôt doux et ensuite une accélération à tout casser sur le riff du refrain. Il y a un peu de pouet-pouet sur le mellotron, ça change, mais le reste est un peu mou du genou, non ?

– Heu, ah bon ? Vous aimez pas ? Pourtant on n’a pas triché, M’sieur, c’est vraiment nous qui jouons, quoi, on vous jure ! On voulait surtout faire un album de rock comme on en faisait avant, un truc qui sort des tripes et va à fond comme pouvaient le faire les Cheap Trick ou Black Sabbath. C’est des chansons qui seront parfaites sur scène, et qui feront une super ambiance, et c’est exactement ce que j’ai écrit dans Congregation, où on dit que jouer ensemble c’est trop de la balle, avec ce riff qui monte et descend comme un roller coaster.

– J’ai compris mais je pense que je préférais votre précédent album Wasting Light qui prenait des risques en explorant divers styles.

– Ben justement, pour cette fois on a voulu rester dans un même style, comme pour In Your Honor, quoi. Et en même temps on a ajouté des choses qu’on n’avait jamais faites, comme la partie de cuivres dans le style « Nouvelle-Orléans » pour In The Clear, les mecs ont grave géré en soutenant les notes de guitares ! Et puis grâce à Tonton Visconti on a eu un super orchestre à Los Angeles pour la fin de I Am A River avec sa montée en puissance, un peu comme le A Day In The Life des Beatles, quoi ! Quand on l’a écoutée en régie, on était refaits !

– Bien, Monsieur Grohl, votre soutenance était convaincante et je dois avouer que vos mélodies sont toujours aussi soignées, ce qui permet à Sonic Highways de dévoiler ses charmes au fur et à mesure des écoutes. Allez, je vous délivre.

– Dave ! Dave ! Dave ! Dave ! Dave !

– Hep hep hep, vous aviez réussi à rester tous un peu calmes alors essayez de continuer, et passons à Monsieur Corgan. Non, ne vous enfuyez pas, c’est à votre tour de vous exprimer.

– Ben voilà, euh, j’avais un projet un peu comme Grohl, euh…

– Monsieur Corgan, n’oubliez pas que votre présentation doit être entendue par des êtres humains, alors parlez un peu plus fort, tout va bien se passer, allez-y.

– Hum, euh, j’avais un projet un peu comme Grohl, euh, sauf que moi je voulais pas faire un seul album, mais, euh, j’ai eu envie de faire quelque chose de plus grand et de plus compliqué. En fait, euh, je pense que j’ai 40 chansons prêtes. D’abord j’avais envie de milliers de guitares et de claviers pour faire un bruit énorme et qui nous submergerait, un peu comme quand on nage dans l’océan. Je voulais faire beaucoup de bruit, beaucoup plus que les autres, et en ajouter de plus en plus. Et puis après, euh, j’ai voulu tout changer et passer à quelque chose de moins compliqué, de plus court, en allégeant les parties de guitares et de claviers.

– Vous aussi, Monsieur Corgan, vous avez choisi de faire un devoir collectif ?

– D’habitude, euh, c’est c’que j’fais M’sieur, mais cette fois, euh, j’étais que avec Schroeder, je voulais avancer vite et je pensais que ce serait mieux à faire en petite équipe.

– Donc si on comprend bien, il y a eu votre précédent devoir, Oceania, dans lequel vous avez mis beaucoup de couches de guitares. Et sur Monuments To An Elegy, vous faites des chansons de feu de camp ?

– Oh non, M’sieur, vous êtes pas sympa ! Non, on a juste essayé de faire des mélodies plus soignées, qui prennent moins de temps à s’installer, comme pour Tiberius avec son rythme ternaire qui donne envie de danser, ou Dorian avec les arpèges qu’on détache aux guitares.

– Avec ces titres moins étirés, on sent également que vous avez retrouvé la simplicité de vos premiers TD, comme Siamese Dream. Et contrairement à tous vos précédents devoirs, le vôtre dure à peine plus d’une demi-heure !

– Euh, oui, euh, on a trouvé que chaque chanson avait la bonne longueur, on voulait, euh, faire comme pour un groupe de power-pop et garder une tension continue. Mais en même temps, euh, on voulait ajouter, euh, des choses différentes par rapport à avant, des accords de blues et de la flûte comme dans Drum And Fife. Et puis sur Run 2 Me et Being Beige, on voulait carrément faire des titres pop avec des mélodies très claires. Et par contre sur One And All, on retrouve notre style habituel avec un gros riff de guitare et des gifles aux cymbales.

– A l’instar de Monsieur Grohl vous avez également réussi sur votre nouveau devoir à vous ouvrir à d’autres contraintes, et j’ai trouvé que votre réputation de grand mélodiste faisait une nouvelle fois mouche. Je vous libère.

Le cours est terminé pour aujourd’hui, mais vous avez vu que vos deux camarades avaient réussi à nous surprendre, chacun à leur façon. Vous savez ce qu’il vous reste à faire, Monsieur Vedder. Allez, filez !

Bonus

Cette incroyable vidéo qui a fait le buzz il y a quelques mois de ça : 1000 fans italiens réunis pour jouer Learn to Fly et demander à Dave Grohl de venir jouer Cesena. Pari réussi ! Grohl a répondu qu’il viendrait bien jouer à la demande de ses fans. Classe !

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VOS COMMENTAIRES
TOTORO
LE 21/08/2015 À 00H11

Excellente review, je vais tenter ma chance sur le dernier smashing donc 🙂